Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

25 mai 2019

WATER IS LIFE

flimg.flickr.com.gif

Publié dans MERVEILLEUSE NATURE | Lien permanent | Commentaires (2) |

26 avril 2019

L'Ermita de la Virgen de la Huerta de Ademuz, une étrange chapelle espagnole...

- une réédition d'un dessin qui me tient à coeur - 

- une réédition de son histoire -

- une réédition d'un article paru en mai 2016 - 

- et auparavant déjà sur mon blog OB -

Et si je partais là-bas en vacances,

afin de découvrir cette chapelle... et Valencia ?!

 

Image du Blog ypjane.centerblog.net

DIMANCHE 3 AVRIL 2016

Chers lectrices, chers lecteurs, si vous saviez comme j'ai hâte de montrer à nouveau - cette fois sur ce blog hébergé par Hautetfort,- un dessin déjà proposé il y a près de sept ans sur mon précédent blog, dont les plus fidèles d'entre vous se souviendront peut-être !

C'est vers une chapelle espagnole que mes mines et moi-même vous emmenons...

Image du Blog ypjane.centerblog.net

Au hasard de mes fréquentes pérégrinations sur l'internet à la recherche de photos susceptibles de susciter un dessin au portemine, j'avais découvert, un jour de 2008, par le plus grand des hasards, un surprenant édifice religieux. 

 

Image du Blog ypjane.centerblog.net

        

Sans hésiter, j’avais préparé mes portemines et une grande feuille de papier, pris mes repères et tracé les premiers traits. En sélectionnant cette photo, j’étais convaincu d’avoir réalisé un bon choix. Par la suite, je n'avais pas désenchanté. Au fur et à mesure de l’avancement du dessin de cette étonnante bâtisse, je pressentais qu’elle disposait d'une valeur architecturale certaine, sans toutefois en savoir davantage...

J'avais bien vite découvert que cette chapelle est située en Espagne, dans la Communauté valencienne, une des dix-sept communautés autonomes d'Espagne (Comunidad autónoma), dont le castillan, langue nationale, est la langue principale. Elle porte le nom aussi long que charmant de "Ermita de la Nuestra Señora de la Huerta de Ademuz" ou encore "Ermita de la Virgen de la Huerta de Ademuz". Dès le premier regard, ses proportions inhabituelles m'avaient surpris et séduit. 

Regardez ce large porche d'entrée et cette toiture supportée par deux colonnes : ne sont-elles pas étonnantes, disproportionnées même, comparées à l'ensemble de la bâtisse, à la petite et vieille porte en bois surmontée d’un majestueux demi-arc de cercle sur lequel quelques inscriptions sont encore visibles ?

 

          
 
La courbe de cette toiture qui semble s'affaisser me surprend tout autant...  Est-elle délibérée, ou au contraire la conséquence des outrages du temps ? 
Et j'aime beaucoup ces vieilles tuiles romaines antiques, qui me rappellent celles, souvent observées, de ces régions du sud souvent visitées, comme la Provence, la Toscane ou l'Ombrie...
Quel bonheur aussi de représenter tous les détails de la maçonnerie, ces tuiles savamment posées l'une sur l'autre, et cette porte étonnante...
 
                             
 
 
Image du Blog ypjane.centerblog.net
 
MARDI 5 AVRIL 2016
 
Ce clocher aux cloches envolées, dominant à peine le portail d'entrée, je le trouve tout simplement ravissant.  On y aperçoit, creusés dans la pierre, leurs trous d'ancrage et des traces circulaires, sans doute le souvenir du régulier frottement de l'une d'entre elles. Sous ce clocher au côté droit du parvis de l'Ermita, les murs de pierre bien conservés, restaurés même, attestent de récents efforts de rénovation. 
 
          
 
Par contre, le mur du côté gauche recouvert de ciment en décrépitude attend probablement une bienvenue rénovation. Quant au dôme bombé à quatre faces, il est tout simplement... magnifique !
 
            
 
Cet autre dôme moins bombé et plus pointu, à droite et à l'arrière de la chapelle, rend à mes yeux l'ensemble architectural plus beau.  Je me demande à quelle partie de la chapelle il correspond ?  En observant attentivement la photo proposée en début d'article, j'ai l'impression que le chœur est construit sous l'autre dôme...
 
               

Image du Blog ypjane.centerblog.net

JEUDI 7 AVRIL 2016

Vous souvenez-vous de ces quelques mots du début d'article "Je pressentais qu’elle disposait d'une valeur architecturale certaine" : vous imaginez certainement mon envie de découvrir l'origine et la valeur historique de cette Ermita !

D'emblée, lors de mes premières recherches, je suis confronté à une difficulté majeure : je ne récolte que peu de renseignements rédigés en langue française. Les sites rencontrés sont écrits en castillan (la langue officielle espagnole) ou parfois catalan : trop tard pour apprendre ces langues ! La fonction de traduction automatique disponible sur Google n'est pas toujours suffisamment performante pour oser entièrement s'y fier...  Alors, je me débrouille en parallèle avec un site de traduction en ligne et - puisque les langues que je compare sont chacune romanes - avec une bonne dose de réflexion et d'analyse des mots et phrases...

                                                    

Image du Blog ypjane.centerblog.net                          

             

Un an plus tard, dans mon précédent blog, je présente le dessin.  Arrivé à cette étape de son avancement et de l'article qui l'accompagne, un commentaire inattendu, extraordinaire - signé Isabel López - s'affiche sur mon écran à la suite de l'article.  Je le reproduis tel quel ci-dessous...

Un hasard, je viens d'ouvrir votre blog, j'ai vu vos dessins et qu'est ce que je vois? La ermita de la Virgen de la Huerta, à 4 Km. du village oú j'habite. C'est pas fou??
Comme vous pourrez voir dans la wikipedia, cette église est située à "el Rincón de Ademuz", région naturel (comarque) dans la province de Valencia. Le vrai nom est en castellano "Nuestra Señora de la Huerta" ou "Virgen de la Huerta", parce que nous sommes castellanophones. Nous sommes trés proches a l'autonomie d'Aragón, à 30 Km. de Teruel, un enclave de Valencia entre les provinces de Teruel et Cuenca. Une sorte d'île, administrativement, parce que la culture ne connais pas les frontiéres. Avec la surprise j'oublié de vous dire que vos dessins sont trés beaux, merveilleux, je vous admire et félicite. Je vais vous envoyer des photos de nôtre region, si pauvre, si perdue, si belle et presque vide, il ne reste que la Nature, quelques vieux et très peux d'idéalistes. Je vais suivre la suite de votre travail. Saludos et vive le hasard !!!
Isabel López

Voici les links :
http://es.wikipedia.org/wiki/Ermita_de_Nuestra_Se%C3%B1or...
http://fr.wikipedia.org/wiki/Ademuz

J'écarquille les yeux : une dame a donc découvert, par un heureux hasard, mon dessin de cette chapelle qu'elle connaît très bien, puisqu'elle habite à proximité, à quatre kilomètres précisément ! Je lis et relis le reste du commentaire. Tout en me communiquant quelques renseignements géographiques fort intéressants, elle m'apporte d'emblée les précisions nécessaires qui me permettent de dénommer parfaitement cette Ermita. 

