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20 juillet 2016

D'un dessin de CORBEAU à celui d'un ... MOULIN !

- ultime mise à jour ce samedi 5 mars -

 

DIMANCHE 21 FÉVRIER 2016

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J'ai choisi un chef-d’œuvre d'une des quatre grandes figures de l'Ecole flamande de peinture pour établir une transition entre mon précédent  dessin de corbeau  et celui qui lui succédera dans ce blog, que je dévoilerai progressivement dans cet article pas-à-pas !

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En 1981, en famille, nous visitions le Kunsthistorisches Museum  - Musée de l'histoire de l'art - de Vienne. Mon garçon n'était pas encore de ce monde... Ma petite fille de 9 mois se reposait, bienheureuse, depuis une paire d'heures, sur mes bras endoloris (sa nacelle avait dû être déposée à la consigne). J'admirais, ébahi, l'une après l'autre, les sublimes huiles sur bois, conservées dans ce musée, de l’œuvre de Bruegel l’Ancien peint entre 1553 et 1568. Si le fameux syndrome de Stendhal se ressent aussi à Vienne, je pense l'avoir alors éprouvé...

Ce souvenir restera à tout jamais gravé dans ma mémoire : mes yeux contemplent encore Le Combat de carnaval et carême, Les Jeux d’enfants, Le Suicide de Saül, La Tour de Babel, La Rentrée des troupeaux, Chasseurs dans la neige, La Journée sombre, La Conversion de saint Paul, Le Repas de noce, La Danse des paysans, Le Paysan et le voleur de nid, sans oublier :

Bruegel%20le%20Moulin%20et%20la%20Croix%20-%20the%20Mill%20and%20the%20Cross%20-%20detail.jpg - Le Portement de croix de Pieter Brueghel l’Ancien - 1564 - 170 x 124 cm - Kunsthistorisches Museum, Wien -

(les détails du coin supérieur droit sont visibles sur les deux images de début d'article)

(site consulté pour les reproductions du Portement de croix :    amolenuvolette.it   )

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MARDI 23 FÉVRIER 2016

La complexe scène du Portement de croix relate avec une impressionnante virtuosité un épisode de la Passion du Christ. Peint en 1564, l’œuvre, une sorte de très grande miniature, aurait mérité une observation à la loupe (je n'en avais pas à ma disposition, mais d'un simple clic gauche sur la reproduction proposée ci-dessus, vous la verrez presque "grandeur nature"  !), tant elle est montre une foison de détails représentant un vaste paysage peuplé de quelque 500 personnages.  La plupart, friands de pendaisons et d'exécutions, s’affairent, vont de la ville au fond à gauche vers le Golgotha au fond à droite. D’autres, paysans, bergers et journaliers se dirigent vers la ville avec des denrées qu’ils se proposent de vendre au marché.

Toute l'attention se porte sur le groupe formé par la Vierge, saint Jean et les saintes femmes, d'une expression poignante. Minuscules, relégués au troisième plan mais pourtant élément central du tableau, les condamnés, le Christ succombant sous la croix et les deux larrons, cernés à gauche par l’arbre de vie et à droite par le gibet de mort, se dirigent vers le lieu d’exécution entourés d’une troupe de soldats en tuniques rouges. Aussi loin que porte le regard, ce ne sont que symboles angoissants : encore des gibets, des corbeaux et des soldats en chasse. Mais aussi, signes d’espoir, ces collines moutonnantes et ces ramures verdoyantes sous un ciel en partie serein mais s'assombrissant au-dessus du champ de supplice que la foule avide s'apprête à envahir... 

Élément surprenant, le tableau est dominé par une haute et improbable formation rocheuse surmontée d’un tout aussi improbable moulin : comment y acheminer le grain à moudre ? Comment redescendre la farine ainsi produite ?  Mystère...

Mise à jour, suite au commentaire de Christiana de ce 15 mars :

Ce mystère, peut-être, est-il résolu : si l'on observe avec attention la seconde photo de cette formation rocheuse, que je viens de trouver sur l'internet et d'insérer ci-après, on distingue nettement un sentier taillé dans le roc, bordé par une balustrade en bois...

