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20 juillet 2016

D'un dessin de CORBEAU à celui d'un ... MOULIN !

- ultime mise à jour ce samedi 5 mars -

 

DIMANCHE 21 FÉVRIER 2016

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J'ai choisi un chef-d’œuvre d'une des quatre grandes figures de l'Ecole flamande de peinture pour établir une transition entre mon précédent  dessin de corbeau  et celui qui lui succédera dans ce blog, que je dévoilerai progressivement dans cet article pas-à-pas !

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En 1981, en famille, nous visitions le Kunsthistorisches Museum  - Musée de l'histoire de l'art - de Vienne. Mon garçon n'était pas encore de ce monde... Ma petite fille de 9 mois se reposait, bienheureuse, depuis une paire d'heures, sur mes bras endoloris (sa nacelle avait dû être déposée à la consigne). J'admirais, ébahi, l'une après l'autre, les sublimes huiles sur bois, conservées dans ce musée, de l’œuvre de Bruegel l’Ancien peint entre 1553 et 1568. Si le fameux syndrome de Stendhal se ressent aussi à Vienne, je pense l'avoir alors éprouvé...

Ce souvenir restera à tout jamais gravé dans ma mémoire : mes yeux contemplent encore Le Combat de carnaval et carême, Les Jeux d’enfants, Le Suicide de Saül, La Tour de Babel, La Rentrée des troupeaux, Chasseurs dans la neige, La Journée sombre, La Conversion de saint Paul, Le Repas de noce, La Danse des paysans, Le Paysan et le voleur de nid, sans oublier :

Bruegel%20le%20Moulin%20et%20la%20Croix%20-%20the%20Mill%20and%20the%20Cross%20-%20detail.jpg - Le Portement de croix de Pieter Brueghel l’Ancien - 1564 - 170 x 124 cm - Kunsthistorisches Museum, Wien -

(les détails du coin supérieur droit sont visibles sur les deux images de début d'article)

(site consulté pour les reproductions du Portement de croix :    amolenuvolette.it   )

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MARDI 23 FÉVRIER 2016

La complexe scène du Portement de croix relate avec une impressionnante virtuosité un épisode de la Passion du Christ. Peint en 1564, l’œuvre, une sorte de très grande miniature, aurait mérité une observation à la loupe (je n'en avais pas à ma disposition, mais d'un simple clic gauche sur la reproduction proposée ci-dessus, vous la verrez presque "grandeur nature"  !), tant elle est montre une foison de détails représentant un vaste paysage peuplé de quelque 500 personnages.  La plupart, friands de pendaisons et d'exécutions, s’affairent, vont de la ville au fond à gauche vers le Golgotha au fond à droite. D’autres, paysans, bergers et journaliers se dirigent vers la ville avec des denrées qu’ils se proposent de vendre au marché.

Toute l'attention se porte sur le groupe formé par la Vierge, saint Jean et les saintes femmes, d'une expression poignante. Minuscules, relégués au troisième plan mais pourtant élément central du tableau, les condamnés, le Christ succombant sous la croix et les deux larrons, cernés à gauche par l’arbre de vie et à droite par le gibet de mort, se dirigent vers le lieu d’exécution entourés d’une troupe de soldats en tuniques rouges. Aussi loin que porte le regard, ce ne sont que symboles angoissants : encore des gibets, des corbeaux et des soldats en chasse. Mais aussi, signes d’espoir, ces collines moutonnantes et ces ramures verdoyantes sous un ciel en partie serein mais s'assombrissant au-dessus du champ de supplice que la foule avide s'apprête à envahir... 

Élément surprenant, le tableau est dominé par une haute et improbable formation rocheuse surmontée d’un tout aussi improbable moulin : comment y acheminer le grain à moudre ? Comment redescendre la farine ainsi produite ?  Mystère...