Ce serait passionnant, si elle acceptait de m'aider pour améliorer la suite de l'article !

                     

 

Image du Blog ypjane.centerblog.net

SAMEDI 9 AVRIL 2016

Une passionnante collaboration permet la préparation de la suite de l'article, supervisée, critiquée, précisée, corrigée puis amendée par Isabel.  Un plaisir pour elle, si j'en juge par ses compétences : à ce moment en 2009, elle est responsable d'une ADL (agence de développement locale), ainsi que du Centre internet et du Point Info Tourisme du village. Je suis heureux de vous présenter le fruit de cette passionnante collaboration.

Que signifie ce nom Ermita de la Virgen de la Huerta de Ademuz ?

De découverte en découverte, d'explication en explication, je découvre que cet édifice religieux est aussi appelé, dans certains documents écrits en catalan, Ermita de la Mare de Déu de l'Horta d'Ademús. La Mare de Déu se traduit aisément, vous l'aviez imaginé, par la Mère de Dieu. On lit encore en castillan Ermita de Nostra Señora c’est-à-dire l’ermitage de Notre-Dame. Ces dénominations varient donc en fonction de la langue. 

Une ermita signifie un ermitage : une simple chapelle, généralement exiguë, isolée dans la campagne, retirée loin des autres habitations et permettant une retraite pieuse et spirituelle.

Voici un cliché de l'Ermita pris à la fin du XIXe siècle, témoignant de son environnement de l'époque. Elle possède clairement les caractéristiques évoquées. Les plus attentifs auront observé que la porte d'entrée est obstruée par un tas de bois peut-être, ou plutôt un buisson ? Cette chapelle paraît abandonnée, comparée à la photo plus récente qui a servi de modèle à mon dessin.

Une Huerta est une zone agricole partagée en portions de terrain où l'on cultive fruits et légumes. De nombreux paysans en vivent ; les parcelles sont rentabilisées au mieux. Ces productions reposent également sur une bonne irrigation, climat oblige, très réglementée à cause des insuffisances en eau en certaines périodes.

La Huerta de Ademuz (horta en catalan, huerta en castillan) est une comarque espagnole de la Province de Valence. Qu’est-ce qu’une comarque ?  Ce terme "comarca" utilisé dans la péninsule ibérique (et en France avec les "comarques" dans les Pyrénées-Orientales) pourrait se traduire par contrée : il correspond plus ou moins à la notion de pays ou de région naturelle en France.

 

Une parenthèse historico-géographique s'impose. Depuis 1833, L’Espagne est partagée en 50 provinces qui forment l'essentiel de son territoire. Ces provinces, avant la Constitution espagnole de 1978, n'avaient pas de pouvoir, l'Etat étant centralisé. Depuis 1978, l'Espagne est décentralisée et structurée en 17 communautés autonomes, chacune composée d'une ou plusieurs provinces. La Constitution établit quels sont les pouvoirs respectifs de ces communautés (qui jouissent d'une assez large autonomie), selon qu'elles appartiennent essentiellement à l'Etat ou qu'elles soient partagées.

"Rincón de Ademuz" est une comarque de la Province de Valence située dans la Communauté valencienne - une des 17 communautés, Ademuz étant son centre administratif - qui reconnaît deux langues officielles, le castillan et le valencien, mais pas le catalan. Même si la plupart des mots sont identiques dans ces deux dernières langues citées, à Valence on parle le  "valencià" (en valencien) ou "valenciano" (en castillan). Dans la région de Rincón de Ademuz, 100 km à la ronde, le valencien n'est pas pratiqué, bien qu'il soit enseigné à l'école et que ce soit la langue officielle prônée par le gouvernement autonome. On y parle le castillan.

 
LES 50 PROVINCES
 
 

L’Espagne comprend 50 provinces qui forment l'essentiel de son territoire.

 

 

 

 

Ci-contre, la carte de ces provinces, avec la minuscule enclave "Rincón de Ademuz" appartenant à la Province de Valence, indiquée par des flèches sur la carte ci-dessous.

 LES 17 COMMUNAUTES

La comarque "Rincón de Ademuz" est séparée de son territoire principal et enclavée entre Castille la Manche et Aragon, deux autres communautés espagnoles.  La langue parlée est majoritairement le castillan.



 
 

L' "Ermita de la Virgen de la Huerta de Ademuz" appartient donc à la Communauté valencienne dans laquelle la langue principale, parlée par 74% de la population, est le castillan.
              

Avant de vous quitter ce jour, je voudrais encore vous présenter deux étonnantes photos, glanées sur l'Internet, de l'Ermita de la Virgen de la Huerta de Ademuz : je m'aperçois que je ne suis pas le seul à avoir eu un "coup de foudre"pour cette superbe autant qu'étrange Ermita !

photo by Tony Duarte (Flickr)

 

Rosi%20Dia%20Del%20Camp%20-%20ermita%20virgen%20huerta%20ademuz.jpg

photo by Rosa Dia Del Camp (Flickr)

 

Image du Blog ypjane.centerblog.net

LUNDI 11 AVRIL 2016

Cet édifice médiéval du XIVe siècle, construit selon les caractéristiques propres au siècle précédent et en partie transformé ultérieurement, est considéré comme un joyau du patrimoine artistique de Valence. Selon la tradition, c’est Jacques Ier dit le Conquérant (en castillan : Jaime I El Conquistador), né à Montpellier(1208-1276), qui fit ériger la chapelle initiale au cours de son règne. Sa situation privilégiée sur les rives de la rivière Túria et le long d’une ancienne voie de communication va progressivement faire de ce lieu un sanctuaire d’une grande popularité.

Il ne me reste plus qu'à pousser le portail d'entrée : l'intérieur, paraît-il, n'est pas dépourvu d'intérêt. Je ne suis pas déçu : que de découvertes...

 

                                                    

Image du Blog ypjane.centerblog.net                          

             

Isabel m'a envoyé une série de photos personnelles accompagnées d'explications écrites : plusieurs vues sous différents angles, gros plan sur le portail, dépassements de tuiles, divers détails de façade, et aussi, cerise sur le gâteau, clichés multiples pris à l'intérieur de l'édifice.

Cette Ermita de la Virgen de la Huerta de Ademuz me passionne depuis que je l'ai découverte, vous l'aurez compris si vous suivez cet article que je lui consacre. En début d'article, j'avais écrit : "Regardez ce large parvis supporté par deux colonnes de pierre. N'est-il pas étonnant, disproportionné par rapport à la petite et vieille porte en bois surmontée d’un majestueux demi-arc de cercle sur lequel quelques inscriptions sont encore visibles..."