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Liens vers les sites consultés :

Canal Academie – Les Académies et l’Institut de France sur internet

découvrir Bruegel

La Croix

détail du sentier, taillé dans le roc, menant sans doute au moulin.

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VENDREDI 26 FÉVRIER 2016

Le moulin

Guy de Maupassant

Fragment

… Tandis que devant moi,
Dans la clarté douteuse où s’ébauchait sa forme,
Debout sur le coteau comme un monstre vivant
Dont la lune sur l’herbe étalait l’ombre énorme,
Un immense moulin tournait ses bras au vent.
D’où vient qu’alors je vis, comme on voit dans un songe
Quelque corps effrayant qui se dresse et s’allonge
Jusqu’à toucher du front le lointain firmament,
Le vieux moulin grandir si démesurément
Que ses bras, tournoyant avec un bruit de voiles,
Tout à coup se perdaient au milieu des étoiles,
Pour retomber, brillant d’une poussière d’or
Qu’ils avaient dérobée aux robes des comètes ?
Puis, comme pour revoir leurs sublimes conquêtes,
A peine descendus, ils remontaient encor.

(23-24 octobre 1897)

Guy de Maupassant, Poésies diverses

Le moulin a paru dans Le Gaulois du dimanche du 23-24 octobre 1897 sous la signature de G. de V. soit Guy de Valmont.

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LUNDI 29 FÉVRIER 2016

Ah, moulins magiques de nos rêves...

Qu’ils soient rénovés ou délabrés, abandonnés ou en activité, ces imposants vestiges du passé ne me laissent jamais indifférent...

Le meunier d’un moulin de Provence avait besoin d’aide : seul, il ne pouvait faire pivoter son lourd toit en cône pour l’orienter et le diriger à la recherche du meilleur souffle du vent dominant, qu’il soit mistral ou vent d’est.  Pendant de longues minutes, par appuis successifs grâce à un ingénieux système de "roulement à billes" (en fait, des galets en buis !), la force de six hommes pouvait être requise pour ce déplacement.

Puis, il lui fallait gréer les voiles ; il pouvait enfin déverser les grains de blé, une fois les ailes en mouvement ; les meules s’occupaient du reste !

Le moulin - récemment restauré - que j’ai photographié cet été 2015 et que je dessine, est un de ces moulins provençaux, d'apparence extérieure en tout point similaire à ce schéma :

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Mais peut-être connaissez-vous déjà ce moulin perché sur sa butte à 578 mètres de haut, bâti presque au bout du monde, bâti au sommet d'une colline, bâti au bout d'un vieux et pittoresque village possédant encore une partie de ses fortifications ?
 

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MERCREDI 2 MARS 2016

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Région PACA, Haut-Var, en limite des Alpes de Haute-Provence,

au sein du Parc naturel régional du Verdon.

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À 25 km au sud-est de Manosque, du haut de ses 578 mètres, le pittoresque village historique de Saint-Julien-le-Montagnier est perché au sommet d’une butte dégagée (réchauffée par le soleil mais aussi fouettée par les vents) que l’on voit de loin depuis la plaine et la route D554, entre Vinon-sur-Verdon et Barjols puis Brignoles.

                

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De la table d’orientation en céramique de son belvédère construit sur le réservoir d’eau du village, on jouit d’un panorama exceptionnel, un des plus appréciables du Var, si vaste par temps dégagé (vue sur sept départements), permettant de découvrir les collines varoises au sud et la Haute-Provence au nord avec le massif du Verdon, jusqu’à la montagne de Lure et le mont Ventoux.

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Samedi, nous nous approcherons de ce moulin construit sur le site de Gourdane,

un site de grand intérêt régional : je vous le présenterai...

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SAMEDI  5 MARS 2016

L’occupation du site et de la région remonte à la préhistoire et l’on y retrouve en bordure ouest, là où est construit le moulin qui inspire mon dessin, les vestiges d’un oppidum (lieu fortifié de l’époque romaine, généralement aménagé en surplomb, servant de refuge et de lieu de rencontre). De cette époque remonte probablement le nom de la butte, Gourdane (appelée aussi avec justesse l’Aire du Bout du Monde), avec la racine pré indo-européenne GOR-D- (variante de KOR-) désignant une hauteur rocheuse.