Mise à jour, suite au commentaire de Christiana de ce 15 mars :

Ce mystère, peut-être, est-il résolu : si l'on observe avec attention la seconde photo de cette formation rocheuse, que je viens de trouver sur l'internet et d'insérer ci-après, on distingue nettement un sentier taillé dans le roc, bordé par une balustrade en bois...

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Liens vers les sites consultés :

Canal Academie – Les Académies et l’Institut de France sur internet

découvrir Bruegel

La Croix

détail du sentier, taillé dans le roc, menant sans doute au moulin.

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VENDREDI 26 FÉVRIER 2016

Le moulin

Guy de Maupassant

Fragment

… Tandis que devant moi,
Dans la clarté douteuse où s’ébauchait sa forme,
Debout sur le coteau comme un monstre vivant
Dont la lune sur l’herbe étalait l’ombre énorme,
Un immense moulin tournait ses bras au vent.
D’où vient qu’alors je vis, comme on voit dans un songe
Quelque corps effrayant qui se dresse et s’allonge
Jusqu’à toucher du front le lointain firmament,
Le vieux moulin grandir si démesurément
Que ses bras, tournoyant avec un bruit de voiles,
Tout à coup se perdaient au milieu des étoiles,
Pour retomber, brillant d’une poussière d’or
Qu’ils avaient dérobée aux robes des comètes ?
Puis, comme pour revoir leurs sublimes conquêtes,
A peine descendus, ils remontaient encor.

(23-24 octobre 1897)

Guy de Maupassant, Poésies diverses

Le moulin a paru dans Le Gaulois du dimanche du 23-24 octobre 1897 sous la signature de G. de V. soit Guy de Valmont.

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LUNDI 29 FÉVRIER 2016

Ah, moulins magiques de nos rêves...

Qu’ils soient rénovés ou délabrés, abandonnés ou en activité, ces imposants vestiges du passé ne me laissent jamais indifférent...

Le meunier d’un moulin de Provence avait besoin d’aide : seul, il ne pouvait faire pivoter son lourd toit en cône pour l’orienter et le diriger à la recherche du meilleur souffle du vent dominant, qu’il soit mistral ou vent d’est.  Pendant de longues minutes, par appuis successifs grâce à un ingénieux système de "roulement à billes" (en fait, des galets en buis !), la force de six hommes pouvait être requise pour ce déplacement.

Puis, il lui fallait gréer les voiles ; il pouvait enfin déverser les grains de blé, une fois les ailes en mouvement ; les meules s’occupaient du reste !

Le moulin - récemment restauré - que j’ai photographié cet été 2015 et que je dessine, est un de ces moulins provençaux, d'apparence extérieure en tout point similaire à ce schéma :

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Mais peut-être connaissez-vous déjà ce moulin perché sur sa butte à 578 mètres de haut, bâti presque au bout du monde, bâti au sommet d'une colline, bâti au bout d'un vieux et pittoresque village possédant encore une partie de ses fortifications ?
 

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MERCREDI 2 MARS 2016

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Région PACA, Haut-Var, en limite des Alpes de Haute-Provence,

au sein du Parc naturel régional du Verdon.

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À 25 km au sud-est de Manosque, du haut de ses 578 mètres, le pittoresque village historique de Saint-Julien-le-Montagnier est perché au sommet d’une butte dégagée (réchauffée par le soleil mais aussi fouettée par les vents) que l’on voit de loin depuis la plaine et la route D554, entre Vinon-sur-Verdon et Barjols puis Brignoles.

                

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De la table d’orientation en céramique de son belvédère construit sur le réservoir d’eau du village, on jouit d’un panorama exceptionnel, un des plus appréciables du Var, si vaste par temps dégagé (vue sur sept départements), permettant de découvrir les collines varoises au sud et la Haute-Provence au nord avec le massif du Verdon, jusqu’à la montagne de Lure et le mont Ventoux.

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Samedi, nous nous approcherons de ce moulin construit sur le site de Gourdane,

un site de grand intérêt régional : je vous le présenterai...