Regardez, apercevez-vous ces lettres en partie disparues ?

Vous êtes un peu loin, n'est-ce pas.  Approchez-vous... un peu plus encore...

Cette porte d’entrée de tradition romane est protégée par un portique soutenu par deux larges colonnes toscanes.  Elle offre à notre vue ce détail très intéressant, l'inscription qui nous occupe ce jour, en partie effacée au cours du temps, d’une phrase du Coran (psaume V,8) traduite en caractères hébraïques. Voici sa traduction en catalan suivie de la traduction française.

Image du Blog ypjane.centerblog.net

Mes jo, per l'abundància de la teva gràcia, entraré a casa teva,

em postraré en el teu Temple Sant, en el teu amor.

Image du Blog ypjane.centerblog.netMais moi, par l'abondance de ta Grâce, j'entrerai dans ta maison

et je me prosternerai dans ton Temple Saint, dans ton amour.

Image du Blog ypjane.centerblog.net

Image du Blog ypjane.centerblog.net

 

MERCREDI 13 AVRIL 2016

Parmi les photos qu'Isabel m'a envoyées, accompagnées de commentaires et explications, j'ai choisi de vous montrer celle de la porte d'entrée vue de face, avec ces inscriptions en partie encore  intactes : Isabel nous a ouvert l'un des battants pour notre visite guidée...

© Concha Tormo

 

   
Entrons dans cette "Ermita de la Virgen de la Huerta de Ademuz". Découvrons l'intérieur de cet étonnant édifice moyenâgeux.
La lecture d'extraits du livre "Ademuz y su patrimonio histórico-artístico" écrit par Raúl Eslava Blasca, proposé en format PDF sur internet, nous a permis de préparer la visite guidée qui suit...

     
Sans conteste, cette Ermita de Ademuz est, parmi les œuvres architecturales qui ont survécu au fil des siècles dans ces terres du nord-est de l’Espagne, celle qui brille le plus par sa singularité et son état surprenant de conservation, bien qu’elle fut longtemps négligée au cours des siècles précédents. De facture romane, c’est le bijou le plus remarquable du patrimoine artistique de la Communauté valencienne et un bâtiment d’une grande valeur, historique par ses origines du Moyen Âge d’une part, religieuse et sentimentale d’autre part grâce à l’attrait qu’elle inspire aux touristes et pèlerins qui la visitent et y prient. 

Malgré cette importance, l'édifice était pourtant peu étudié par les historiens de l’art jusqu’en 1996. Depuis, heureusement, le niveau des connaissances de la richesse historique du bâtiment a sensiblement été accru par les recherches de Raúl Eslava Blasco et d'utiles restaurations ont été effectuées.
 
Cette ermita répond à un modèle de typologie architecturale bien défini appelé "iglesias de conquista", que l’on pourrait traduire par "église de conquête" (destinée à développer le culte du christianisme dans les nouvelles terres conquises par l'Islam).
Construite à l’origine sur un plan rectangulaire, elle bénéficie d’une toiture en bois, reposant sur six arcs gothiques disposés longitudinalement et sur des piliers massifs, créant ainsi une nef centrale deux fois plus large que les deux latérales ; on peut aussi y admirer un jubé et un chœur avec balustrades en bois.
             

 
     
         
   

 
Cette construction originale du XIIIe siècle a donc subi, tout au long de son histoire, divers agrandissements, en accord avec les nouvelles modes et les goûts architecturaux des époques qui ont suivi sa conception. Ainsi, deux chapelles collatérales au sanctuaire ont été ajoutées fin du XVIe siècle et redécorées au siècle suivant.
 
J'aime beaucoup cette charmante coupole octogonale ornée d'une décoration picturale certes endommagée, mais digne d'intérêt : très lumineuse, construite sur pechina*, elle est le résultat d'un agrandissement profond du sanctuaire en pleine époque baroque et terminé en 1673.
* pechina

("una pechina", c’est un triangle curvilinéaire, soutenant une coupole

et permettant de passer d’un plan carré à un autre circulaire.)

 

La chapelle St-Antoine de Padoue (Sant Antoni de Pàdua) (1673), adossée au mur sud de la  construction initiale, a constitué le dernier ajout à l'ermitage médiéval. 

Bien qu'elle ait été
érigée au XVIIe siècle, elle reproduit en grande partie la conception spatiale du sanctuaire puisque son plan est similaire et se compose également d'une coupole sur pechina.
         

Cette chapelle est bien visible sur la photo ci-dessous, à droite et à l’arrière de l’Ermita, qui me permet de trouver l’explication de ce dôme pointu mais légèrement bombé situé du côté droit et qui m’intriguait lorsque je le dessinai.
 
 
                  

 

 

A l’intérieur de l’Ermita, des pilastres d'ordre corinthien soutiennent des décorations picturales de moindre qualité, avec des motifs floraux, de vases blancs ou d’angelots sur un fond rose.

Datant pour la plupart du XIXe siècle, ces frises furent peintes dans le style élisabéthain, tout comme ces rubans rouges et les encadrements floraux sur les espaces plats sous la coupole et les mur
s.

 
     
 
     
 

Il reste cependant quelques fragments de peintures originales, possiblement médiévales, qui affleurent au-dessous des plafonnages décoratifs modernes et permettent aux experts de bien évaluer la construction comme étant d'époque romane.

   
 

 
La visite vous plaît-elle ?  Je vous invite, dès ce vendredi 15 avril, à la poursuivre, avec la présentation d'autres richesses artistiques de cette Ermita.
 
Image du Blog ypjane.centerblog.net

VENDREDI 15 AVRIL 2016

Poursuivre cette visite..., disais-je il y a deux jours ; et l'achever, bientôt !
 
Mes lectures m'ont aussi appris que cette chapelle abritait sous son toit un grand et magnifique retable du XVIIe siècle nommé  "Retable de Saint Jean Baptiste" (Retablo de San Juan Bautista). Ce chef-d’œuvre aurait été réalisé en 1681 et est malheureusement introuvable depuis 1930. Il n'en subsiste que des photos...
 
A l'origine simple meuble de bois ou de pierre dont la fonction semblait surtout utilitaire (en quelque sorte, des gradins destinés à recevoir des objets liturgiques), un retable est une construction verticale, en arrière de la table d'autel, portant des décors sculptés ou peints et ayant plutôt une dimension décorative liée à la fonction religieuse.
Si on le rencontre
à partir du Moyen Âge, c'est aux 17e et 18e siècles qu'il prend de l'importance, en devenant une véritable œuvre d'art. Son iconographie évoque essentiellement la vie du Christ, de la Vierge et des Saints.
 
 
Retablo de San Juan Bautista. Círculo del Maestro de Perea. Ermita de Nuestra Señora de la Huerta. Ademuz.