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Les siècles passés, on accédait à l’Aire de Gourdane par une voie encaladée en pente raide, le « Chemin du Paradis des ânes » Les calades sont ces marches empierrées avec à leur bord inférieur une bordure légèrement surélevée destinée à bloquer les roues des petites charrettes tirées par des ânes, remontant lourdement chargées les récoltes de la plaine jusqu'au village, ce qui en principe évitait à ceux-ci de se laisser entraîner en arrière et de dévaler la pente sans retenue.

                                                                                           

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On entrait sur l’Aire du Bout du Monde - délimitée à l’ouest par une falaise abrupte et à l’est par une falaise non moins à pic - en franchissant la magnifique porte fortifiée du même nom, datée du XIIIe siècle, qui perce l’un des remparts occidentaux datés du Ve et XIIe siècles.

 

 

 

                                                         

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L’aire est soigneusement empierrée pour le battage du blé ; l’empierrage dessine au sol des rectangles réguliers qui servaient d’étalon pour mesurer le grain et assurer le partage entre le minotier, le seigneur et le propriétaire.

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Sur le coté droit est établie la Chapelle de l’Anonciade, un petit bijou d’art religieux rural avec ses retables et autel avec montants en bois sculptés. A son extrémité, dominant la plaine se dressent deux moulins à vent. En raison du manque d'archives, leurs origines et histoire est imprécise et le mystère plane même, dans les archives communales, sur leur nombre.

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Il est mentionné qu’à la demande du seigneur de l’époque, on en construisit un en 1653, mais deux ans plus tard le mistral indomptable brisa le fourgon, et l’on ne sait si des réparations furent effectuées (plainte fut déposée contre le meunier en 1661) : les délibérations à ce sujet restent muettes... Aucune mention officielle par contre à propos origines de l’autre moulin à vent : certaines sources parlent de 1635.

Au fil des temps, les moulins de Gourdane ont connu l'oubli. Devenus ruines, ils furent sauvés et remis à neuf - entièrement, pour celui que je dessine - à partir de 1999, et font de nouveau la fierté du village.

Actuellement restauré avec ses ailes, dans les règles de l’art et dans l’esprit d’une lointaine tradition, le moulin de 1653 est en parfait état de marche et des bénévoles se chargent de déployer les toiles et faire tourner les ailes pour les visiteurs lorsque les conditions météo le permettent, le deuxième dimanche d’août à la Fête des moissons d’antan, l'occasion d’assister tout d’abord au fauchage, au battage et au vannage du blé, puis de moudre de la farine afin de démontrer le parfait fonctionnement du mécanisme.              

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"LE MOULIN A VENT DE SAINT-JULIEN-LE-MONTAGNIER", 1653, 30 X 40 cm

(dessin au portemine achevé fin février 2016, d'après une photo personnelle)

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à bientôt,

si vous le voulez bien !

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Je vous remercie

pour votre fidélité. 

Les sources utilisées pour cet article après le 26 février :

http://www.lescheminsdupatrimoine.fr/wa_files/R16_20web_0...

http://www.merveilles-du-var.net/index.php?merv=fiche&...

http://www.lescheminsdupatrimoine.fr/l_aire_et_les_moulin...

http://fr.calameo.com/books/0024449899c6751ac65a7

http://www.saintjulienlemontagnier.com/historique.php

http://villages-et-villes-de-france.fr.over-blog.com/2015...

http://www.justacote.com/regusse-83630/site-touristique/

http://www.lac-sainte-croix.com/moulins-regusse.htm

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19 juillet 2016

A nice Moment of Love ! Un beau moment d'amour !

Clap, première...

 

En 2010, j'ai pris le risque de mettre en couleur un de mes dessins au portemine !

Ce dessin évolutif déjà publié sur mon précédent blog en 2013,

je vous le présente à nouveau,

et vous invite à regarder les nouvelles modifications apportées à l'article l'accompagnant.

 

- ultime mise à jour ce JEUDI 14 JUILLET -

        prochaine parution prévue à la fin de ce mois de juillet     
 

Image du Blog ypjane.centerblog.net

ETAPE 1 : DIMANCHE 3 JUILLET 2016.