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SAMEDI  5 MARS 2016

L’occupation du site et de la région remonte à la préhistoire et l’on y retrouve en bordure ouest, là où est construit le moulin qui inspire mon dessin, les vestiges d’un oppidum (lieu fortifié de l’époque romaine, généralement aménagé en surplomb, servant de refuge et de lieu de rencontre). De cette époque remonte probablement le nom de la butte, Gourdane (appelée aussi avec justesse l’Aire du Bout du Monde), avec la racine pré indo-européenne GOR-D- (variante de KOR-) désignant une hauteur rocheuse.

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Les siècles passés, on accédait à l’Aire de Gourdane par une voie encaladée en pente raide, le « Chemin du Paradis des ânes » Les calades sont ces marches empierrées avec à leur bord inférieur une bordure légèrement surélevée destinée à bloquer les roues des petites charrettes tirées par des ânes, remontant lourdement chargées les récoltes de la plaine jusqu'au village, ce qui en principe évitait à ceux-ci de se laisser entraîner en arrière et de dévaler la pente sans retenue.

                                                                                           

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On entrait sur l’Aire du Bout du Monde - délimitée à l’ouest par une falaise abrupte et à l’est par une falaise non moins à pic - en franchissant la magnifique porte fortifiée du même nom, datée du XIIIe siècle, qui perce l’un des remparts occidentaux datés du Ve et XIIe siècles.

 

 

 

                                                         

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L’aire est soigneusement empierrée pour le battage du blé ; l’empierrage dessine au sol des rectangles réguliers qui servaient d’étalon pour mesurer le grain et assurer le partage entre le minotier, le seigneur et le propriétaire.

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Sur le coté droit est établie la Chapelle de l’Anonciade, un petit bijou d’art religieux rural avec ses retables et autel avec montants en bois sculptés. A son extrémité, dominant la plaine se dressent deux moulins à vent. En raison du manque d'archives, leurs origines et histoire est imprécise et le mystère plane même, dans les archives communales, sur leur nombre.

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Il est mentionné qu’à la demande du seigneur de l’époque, on en construisit un en 1653, mais deux ans plus tard le mistral indomptable brisa le fourgon, et l’on ne sait si des réparations furent effectuées (plainte fut déposée contre le meunier en 1661) : les délibérations à ce sujet restent muettes... Aucune mention officielle par contre à propos origines de l’autre moulin à vent : certaines sources parlent de 1635.

Au fil des temps, les moulins de Gourdane ont connu l'oubli. Devenus ruines, ils furent sauvés et remis à neuf - entièrement, pour celui que je dessine - à partir de 1999, et font de nouveau la fierté du village.

Actuellement restauré avec ses ailes, dans les règles de l’art et dans l’esprit d’une lointaine tradition, le moulin de 1653 est en parfait état de marche et des bénévoles se chargent de déployer les toiles et faire tourner les ailes pour les visiteurs lorsque les conditions météo le permettent, le deuxième dimanche d’août à la Fête des moissons d’antan, l'occasion d’assister tout d’abord au fauchage, au battage et au vannage du blé, puis de moudre de la farine afin de démontrer le parfait fonctionnement du mécanisme.              

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"LE MOULIN A VENT DE SAINT-JULIEN-LE-MONTAGNIER", 1653, 30 X 40 cm

(dessin au portemine achevé fin février 2016, d'après une photo personnelle)

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à bientôt,

si vous le voulez bien !

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Je vous remercie

pour votre fidélité. 

Les sources utilisées pour cet article après le 26 février :

http://www.lescheminsdupatrimoine.fr/wa_files/R16_20web_0...

http://www.merveilles-du-var.net/index.php?merv=fiche&...

http://www.lescheminsdupatrimoine.fr/l_aire_et_les_moulin...

http://fr.calameo.com/books/0024449899c6751ac65a7

http://www.saintjulienlemontagnier.com/historique.php

http://villages-et-villes-de-france.fr.over-blog.com/2015...

http://www.justacote.com/regusse-83630/site-touristique/

http://www.lac-sainte-croix.com/moulins-regusse.htm

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19 juillet 2016

A nice Moment of Love ! Un beau moment d'amour !