Photo :  Arxiu Mas, 1932

Le "Retable de Saint Jean Baptiste" n'échappe pas à la tradition et présente parmi d'autres sujets l’Annonciation de l’Archange Gabriel, Saint Jean l’Évangéliste, la Vierge des Douleurs, Sainte Barbara, Sainte Lucie, etc. Il semble qu'à l'époque des quatre prises de vue que je vous en propose, le curé de la localité ait décidé de déplacer retable, peintures et autres objets de valeur, de l'ermita moyenâgeuse à l'église paroissiale. Depuis, toute trace de cette œuvre a disparu.
 
 

"San Miguel"

Photo : Arxiu Mas, 1932

     

  

"Virgen de la Humildad"

Dios Padre y Anunciación en los guardapolvos.

Photo : Arxiu Mas, 1932

 



"San Sebastián"

Photo : Arxiu Mas, 1932


Pour le plus grand bonheur des historiens, l’Ermita abrite encore sous son toit deux autres œuvres artistiques historiquement intéressantes. 

La chapelle a conservé jusqu’à nos jours une peinture sur bois de "la Vierge au Lait", un tableau de l'école valencienne du XVe siècle attribué à Reixach. Je ne puis malheureusement vous en montrer une photo. 

Par contre, l'on peut encore admirer ici-contre, peinte sur un pilastre, l’effigie de Marie Madeleine (La figura de María Magdalena).
                                            
 
Déjà, depuis quelques décennies, quelques fragments de cette peinture murale restaient apparents et laissaient présager d’une œuvre d’origine ancienne, qui fut par la suite révélée par des méthodes peu orthodoxes, à coups de marteau égriseur, au temps de la construction de l' (horrible) institut d'enseignement secondaire limitrophe.
 


 
Peut-être animé par la découverte, l'auteur anonyme de cette maladroite restauration a ensuite essayé d'enlever la couche de plâtre à base de gypse présente à divers endroits des arcs gothiques, avec l'envie évidente de trouver de nouvelles peintures.

Cette intervention agressive a certes abîmé certaines œuvres picturales anciennes. Cependant, comme il n'existe pas mal qui par bien ne finisse, l'action a mis en évidence qu'une série de peintures murales ornaient - par le passé - l'Ermita, quelques fragments de ces  décorations étant déjà devinés dans certaines zones ; ces peintures, nous le verrons plus loin, sont aujourd'hui considérées de grande valeur, à cause de leur caractère ancien et parce qu’elles comptent parmi les exemples  - peu abondants en ce domaine - conservés dans la Communauté valencienne.

    
   
    
Cette effigie de la première moitié du XVe siècle a fait l'objet d'une minutieuse restauration. Peinte sur un fond pâle gris bleuté, elle se trouve encadrée dans sa partie supérieure par une fine décoration crénelée dans des tons vivants orangés et ocre : une architecture succincte en manière de dais, qui évoque le lieu  d'origine de la sainte représentée, Magdala, ville fortifiée de Galilée avec à cette époque vingt mille habitants. Enfin, aucun doute n’est possible quant à l’attribution de cette effigie à Marie Madeleine, car  la composition picturale reste couronnée d'une inscription en lettres gothiques noires...

Une Madeleine

De forme élancée, parée d’une tunique d’un rouge criard, estampée de motifs floraux blancs, elle présente un beau visage ovale entouré de très longs cheveux blonds qui se prolongent des deux côtés du corps jusqu’à hauteur des genoux. Un fin collier de perles rouges et noires enserre le cou : avec les vêtements riches et la longue chevelure, il symbolise la vanité mondaine et se présente comme un témoin de sa vie passée dissolue.

À la main droite, elle exhibe son attribut le plus caractéristique : le flacon d'onguents destinés à laver les pieds de Jésus ou son corps après sa crucifixion. Remarquons le nimbe qui entoure sa tête, indicateur indubitable de sa sainteté.


     

Avant de nous séparer bientôt, je voudrais encore, chère visiteuse, cher visiteur, attirer votre attention sur les tuiles qui recouvrent l'Ermita. Veuillez me suivre à l'extérieur. Regardez : patinées par le temps, elles sont de couleur ocre clair, rosée ou grise, pour se fondre dans le paysage environnant. Ce sont ces tuiles canal dont je vous parlais avec admiration en début d'article...

 

            
 
       

On les nomme aussi "romaines" ou encore "arabes", car elles sont venues du Proche-Orient par la route de la soie - apportées par les Grecs et les Romains - et doivent leur forme à la technique du potier. Moulées directement sur la cuisse, elles sont incurvées, étroites vers le genou et plus larges vers l'aine. Cette forme leur permet d'être utilisées d'un côté ou de l'autre. L'assemblage des tuiles canal est simple : Il est fait sur voligeage horizontal, c’est-à-dire la pose d'un fin plancher latté sur lequel elles sont attachées. L'imbrication des tuiles de couverture dos au ciel, par-dessus celles d'écoulement, dos au toit, et leur  orientation côté large vers le bas, ainsi que leur superposition et alignement en tête-bêche, garantissent une isolation et une étanchéité efficaces contre tous les temps au fil des saisons. Du mortier ou quelques pierres les fixent par la partie supérieure pour résister aux vents ravageurs. Ainsi l'eau qui ruisselle sur le dos des tuiles de dessus et réussit tout de même à s'infiltrer est recueillie par le canal que constituent celles de dessous.

 
J'espère avoir été à la hauteur de la réputation de mon édifice "coup de coeur" ! L’ermitage de Notre Dame de l’Horta, ce joyau de l’architecture valencienne, constitue donc un résumé de styles artistiques, en vertu des agrandissements successifs réalisés pendant son histoire et des œuvres qu'elle contient ou a contenus. Je suis ému, pas peu fier même (veuillez excusez ce sentiment qui pourrait paraître, à tort, présomptueux), d’avoir pu la dessiner et  partager avec vous  toutes ces découvertes.

L'article n'est pourtant pas achevé, comme je l'annonçais au début de mon intervention de ce jour.  L'article, ou plutôt le dessin, incomplet...  En le comparant avec la photo, vous remarquerez peut-être une étrange différence...

 
    
 
SAMEDI 16 AVRIL 2016 
 
Il manque, un effet, un élément architectural important.  Concentrez votre regard sur les deux dômes à pans... Si celui de gauche, bombé, ne présente aucune anomalie, celui de droite, pointu, est inachevé: j'ai malencontreusement oublié d'en dessiner l'un des pans !
 
Cette erreur rectifiée, je vous présente à présent le dessin achevé !
(tout en vous donnant rendez-vous, pour le prochain dessin, à la fin du mois de mai - 2019 - )
 

ermita%20de%20la%20virgen%20de%20la%20huerta%20de%20Ademuz.JPG

                                        762519450.gif                  

prochaine publication de dessin

à la fin du mois de mai (2019)
 
  de
Image du Blog ypjane.centerblog.net

16 avril 2019

Incendie de Notre-Dame de Paris : défigurée, mais encore DEBOUT.

notre-dame-de-paris-gargouilles-aout.jpg

Notre-Dame de Paris, août 2011

 

C'était en 2011, par un ciel d'été bleu moutonné de nuages légers comme fumée...
 