 

Pour ce seul dessin en couleur jamais signé, gros plan sur un détail,

histoire d'attiser votre curiosité et vous inciter à revenir mardi pour la suite !

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A mardi, pour la suite !

 

Image du Blog ypjane.centerblog.net

ETAPE 2 : MARDI 5 JUILLET 2016.

 

"Aux dons que ta bonté mesure

Tout l'univers est convié ;

Nul insecte n'est oublié

À ce festin de la nature."

 

- Hymne de l'enfant à son réveil - Alphonse de Lamartine

 

Les éléments du dessin présentés le 3 juillet, aux teintes jaune et orange,

sont ceux d'un corps longiligne,

qui se prolonge en un abdomen, un thorax et une tête d'insecte que voici, de couleur verte ...

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La frissonnante libellule
Mire les globes de ses yeux
Dans l'étang splendide où pullule
Tout un monde mystérieux.

Les Rayons et les Ombres (1840)
Victor Hugo
 

... le corps se prolonge (...) ai-je écrit plus haut ! On pourrait effectivement le penser !

Détrompez-vous ... (à suivre)

 

Image du Blog ypjane.centerblog.net

ETAPE 3 : MERCREDI 6 JUILLET 2016.

 Dans le livre La libellule et le philosophe,

il semble que pour son auteur Alain Cugno,

la libellule manifeste quelque chose qui l’interloque particulièrement,

une source singulière, pour lui, de perplexité comme de satisfaction.

 

(…) La libellule fascine par la façon dont, quasiment, elle s’efface. Presque végétale, elle paraît flotter, elle tient d’un effet d’atmosphère plus que d’un être individué, mais pourtant, improvise.

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(…) Par sa taille, la libellule (…) effleure notre monde, mais s’en absente. (…) Les libellules sont des êtres (...) trop petits pour être vraiment vues de loin, trop grosses et trop farouches pour l’être de très près, on les cherche et on les repère sans entrer dans leur monde puisqu’elles ne vous laissent pas le temps de changer d’échelle pour vous adapter.

(…) A différents points de vue donc, la libellule intrigue. Elle flotte, elle traverse, elle n’est que de passage, trop petite pour notre monde, trop grande pour celui des insectes, animal, mais animal qui semble incomplet, qui manque, dans ses tourbillons, ses errances, de cette forme de saturation de soi.

(…) La nature est machine jusqu’au bout, tandis que l’art ne l’est que jusqu’à un certain point ; l’art est moins mécanique que la vie ; par son manque de mécanisme, son côté rafistolé, la libellule a l’air fabriquée. Les libellules (…) font plus artificiel que nature.

 

(…) En somme, la libellule est signe d’un trouble ; elle est de ces phénomènes qui par leur fugacité, leur apparence de gratuité, par l’impression qu’ils donnent de n’appartenir à aucun ordre des choses mais de les traverser seulement, rappellent que les choses ne vont pas de soi.

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      Mes explications du mardi 7 juillet le suggéraient :

en réalité, deux insectes, et non un seul, sont à présent visibles,

étrangement collés, comme soudés l'un à l'autre !

Pourquoi cette étrange proximité ?  Quel est le nom de ces insectes ?

Vous le découvrirez bientôt ! Rendez-vous ce vendredi 8 juillet !

Image du Blog ypjane.centerblog.net

ETAPE 4 : VENDREDI 8 JUILLET 2016.

 

Peut-on rester de marbre devant ma beauté ?

Mes couleurs vives alliées à la forme caractéristique de mon corps impressionnent et participent à ma plaisante réputation ; par ailleurs, chacun me sait inoffensive ! Mes larves sont aquatiques : c'est pourquoi je multiplie mes allées et venues furtives, toujours très appréciées, dans les jardins proches d’un plan d’eau. A mon apparition, toute discussion s’arrête chez les humains et je me délecte de telles exclamations à peine murmurées : Ne bouge pas … Regarde, une libellule ! Ne fais aucun bruit ! J'adore particulièrement les mares bien aménagées : j'aime rivaliser de beauté avec les nymphéas en fleurs de l'ami Marcel. Je ne suis pas peu fière de réussir à capturer en plein vol les moustiques, surtout à la tombée du jour où ils se montrent plus abondants.