Clap, première...

 

En 2010, j'ai pris le risque de mettre en couleur un de mes dessins au portemine !

Ce dessin évolutif déjà publié sur mon précédent blog en 2013,

je vous le présente à nouveau,

et vous invite à regarder les nouvelles modifications apportées à l'article l'accompagnant.

 

- ultime mise à jour ce JEUDI 14 JUILLET -

        prochaine parution prévue à la fin de ce mois de juillet     
 

Image du Blog ypjane.centerblog.net

ETAPE 1 : DIMANCHE 3 JUILLET 2016.

 

Pour ce seul dessin en couleur jamais signé, gros plan sur un détail,

histoire d'attiser votre curiosité et vous inciter à revenir mardi pour la suite !

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A mardi, pour la suite !

 

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ETAPE 2 : MARDI 5 JUILLET 2016.

 

"Aux dons que ta bonté mesure

Tout l'univers est convié ;

Nul insecte n'est oublié

À ce festin de la nature."

 

- Hymne de l'enfant à son réveil - Alphonse de Lamartine

 

Les éléments du dessin présentés le 3 juillet, aux teintes jaune et orange,

sont ceux d'un corps longiligne,

qui se prolonge en un abdomen, un thorax et une tête d'insecte que voici, de couleur verte ...

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La frissonnante libellule
Mire les globes de ses yeux
Dans l'étang splendide où pullule
Tout un monde mystérieux.

Les Rayons et les Ombres (1840)
Victor Hugo
 

... le corps se prolonge (...) ai-je écrit plus haut ! On pourrait effectivement le penser !

Détrompez-vous ... (à suivre)

 

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ETAPE 3 : MERCREDI 6 JUILLET 2016.

 Dans le livre La libellule et le philosophe,

il semble que pour son auteur Alain Cugno,

la libellule manifeste quelque chose qui l’interloque particulièrement,

une source singulière, pour lui, de perplexité comme de satisfaction.

 

(…) La libellule fascine par la façon dont, quasiment, elle s’efface. Presque végétale, elle paraît flotter, elle tient d’un effet d’atmosphère plus que d’un être individué, mais pourtant, improvise.

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(…) Par sa taille, la libellule (…) effleure notre monde, mais s’en absente. (…) Les libellules sont des êtres (...) trop petits pour être vraiment vues de loin, trop grosses et trop farouches pour l’être de très près, on les cherche et on les repère sans entrer dans leur monde puisqu’elles ne vous laissent pas le temps de changer d’échelle pour vous adapter.

(…) A différents points de vue donc, la libellule intrigue. Elle flotte, elle traverse, elle n’est que de passage, trop petite pour notre monde, trop grande pour celui des insectes, animal, mais animal qui semble incomplet, qui manque, dans ses tourbillons, ses errances, de cette forme de saturation de soi.

(…) La nature est machine jusqu’au bout, tandis que l’art ne l’est que jusqu’à un certain point ; l’art est moins mécanique que la vie ; par son manque de mécanisme, son côté rafistolé, la libellule a l’air fabriquée. Les libellules (…) font plus artificiel que nature.

 

(…) En somme, la libellule est signe d’un trouble ; elle est de ces phénomènes qui par leur fugacité, leur apparence de gratuité, par l’impression qu’ils donnent de n’appartenir à aucun ordre des choses mais de les traverser seulement, rappellent que les choses ne vont pas de soi.

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      Mes explications du mardi 7 juillet le suggéraient :

en réalité, deux insectes, et non un seul, sont à présent visibles,

étrangement collés, comme soudés l'un à l'autre !

Pourquoi cette étrange proximité ?  Quel est le nom de ces insectes ?

Vous le découvrirez bientôt ! Rendez-vous ce vendredi 8 juillet !

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ETAPE 4 : VENDREDI 8 JUILLET 2016.