Elles menaçaient du poing, les anciennes gargouilles. Penchées sur l'univers, elles criaient au malheur de se tenir au loin. Elles étaient becs et ongles la gangue de laideur qui enserre le sacré pour que toute beauté se repose au secret.
Les yeux toujours ouverts, cornes à crever le vent, ailes à pointes de flèches, mâchoires à recracher les déluges et les guerres,
éternelles en diable, elles étaient les gardiennes.
 
Elles le savaient sans doute, ce que nous ignorions, qu'un temps pourrait venir où tout vacillerait. 
Les gargouilles, le sacré, la splendeur et les griffes, et tant de vieilles pierres où nos coeurs s'abritaient.
Dans la fumée qui monte vers le ciel qui noircit,
empuantie de cendres, 
comme un encens mauvais.
lundi 15 avril 2019, incendie de Notre-Dame de Paris
 

Les gargouilles de Notre-Dame

publié le par Carole, sur son blog "Chemin des jours"

 

Publié dans BATIMENTS ETONNANTS ET REPUTES, SCENES DE VIE | Lien permanent | Commentaires (4) |

16 février 2019

cri de colère

Réédition d'un article, partiellement modifié, et d'un dessin évolutif,

parus en 2010 sur mon précédent blog OB, aujourd'hui abandonné.

article mis à jour ce samedi 16 février

Notez bien que la parution du prochain article

est reportée à la mi-avril 2019

20 JANVIER 2019

Si vous me suivez sur mon blog Hautetfort, ou m'avez déjà suivi sur le précédent Overblog, vous souvenez-vous de ces quelques Dames, aussi respectables qu'âgées, déjà présentées sur mon blog ?

 
SUIVEZ CES LIENS ! Qu'elles soient originaires de l'Ethiopie ou du Rwanda, du Brésil ou de l'Argentine, du Bénin ou de la Mauritanie, du Vitenam ou du Cachemire,  ou encore de l'Argentine,  elles ont toutes accepté, un jour, de prendre la pose sous mes porte-mines et surtout, de nous parler de leur vie au travers de mes articles. Et il y en eut d'autres... et des Hommes aussi !

En ce début d'année, je suis très heureux de pouvoir présenter sur ce blog un autre portrait de belle, vieille et fière Dame ! Mais peut-être certains d'entre vous s'en souviendront-ils dès ses premiers traits...

Pas de couleur : je reste fidèle à mes porte-mines qui me permettent d'élaborer des dessins aux nuances de gris. Celui-ci sera foncé, sombre même, afin de rester le plus fidèle possible à la photo qui me sert de modèle, une photo que j'observe et analyse mm par mm : vous le découvrirez au fur et à mesure de son évolution sur ma feuille blanche.

Vous le savez maintenant, si vous me suivez depuis longtemps, je dessine lentement et patiemment, et vous devrez vous montrer tout aussi patient - comme pour de nombreux autres articles et dessins précédemment publiés - avant de le découvrir achevé et de lire pourquoi je l'ai nommé "cri de colère".

Mon travail vous sera à nouveau présenté, vous l'avez bien sûr compris, sous forme d'article évolutif pas à pas, sous forme de dessin que j'appellerai cette fois trait par trait !

Alors, allons-y pour les premiers traits.  

 

01 - dessin de roms

 

Les yeux, le regard sont des éléments primordiaux de mes portraits...

 Ce premier œil n'est pas encore achevé !

Délibérément, je l'abandonne quelques jours et le retravaillerai plus tard.

J'attendrai de dessiner le second pour les préciser l'un par rapport à l'autre

et les assombrir à l'identique... 

Je vous l'ai dit, ce dessin sera sombre.  Patience !

 


22 JANVIER 2019

 

02----dessin-de-roms.JPG

 

L'oeil, inachevé, n'a pas encore été modifié ou précisé.

Un foulard noir à motifs clairs enserre des cheveux gris.

Rien ne vous permet de déceler le pays d'origine de cette Dame âgée.

Pas grand-chose à dire de plus à ce stade d'avancement du travail.

Sinon que tout va bien et que le modèle me passionne.

 

Sinon que, même si pour vous cela ne revêtira aucune importance - car la différence est invisible à l'écran de l'ordinateur - le papier choisi est totalement différent de celui que j'utilise le plus souvent : moins blanc, légèrement grainelé même, beaucoup plus tendre et dès lors très sensible aux plus légers des traits de mine, il répond immédiatement à la moindre sollicitation de ma part et se prête à merveille au but que je me suis fixé, depuis le début :  réussir un portrait gris, foncé, sombre même.

 

Je n'en suis encore qu'au début ...

Je suis d'accord avec vous : tout cela n'avance pas très vite !

Patience, vous disais-je.

Revenez ce jeudi 24 janvier !  


24 JANVIER 2019

03 - dessin de vieille rom-copie-1

"Vous croyez que c'est sa faute ?

Ne la tenez pas responsable du malaise de société et des problèmes économico-sociaux actuels. 

Non...

Ne la tenez pas responsable de la violence des banlieues,

de l'impunité des grands groupes financiers et économiques,

des dépenses militaires ou du désastre environnemental.

Non...

Ne la tenez pas responsable de l'énorme insécurité

que les plus fragiles d'entre les citoyens

ressentent en cette malheureuse période historique.

Non...

 Non.  Ce n'est pas sa faute !" 

 

- une opinion de l'écrivain italien Antonio Tabucchi -


27 JANVIER 2019

     04---dessin-de-vieille-dame-rom.JPG

 

drapeau_Rom.jpg

le bleu du ciel

la roue de la route

le vert de la prairie

 

Mon peuple : les Roms.

Le nom de mon peuple a été adopté en 1971 par l'Union romani internationale.

Mon peuple est dispersé sur le globe dans une trentaine de pays, pour la plupart en Europe.

Mon peuple y représente la minorité la plus importante en termes numériques.

Mon peuple n'a pas de territoire compact et ne prétend pas à un tel territoire. 

 

Depuis des siècles, chaque État nomme mon peuple en des termes différents. Les Anglais parlent de Gypsies, les Espagnols de Gitanos, les Italiens de Zingari ; les Allemands utilisent le vocable Zigeuner ; en Europe centrale et dans les Balkans, notre nom est nationalisé sous les termes tchèque de Cikan, hongrois de Cigany ou roumain de Tsigani. En France, depuis le XVIe siècle, on nous appelle Gitans, Tsiganes ou Tziganes, Manouches, mais aussi Bohémiens, Romanichels ou encore... Egyptiens.