Je suis aisément reconnaissable, au premier regard, à mes grandes ailes allongées et très nervurées, mon thorax trapu et mon abdomen filiforme et annelé. S’il m’arrive de me poser et de permettre à mes admirateurs une observation attentive, je prends bien garde - pour ne pas les effaroucher - de leur montrer l'extrême mobilité de ma tête ! Ils pourront parfois, s’ils se comportent à mon égard avec le plus grand respect, découvrir combien mes grands yeux composés occupent un large espace et comprendront pourquoi ils me procurent un champ de vision avoisinant 350°. Peut-être réussiront-ils à apercevoir mes courtes antennes ? A tout le moins, mes pièces buccales, de type broyeur, les étonneront.  Et s’ils font preuve d’une extrême patience, je leur dévoilerai les techniques de ma vie amoureuse...

Mais je me sens rougir ... 

Sur mes ébats, je préfère rester, un peu encore, discrète...

Ne jetez qu'un simple coup d’œil sans trop vous attarder...

Et revenez bientôt : promis, je dévoilerai et partagerai un peu mon intimité ! 

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  Mais - cela dit entre nous - sommes-nous vraiment deux libellules ? 

Vous le découvrirez bientôt ! Rendez-vous ce lundi 11 juillet !

Image du Blog ypjane.centerblog.net

ETAPE 5 : LUNDI 11 JUILLET 2016.

  En réalité,  nous ne sommes pas des libellules... 

 

J’aperçois dans votre regard une surprise non feinte :

" Pas des libellules, ces insectes ailés, annelés et colorés ?  Mais bien sûr que si ?

Permettez-moi dès lors de réitérer ces mots : nous ne sommes pas des libellules. 

Quelques explications s'imposent.

D’apparence très proche et adoptant un mode de vie similaire, appartenant à un ordre commun, les odonates, la plus ancienne espèce d’insectes ailés dont les origines remontent à la Préhistoire, nous, les demoiselles, faisons partie du sous-ordre des zygoptères alors que nos cousines les libellules appartiennent à celui des anisoptères.

Des différences morphologiques évidentes permettent de nous distinguer. 

Observez tout d'abord les photos ci-dessous : pouvez-vous en déceler quelques-unes ?

 

dragonfly---libellule.jpg   Damselfly - demoiselle
  LIBELLULE (DRAGONFLY)   DEMOISELLE (DAMSELFLY)
YEUX-LIBELLULE.jpg YEUX-AGRION.jpg

 

Notre corps est plus élancé et notre abdomen plus svelte : force est de reconnaître que nous surpassons les libellules en élégance !

Notre vol est moins rapide et plus saccadé que celui de nos cousines, capables, accordons-leur ce privilège, de voler en surplace ou même en arrière, de faire des piqués ou de décoller à la verticale, imitées en ce domaine par les ... hélicoptères !

La position de nos ailes au repos -  toujours repliées l’une contre l’autre et dressées le long du corps ou au-dessus, alors qu’elles sont étendues à l’horizontale chez les anisoptères – permet  à celui qui hésiterait encore de nous différencier à coup sûr.

Observez enfin, en conclusion, une autre différence flagrante : les yeux des libellules sont gros et joints en un point tandis que les nôtres sont plus petits et toujours séparés …

 

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Tout à l'heure, je lisais dans vos yeux une certaine surprise !

Maintenant, je perçois à votre rythme de lecture de plus en plus rapide une évidente impatience.  Je sais que vous attendez que je lève le voile sur notre intimité : contentez-vous, pour aujourd'hui, de contempler nos ébats amoureux, car c'est bien d'une scène d'accouplement qu'il s'agit... Contemplez... et essayez de comprendre !

 

A bientôt : rendez-vous le 14 juillet en matinée !

 

mouche-copie-1.gifImage du Blog ypjane.centerblog.net

ETAPE 6 : JEUDI 14 JUILLET 2016. 