 

Peut-on rester de marbre devant ma beauté ?

Mes couleurs vives alliées à la forme caractéristique de mon corps impressionnent et participent à ma plaisante réputation ; par ailleurs, chacun me sait inoffensive ! Mes larves sont aquatiques : c'est pourquoi je multiplie mes allées et venues furtives, toujours très appréciées, dans les jardins proches d’un plan d’eau. A mon apparition, toute discussion s’arrête chez les humains et je me délecte de telles exclamations à peine murmurées : Ne bouge pas … Regarde, une libellule ! Ne fais aucun bruit ! J'adore particulièrement les mares bien aménagées : j'aime rivaliser de beauté avec les nymphéas en fleurs de l'ami Marcel. Je ne suis pas peu fière de réussir à capturer en plein vol les moustiques, surtout à la tombée du jour où ils se montrent plus abondants.

Je suis aisément reconnaissable, au premier regard, à mes grandes ailes allongées et très nervurées, mon thorax trapu et mon abdomen filiforme et annelé. S’il m’arrive de me poser et de permettre à mes admirateurs une observation attentive, je prends bien garde - pour ne pas les effaroucher - de leur montrer l'extrême mobilité de ma tête ! Ils pourront parfois, s’ils se comportent à mon égard avec le plus grand respect, découvrir combien mes grands yeux composés occupent un large espace et comprendront pourquoi ils me procurent un champ de vision avoisinant 350°. Peut-être réussiront-ils à apercevoir mes courtes antennes ? A tout le moins, mes pièces buccales, de type broyeur, les étonneront.  Et s’ils font preuve d’une extrême patience, je leur dévoilerai les techniques de ma vie amoureuse...

Mais je me sens rougir ... 

Sur mes ébats, je préfère rester, un peu encore, discrète...

Ne jetez qu'un simple coup d’œil sans trop vous attarder...

Et revenez bientôt : promis, je dévoilerai et partagerai un peu mon intimité ! 

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  Mais - cela dit entre nous - sommes-nous vraiment deux libellules ? 

Vous le découvrirez bientôt ! Rendez-vous ce lundi 11 juillet !

Image du Blog ypjane.centerblog.net

ETAPE 5 : LUNDI 11 JUILLET 2016.

  En réalité,  nous ne sommes pas des libellules... 

 

J’aperçois dans votre regard une surprise non feinte :

" Pas des libellules, ces insectes ailés, annelés et colorés ?  Mais bien sûr que si ?

Permettez-moi dès lors de réitérer ces mots : nous ne sommes pas des libellules. 

Quelques explications s'imposent.

D’apparence très proche et adoptant un mode de vie similaire, appartenant à un ordre commun, les odonates, la plus ancienne espèce d’insectes ailés dont les origines remontent à la Préhistoire, nous, les demoiselles, faisons partie du sous-ordre des zygoptères alors que nos cousines les libellules appartiennent à celui des anisoptères.

Des différences morphologiques évidentes permettent de nous distinguer. 

Observez tout d'abord les photos ci-dessous : pouvez-vous en déceler quelques-unes ?

 

dragonfly---libellule.jpg   Damselfly - demoiselle
  LIBELLULE (DRAGONFLY)   DEMOISELLE (DAMSELFLY)
YEUX-LIBELLULE.jpg YEUX-AGRION.jpg

 

Notre corps est plus élancé et notre abdomen plus svelte : force est de reconnaître que nous surpassons les libellules en élégance !

Notre vol est moins rapide et plus saccadé que celui de nos cousines, capables, accordons-leur ce privilège, de voler en surplace ou même en arrière, de faire des piqués ou de décoller à la verticale, imitées en ce domaine par les ... hélicoptères !

La position de nos ailes au repos -  toujours repliées l’une contre l’autre et dressées le long du corps ou au-dessus, alors qu’elles sont étendues à l’horizontale chez les anisoptères – permet  à celui qui hésiterait encore de nous différencier à coup sûr.