 

05---dessin-de-vieille-rom.JPG

 


MARDI 29 JANVIER 2019

"TINTIN AU CONGO" devant la justice belge

En 2010, peut-être en aviez-vous entendu parler, Mbutu Mondondoun, un étudiant congolais en Sciences politiques à Bruxelles avait porté plainte pour infraction à la législation sur le racisme et demandé, dans la foulée, à la société MOULINSART, société gérante des droits du dessinateur Hergé, le retrait de la vente de l’album Tintin au Congo qu'il jugeait raciste et insultant à l'égard des Africains. En 2017 déjà, la Commission britannique pour l’égalité raciale avait qualifié l’ouvrage de raciste en considérant que cet album contenait "des images et des dialogues porteurs de préjugés racistes abominables, où les 'indigènes sauvages' ressemblent à des singes et parlent comme des imbéciles."

pour lire l'article paru dans LE MONDE, suivez ce lien s.v.p.

L'année suivante, la justice belge avait définitivement tranché : non, la célèbre bande-dessinée d'Hergé "Tintin au Congo" n'est ni raciste, ni méchante, entendant ainsi clore la polémique.

pour lire l'article paru dans FRANCE INFO, suivez ce lien s.v.p.

Tintin au Congo, avec d'autres BD du célèbre Hergé, restent malgré tout de très contestables classiques de la Bande Dessinée... Permettez-moi d'y revenir plus tard dans l'article.

Mais dites-moi, avez-vous lu TINTIN CHEZ LES ROMS ?  Non ... En êtes-vous bien certains ?

 

06---dessin-de-vieille-dame-rom.JPG   07---dessin-de-vieille-dame-rom.JPG

Soyez rassurés.  TINTIN CHEZ LES ROMS n’est ni le titre d’un nouvel album de Tintin, ni celui d’un inédit ressorti des archives de la "Fondation Hergé et Moulinsart".  Cette BD n’a jamais existé ... quoique ! Attendez !

En France, l'an dernier, en août 2018, plusieurs campements ont été démantelés dans la métropole lilloise. Des opérations courantes dans les 38 départements faisant état de ces bidonvilles sur leur territoire. Quelles solutions pour la population rom ?

pour lire l'article paru dans FRANCE INTER, suivez ce lien s.v.p

 

Ces opérations régulières d'évacuation et de destruction de camps illicites devraient nous inciter à relire – comme un antidote à l’indignité d'une telle décision -  "Les bijoux de la Castafiore" (1963), cette célèbre BD de Tintin, reporter ... sans frontières.

 

07---dessin-de-vieille-dame-rom.JPG

 

 


SAMEDI 2 FEVRIER 2019

Vous souvenez-vous ? Le capitaine Haddock se promène en forêt avec Tintin et découvre, ahuri, un campement de romanichels installé près d'un dépotoir. "Aucun sens de l'hygiène, ces zouaves-là !" grommelle-t-il avant de découvrir que ces gens du voyage étaient contraints par la police de vivre au milieu d'immondices.          

01.jpg

   

 

 

 

02.jpg
 

TINTIN-ROMS-03-copie-1.jpg

       

 

N'écoutant que son cœur, le marin le plus célèbre au monde après Popeye les invite aussitôt à s'installer près d'une petite rivière, sur une belle pâture, dans le parc de Moulinsart...

 

 

 

... au grand regret de son domestique Nestor - "Ces bohémiens, c'est tout vauriens, chapardeurs et compagnie !" ou encore “Inviter des Romanichels chez soi! C’est de la folie!… Je dis que c’est de la folie!!” -, du chef des gendarmes - "Moi, je vous aurai mis en garde. Il ne faudra vous en prendre qu'à vous-même s'ils vous amènent des ennuis" - et même d'un jeune Rom - "Je les déteste, ces gadjé ! Ils font semblant de nous aider, et dans le fond de leur coeur, ils nous méprisent" -.

 

       

04.jpg

Lorsque l'émeraude de la Castafiorte disparaît, tout le monde sauf Tintin soupçonne imméditatement les Tizganes.   « Les voilà, les coupables, ça ne fait pas l’ombre d’un doute … Des preuves ?... Nous les trouverons ! Ces gens sont des voleurs !... Ah, ça ne va pas traîner.» déclarent les frères Dupondt. 

    05.jpg 06.jpg

  Malheureusement pour ces détectives diplômés,

 le vol n'a pas été commis par les Roms mais par une pie … 

 

"C'est bien notre chance, concluent nos deux dyslexiques, pour une fois que nous tenions des coupables, il faut qu'ils s'arrangent pour être innocents!".

Le criminel n'est qu'un oiseau, et les Roms ne sont que des boucs émissaires...

Les Romanichels tiennent donc, dans cet album, un rôle de premier plan  : ce sont des coupables idéaux dans le vol des bijoux ! Une leçon sur les préjugés sans doute enfantine mais ô combien efficace - même si, comprenez-moi bien,  Hergé ne rachète en rien les idées prônées dans "Tintin au Congo" -

Bien évidemment, des Roms truands existent … tout comme des truands existent aussi  dans toutes les catégories de population. 

Est-il besoin de stigmatiser toute une communauté en raison des agissements de certains ?

 

08---dessin-de-veille-dame-rom.JPG

"Est-il besoin de stigmatiser tout mon peuple en raison des agissements de certains ?"

https://livres-interdits.fr/tintin-au-pays-censure/


6 FEVRIER 2019   

"Un pays sans Roms est un pays sans liberté"

(citation rom)

 

09 - dessin de vieille dame rom

 

"Et je suis fier d’appartenir à un peuple qui n’a jamais déclaré la guerre

parce que, nous les tziganes, nous n’avons pas eu besoin d’avoir un territoire :

nous n’avons pas éliminé et poussé les autres populations pour nous installer à leur place."


(Alexian Santino Spinelli, Rom)

 

10 - dessin de vieille dame rom

 

"Avant que ne viennent la haine et la bagarre, accroche ta caravane et pars !"

 (proverbe manouche)

 


9 FEVRIER 2019  

Bonjour, amis lecteurs, visiteurs occasionnels ou témoins fidèles de l'évolution de ce dessin de fière Rom au visage et au regard aussi impressionnants qu'interpellants, que je vous présente "trait par trait" depuis le 20 janvier, à un rythme de présentation similaire à celui de l'avancement de mon travail.

L'occasion est trop bonne : moi qui ne maîtrise que maladroitement la plume (suffisamment je l'espère que pour vous donner un peu plus envie de revenir voir mon dessin - avouez que ce serait bien monotone si je me contentais de vous en montrer son évolution sans aucune autre forme de commentaire -), je suis en perpétuelle admiration devant un certain Jean, célèbre et talentueux, un certain Jean ... Ferrat ! 

Dans les chansons que voici, quelle maîtrise de la voix, de la mélodie, de la composition, des mots ; quels messages emplis de profond respect envers les Nomades et Tziganes, en cette époque de rejet et d'expulsion des gens du voyage, en cette époque de rejet de gens de tous pays ; et pourtant, ces textes ne datent pas d'hier.