" LOVE MOMENT "

  Bayu Sahaja

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En colorisant mon dessin au portemine comme un infographiste le ferait avec un bon vieux film en noir et blanc, j'ai cherché à préserver l'éclat naturel de mes demoiselles ailées ! Êtes-vous, comme moi, émerveillé par leur élégance naturelle rare ?

Si vous m'avez accompagné dans les étapes successives de la mise en couleur de ce couple d'odonates et que vous avez lu avec attention les diverses considérations qui les ont accompagnées, vous êtes à coup sûr en mesure de différencier aisément libellules et demoiselles et vous n'avez pas oublié ma promesse de vous présenter en ces lignes les pratiques amoureuses propres à cette espèce d'insecte ailé que les entomologistes répertorient sous le ravissant nom de "agrion élégant" ("ischnura elegans").

 

  Alors, ne perdons pas une seconde et ne bougeons plus.

Observons-les un instant dans leur intimité. 

 

Habituellement, les mâles matures se distinguent aisément par leur thorax bleu pâle alors que les femelles sont de coloration variable, soit bleue (et ressemblent à s'y méprendre aux mâles), soit verte, soit verte et brune. Or, nous admirons ici un tandem inhabituel d'agrions élégants, tous deux de coloration verte, tout simplement parce que la femelle (à gauche) appartient au type vert et le mâle (au-dessus) est encore immature et donc, pas encore bleu. En général, seuls les imagos (les adultes en phase finale de développement) s'accouplent mais chez les demoiselles de telles unions ne sont pas rares.

Ce couple de fragiles et sveltes zygoptères (de près de quatre centimètres de long tout de même) est très, très amoureux...

Notre demoiselle mâle (surprenante association de mots !) a jeté son dévolu sur la compagne de ses rêves, s’est empressée de la saisir par le prothorax, au niveau du cou, et la maintient immobile à l’aide de sa paire de pinces caudales, ces appendices anaux appelés "cerques  abdominauxé que votre œil attentif observera sur mon dessin et la photo originale. Ainsi maîtrisée, lorsqu'elle est prête, la femelle se courbe et colle l'organe génital de l’extrémité de son abdomen contre le deuxième segment abdominal du mâle pour rejoindre son pénis.

 

Le couple adopte ainsi une posture caractéristique en cercle, roue ou coeur,

appelée "cœur copulatoire" ou encore "Wheel Position" (position de la roue).

Un vrai moment d'amour !

 

Bien arrimés, ces deux superbes agrions exécutent quelques zigzags dans le ciel, puis se posent sur des végétaux. Notre reproducteur s'accroche le plus souvent seul à une tige, tandis que la femelle se maintient dans les airs. Si des conditions climatiques venteuses ou l'arrivée impromptue d'un concurrent ne viennent pas perturber le mâle, l'accouplement dure de longues minutes, parfois plusieurs heures. La copulation terminée, il libère sa congénère, qui s'empresse après un court repos de partir en quête d'un site favorable à la ponte, à moitié enfoncée dans l'eau, attendant le plus souvent le soir pour pondre ses œufs.

Bien des aspects des caractéristiques et mœurs de ces passionnantes créatures animales n'ont pas été abordés ici. Si le sujet vous intéresse, voici quelques sites consultés pour la rédaction de mes articles : certaines de ces pages web, particulièrement spécialisées, ne manqueront pas de répondre aux questions supplémentaires que vous pourriez encore vous poser...

http://www.larousse.fr/encyclopedie/vie-sauvage/libellule/...

http://odonates69.unblog.fr/biologie/

http://1x.com/photos/member/32126/32553/

http://photosinsectes.free.fr/odo/album/elegans.htm

http://www.insectesjardins.com/index.htm

http://odonates22.chez-alice.fr/zygopteres/agrion_elegant...

http://fr.academic.ru/dic.nsf/frwiki/387812

http://www.meslibellules.fr/thematique/anat/pterostigmas/...

http://www.libellulesmaizieres.fr/zygoptera/ischnura_eleg...

http://fr.wikipedia.org

http://entnemdept.ufl.edu/creatures/misc/odonata/odonata_...

http://hymenopterius.chez.com/libellule.htm

 

Avant de vous quitter, voici quelques photos de cœurs copulatoires glanées sur la toile ...

 

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 Bayu Sahaja