Observez enfin, en conclusion, une autre différence flagrante : les yeux des libellules sont gros et joints en un point tandis que les nôtres sont plus petits et toujours séparés …

 

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Tout à l'heure, je lisais dans vos yeux une certaine surprise !

Maintenant, je perçois à votre rythme de lecture de plus en plus rapide une évidente impatience.  Je sais que vous attendez que je lève le voile sur notre intimité : contentez-vous, pour aujourd'hui, de contempler nos ébats amoureux, car c'est bien d'une scène d'accouplement qu'il s'agit... Contemplez... et essayez de comprendre !

 

A bientôt : rendez-vous le 14 juillet en matinée !

 

mouche-copie-1.gifImage du Blog ypjane.centerblog.net

ETAPE 6 : JEUDI 14 JUILLET 2016. 

" LOVE MOMENT "

  Bayu Sahaja

08 - agrion 

En colorisant mon dessin au portemine comme un infographiste le ferait avec un bon vieux film en noir et blanc, j'ai cherché à préserver l'éclat naturel de mes demoiselles ailées ! Êtes-vous, comme moi, émerveillé par leur élégance naturelle rare ?

Si vous m'avez accompagné dans les étapes successives de la mise en couleur de ce couple d'odonates et que vous avez lu avec attention les diverses considérations qui les ont accompagnées, vous êtes à coup sûr en mesure de différencier aisément libellules et demoiselles et vous n'avez pas oublié ma promesse de vous présenter en ces lignes les pratiques amoureuses propres à cette espèce d'insecte ailé que les entomologistes répertorient sous le ravissant nom de "agrion élégant" ("ischnura elegans").

 

  Alors, ne perdons pas une seconde et ne bougeons plus.

Observons-les un instant dans leur intimité. 

 

Habituellement, les mâles matures se distinguent aisément par leur thorax bleu pâle alors que les femelles sont de coloration variable, soit bleue (et ressemblent à s'y méprendre aux mâles), soit verte, soit verte et brune. Or, nous admirons ici un tandem inhabituel d'agrions élégants, tous deux de coloration verte, tout simplement parce que la femelle (à gauche) appartient au type vert et le mâle (au-dessus) est encore immature et donc, pas encore bleu. En général, seuls les imagos (les adultes en phase finale de développement) s'accouplent mais chez les demoiselles de telles unions ne sont pas rares.

Ce couple de fragiles et sveltes zygoptères (de près de quatre centimètres de long tout de même) est très, très amoureux...

Notre demoiselle mâle (surprenante association de mots !) a jeté son dévolu sur la compagne de ses rêves, s’est empressée de la saisir par le prothorax, au niveau du cou, et la maintient immobile à l’aide de sa paire de pinces caudales, ces appendices anaux appelés "cerques  abdominauxé que votre œil attentif observera sur mon dessin et la photo originale. Ainsi maîtrisée, lorsqu'elle est prête, la femelle se courbe et colle l'organe génital de l’extrémité de son abdomen contre le deuxième segment abdominal du mâle pour rejoindre son pénis.

 

Le couple adopte ainsi une posture caractéristique en cercle, roue ou coeur,

appelée "cœur copulatoire" ou encore "Wheel Position" (position de la roue).

Un vrai moment d'amour !

 

Bien arrimés, ces deux superbes agrions exécutent quelques zigzags dans le ciel, puis se posent sur des végétaux. Notre reproducteur s'accroche le plus souvent seul à une tige, tandis que la femelle se maintient dans les airs. Si des conditions climatiques venteuses ou l'arrivée impromptue d'un concurrent ne viennent pas perturber le mâle, l'accouplement dure de longues minutes, parfois plusieurs heures. La copulation terminée, il libère sa congénère, qui s'empresse après un court repos de partir en quête d'un site favorable à la ponte, à moitié enfoncée dans l'eau, attendant le plus souvent le soir pour pondre ses œufs.