 

 

 

Ils ont habité la roulotte
Les quatre planches qui cahotent
De Saint-Ouen aux Saintes-Maries
Mais ils s’en vont encore d’ici
Les Nomades
Ni la couronne d’oranger
Ni la cheminée de faux marbre
Ne leur mettent racine au pied
Ils ne sont pas comme les arbres
Les Nomades

 
Jean Ferrat,  

Les Nomades,

1961

 

Disparus l’enfant
Voleur de cerceaux
Les chevaux piaffants
De tous leurs naseaux
Disparus les ânes
Avec leurs paniers
Les belles gitanes
Sous les marronniers
En ce temps qui va
Qui va dévorant
On n’a plus le droit
D’être différent

 
Jean Ferrat, 

 Les Derniers tziganes,

1971

   

11--dessin-de-vieille-dame-rom.JPG

 

L'occasion est trop bonne : moi qui ne maîtrise avec un certain succès que le portemine et le noir et blanc (j'en ai pris mon parti), je suis en perpétuelle admiration devant un autre Vincent, bien plus célèbre et surtout plus talentueux, un certain Vincent ... Van Gogh !  Quelle maîtrise de la couleur et de la composition dans cette œuvre !

 

Van-Gogh-Les-roulottes--campementde-bohemiens.jpg

Vincent Van Gogh - Les roulottes, campement de bohémiens

Fuyant Paris, Van Gogh gagne le Midi et s’installe à Arles en février 1888. Ebloui par la lumière, il y peint quelques-unes de ses toiles les plus célèbres : Les Tournesols, sa Chambre ou l’Arlésienne.

Pas de temps à perdre. Entre ciel et terre, hommes, femmes, enfants, chevaux s’installent sous la lumière d’août. Perception sur-le-champ, touche pressée, couleurs franches, le campement de gitans est brossé sur le vif.

« Une petite étude d’une halte de forains, voitures rouges et vertes », c’est ce qu’écrit Van Gogh à Théo, son frère et fidèle confident.

Ce tableau est considéré à juste titre comme un des chefs-d’œuvre du peintre.

 

A bientôt, amis lecteurs, visiteurs occasionnels ou témoins fidèles de l'évolution de ce dessin.

Je vous retrouverai mercredi pour vous parler de la musique tzigane que j'aime tant. Plus tard, je vous présenterai la suite du dessin de cette vieille Rom et je vous parlerai davantage d'Antonio Tabucchi et de son "cri de colère".


13 FEVRIER 2019  

J'aurais pu vous parler des guitares du manouche Django Reinhardt, né en 1910 dans une roulotte à Liberchies, dans mon pays de Belgique. J'aurais pu vous parler des doigts de fée, ou plutôt des petites mains d'argent du gitan Manitas de Plata, né lui aussi dans une roulotte, à Sètes en 1921 : bien au-delà de leur communauté tzigane, ils continuent à faire vibrer les cœurs. 

12---dessin-de-vieille-dame-rom.JPG

 

13---dessin-de-vieille-dame-rom.jpg

Ederlezi :

quatre consonnes (la prononciation du r se doit discrète, presqu’inaudible) et quatre voyelles (dont trois e).

Ce mot sonne comme une mélodie.

Ederlezi :

c’est le nom tsigane de la fête de la Saint-Georges chez les Roms des Balkans, la fête du printemps, célébrée le 6 mai.

Ederlezi : ce mot est une mélodie.

Hidirellez : telle est l’origine turque du mot Ederlezi qui désigne les célébrations annonçant le retour du printemps. Les catholiques y ont ajouté la dimension chrétienne du jour de la Saint-Georges (Hagia Georgi pour les Orthodoxes).

Hidirellez revêt une grande importance en Anatolie : le mot lui-même signifie  la renaissance de la nature.  Selon les croyances anatoliennes, il est la combinaison des noms de deux prophètes et amis, Hizir et Ilyas, qui auraient bu l’eau de l’immortalité en se promettant de se revoir à nouveau chaque année - la nuit du 5 mai - pour redonner vie à la nature (Hizir, protecteur des plantes et des gens pauvres, apporte l'abondance et Ilyas, protecteur des eaux et des animaux, redonne la santé).

Ces traditions villageoises se sont répandues jusque dans les villes. La croyance veut que les vœux formulés cette nuit-là seront honorés, que les malades seront soignés et que ce sera la fin des malchances. De nombreux rituels participent à cette fête. Les préparatifs commencent avec le grand ménage de la maison qui doit être propre de fond en comble ; on enfile des vêtements propres et soignés ; on laisse également une fenêtre ouverte afin qu'Hizir puisse entrer et apporter la prospérité dans toute la maisonnée. Certains placent une pièce de monnaie dans un tissu rouge et l'accrochent à une rose ; au matin, cet argent sera remis dans le porte-monnaie, censé apporter l'abondance. De grands pique-niques sont organisés où l'on danse, chante, saute au-dessus du feu jusqu'au matin. On écrit des voeux sur un papier que l'on dépose sur un cours d'eau, on décore également un arbre "Nahil" de toutes sortes d'objets en faisant un voeu. Parfois, un "Georges vert" - un garçon vêtu d’habits verts ornés de feuilles de cette même couleur - devient symbole de sagesse en éloignant le mal : il doit exorciser les animaux, les plantes, les cours d'eau et les bien de la tribu afin de prévenir les maladies.  Il y a encore ce mannequin de feuilles qui, tel un « Georges vert », est jeté dans l'eau pour symboliser la victoire du bien contre le mal.

Ederlezi est aussi une chanson que j'adore depuis des années et dont la paternité est controversée, rendue célèbre pour la première fois en 1988 sur la bande originale du film "Le Temps des Gitans". Elle est parfois présentée comme une chanson traditionnelle tzigane, celle des Gitans, mais elle est généralement attribuée à Goran Bregović : sur sa version, la voix de Vaska Jankovska commence à chanter a cappella son histoire, celle d'un jeune musicien  gitan obligé de rester à l'écart pendant la fête de l'Ederlezi.  Des cuivres puis un choeur mixte viennent ensuite porter la voix pour le reste de la mélodie, largement inspirée des chants et de la musique tziganes.

Le succès de cette chanson, aussi bien à l'étranger que parmi les communautés de Roms, pour qui elle est devenue un traditionnel, presque un hymne, fut à l'époque une surprise. Elle a également fait l'objet de plusieurs reprises (Boban Markovic Orkestar, Ysa Ferrer, Amina, Norig, Kayah,...) et est depuis devenue un hymne pour les nationalistes, bien que Goran Bregović, il faut le souligner, soit opposé à cette mouvance.

 

 

Ederlezi

Sa o Roma babo, E bakren cinen. A me coro, dural besava.
A a daje, amaro dive. Amaro dive erdelezi. Ediwado babo,
amenge bakro. Sa o Roma, daje. E bakren cinen. Eeee.Sa
o Roma, babo babo, Sa o Roma daje. Sa o Roma, babo babo,
Erdelezi. Erdelezi, Sa o Roma Daje. Eeee.Sa o Roma, babo babo,
Sa o Roma daje. Sa o Roma, babo babo, Eeee..Erdelezi, Erdelezi.
Sa o Roma Daje

Traduction française : 
Tous les Roms, papa, sacrifient les moutons mais moi, pauvre tambour,
je dois surveiller de loin. Ah oui, maman, c'est notre fête.
C'est notre fête, Ederlezi… Papa, un mouton pour nous.
Tous les Roms, maman, sacrifient les moutons, et tous les Roms, papa,
Papa, tous les Roms, maman. Tous les Roms, papa, papa
Ederlezi, Ederlezi, tous les Roms, maman.

 

13 - dessin de vieille dame rom
 

16 FEVRIER 2019

 "Cette vieille dame au regard scrutateur,

qui devine et juge nos sentiments et nos intentions,

dont les lèvres ont un pli amer et presque méprisant...

Oh ! combien de reproches se lisent sur ce visage parcheminé,

dans le dessin de ses rides profondes et de ses traits douloureux !"

 

Ce touchant commentaire fut écrit à l'époque de la première publication de cet article,

par une fidèle lectrice de mon blog, en 2010, le vingt-trois octobre.

Elle se reconnaîtra, et je l'en remercie encore.

 

14---dessin-de-vieille-dame-rom.JPG vieille-rom---photo.jpg

format du dessin

24 x 36 cm

format de la photo originale

12 x 18 cm

 

Comme il y a neuf ans, je ne dissimulerai pas ma joie et mon émotion - certes teintées de tristesse -  en vous montrant enfin, après toutes ces heures et ces heures de travail, cette vieille Rom qui nous défie fièrement du regard. Vous l'avez vue, ou revue naître, grandir trait par trait, détail après détail, sous mes doigts et mes portemines. Parmi tous ces portraits que je dessine, celui-ci est l'en de mes préférés...

 Et j'en viens enfin au titre de cet article, pourquoi ce "cri de colère" ?

PEUPLE ROM

 

Depuis plus de vingt ans, l’écrivain toscan Antonio Tabucchi (né à Pise en 1943),  s’indigne de voir les Tziganes bafoués dans son pays, l’Italie.  

 

« LE MONDE MAGAZINE » - dans son supplément au Monde n° 20408 du 4 septembre 2010 - lui a demandé de réagir à la politique d’expulsions menée à cette époque par le gouvernement français.

 

ROMS LES MAUDITS DE L'EUROPE :

LE CRI DE COLERE D'ANTONIO TABUCCHI

« Ce serait donc de la faute des Tziganes ? »

le-monde-magazine.jpg

 

Voici quelques extraits choisis de la réaction d'Antonio Tabucchi ...

(...)  Le rapatriement des Roms mis en œuvre de façon si tapageuse, dans un esprit  de propagande, me semble socialement plus nocif que le débat sur l’identité nationale ; et cela non seulement pour la France mais aussi pour l’Europe, parce qu’il est porteur de zizanie sociale. (...) 

(...)  Désigner un bouc émissaire est un vieux réflexe européen. Nul besoin d’avoir une profonde culture pour savoir que le recours au bouc émissaire et le racisme s’allient depuis toujours aux moments les plus difficiles que traverse l’Europe : on commence par stigmatiser le plus pauvre, puis on arrive aux Juifs, aux Arabes, aux homosexuels, aux handicapés, aux démunis, aux intellectuels, aux dissidents politiques. (...) 

(...)  La grande force du racisme est sa banalité. Le raciste, le xénophobe, n’est pas un monstre sorti de notre imaginaire. (...)  Le racisme tend à devenir le point de vue de la majorité et la majorité tend à éliminer naturellement la minorité, parce que (...) le racisme fait croire qu’on ne devient pas criminel, mais qu’on l’est par naissance : est criminel celui qui appartient à une certaine ethnie, indépendamment du délit qu’il a pu commettre. Appartenir à cette catégorie est déjà un délit. (...)

(...)  Est-il possible que l'Europe ait déjà perdu la mémoire de sa honte ? Faut-il rappeler qu'avant-hier, à Auschwitz, furent brûlés entre 500 000 et 700 000 Tziganes (l'estimation est incertaine pour une population en bonne partie privée de carte d'identité) ? Faut-il rappeler les temps les plus sombres que la France a réservés aux gens du voyage ? Faut-il rappeler qu'après la loi de 1912, les Tziganes se sont vu imposer un carnet anthropométrique, qu'ils devaient faire viser dans chaque commune, à leur arrivée et à leur départ ? Faut-il rappeler qu'en octobre 1940, à la demande de l'occupant nazi, le gouvernement de Vichy interna les Tziganes dans des camps de "surveillance" ? Faut-il rappeler le train (billet "offert" aux Tziganes par Pétain) qui, de France, partit pour Auschwitz ? Est-il possible que certains politiciens ne sachent pas que l'ordonnance de déportation de Himmler, en avril 1940, s'appelait "ordonnance de transplantation"?  Les Tziganes constituent un problème ? Evidemment ! La France, l'Italie, l'Europe ont les moyens et les capacités d'affronter de manière sérieuse et décente un problème réel. Qu'elles l'affrontent et le résolvent. (...) 

 

14 - dessin de vieille dame rom

Si vous souhaitez prendre connaissance de la version complète de l'article,

cliquez sur le logo du magazine :

.le-monde-magazine-logo.jpg


 Je vous propose de revenir dans un mois pour un nouveau dessin trait part trait, pas à pas.

PROCHAINE PUBLICATION

REPORTEE A LA MI-AVRIL 2019

Merci de patienter !

 

762519450.gif

 

01 janvier 2019

Souhaits pour 2019

 

l%27arbre%20%C3%A0%20souhaits.jpg  
"Je vous souhaite des rêves à n'en plus finir et l'envie furieuse d'en réaliser quelques-uns.

Je vous souhaite d'aimer ce qu'il faut aimer et d'oublier ce qu'il faut oublier.

Je vous souhaite des passions, je vous souhaite des silences.

Je vous souhaite des chants d'oiseaux au réveil et des rires d'enfants.

Je vous souhaite de respecter les différences des autres, parce que le mérite et la valeur de chacun sont souvent à découvrir.

Je vous souhaite de résister à l'enlisement, à l'indifférence et aux vertus négatives de notre époque.

Je vous souhaite enfin, de ne jamais renoncer à la recherche, à l'aventure, à la vie, à l'amour, car la vie est une magnifique aventure et nul de raisonnable ne doit y renoncer sans livrer une rude bataille.

Je vous souhaite surtout d'être vous, fier de l'être et heureux, car le bonheur est notre destin véritable."

 

    Jacques Brel, 1er janvier 1968

a-brel-jean-pierre-blanchard.jpg

LITHOGRAPHIE DE JEAN-PIERRE BLANCHARD

 

 

   

 

 

3199407460.gif

 

prochaine publication le 20 janvier 2019 !

 

| Lien permanent | Commentaires (4) |