Bien des aspects des caractéristiques et mœurs de ces passionnantes créatures animales n'ont pas été abordés ici. Si le sujet vous intéresse, voici quelques sites consultés pour la rédaction de mes articles : certaines de ces pages web, particulièrement spécialisées, ne manqueront pas de répondre aux questions supplémentaires que vous pourriez encore vous poser...

http://www.larousse.fr/encyclopedie/vie-sauvage/libellule/...

http://odonates69.unblog.fr/biologie/

http://1x.com/photos/member/32126/32553/

http://photosinsectes.free.fr/odo/album/elegans.htm

http://www.insectesjardins.com/index.htm

http://odonates22.chez-alice.fr/zygopteres/agrion_elegant...

http://fr.academic.ru/dic.nsf/frwiki/387812

http://www.meslibellules.fr/thematique/anat/pterostigmas/...

http://www.libellulesmaizieres.fr/zygoptera/ischnura_eleg...

http://fr.wikipedia.org

http://entnemdept.ufl.edu/creatures/misc/odonata/odonata_...

http://hymenopterius.chez.com/libellule.htm

 

Avant de vous quitter, voici quelques photos de cœurs copulatoires glanées sur la toile ...

 

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 Bayu Sahaja

 

 

08 mai 2016

L'Ermita de la Virgen de la Huerta de Ademuz, une étrange chapelle espagnole...

- une présentation progressive de dessin - 

- ultime mise à jour ce samedi 16 avril -

- prochain dessin fin du mois de mai -

 

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DIMANCHE 3 AVRIL 2016

Chers lectrices, chers lecteurs, si vous saviez comme j'ai hâte de montrer à nouveau - cette fois sur ce blog hébergé par Hautetfort,- un dessin déjà proposé il y a près de sept ans sur mon précédent blog, dont les plus fidèles d'entre vous se souviendront peut-être !

C'est vers une chapelle espagnole que mes mines et moi-même vous emmenons...

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Au hasard de mes fréquentes pérégrinations sur l'internet à la recherche de photos susceptibles de susciter un dessin au portemine, j'avais découvert, un jour de 2008, par le plus grand des hasards, un surprenant édifice religieux. 

 

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Sans hésiter, j’avais préparé mes portemines et une grande feuille de papier, pris mes repères et tracé les premiers traits. En sélectionnant cette photo, j’étais convaincu d’avoir réalisé un bon choix. Par la suite, je n'avais pas désenchanté. Au fur et à mesure de l’avancement du dessin de cette étonnante bâtisse, je pressentais qu’elle disposait d'une valeur architecturale certaine, sans toutefois en savoir davantage...

J'avais bien vite découvert que cette chapelle est située en Espagne, dans la Communauté valencienne, une des dix-sept communautés autonomes d'Espagne (Comunidad autónoma), dont le castillan, langue nationale, est la langue principale. Elle porte le nom aussi long que charmant de "Ermita de la Nuestra Señora de la Huerta de Ademuz" ou encore "Ermita de la Virgen de la Huerta de Ademuz". Dès le premier regard, ses proportions inhabituelles m'avaient surpris et séduit. 

Regardez ce large porche d'entrée et cette toiture supportée par deux colonnes : ne sont-elles pas étonnantes, disproportionnées même, comparées à l'ensemble de la bâtisse, à la petite et vieille porte en bois surmontée d’un majestueux demi-arc de cercle sur lequel quelques inscriptions sont encore visibles ?

 

          
 
La courbe de cette toiture qui semble s'affaisser me surprend tout autant...  Est-elle délibérée, ou au contraire la conséquence des outrages du temps ? 
Et j'aime beaucoup ces vieilles tuiles romaines antiques, qui me rappellent celles, souvent observées, de ces régions du sud souvent visitées, comme la Provence, la Toscane ou l'Ombrie...
Quel bonheur aussi de représenter tous les détails de la maçonnerie, ces tuiles savamment posées l'une sur l'autre, et cette porte étonnante...
 
                             
 
 
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MARDI 5 AVRIL 2016
 
Ce clocher aux cloches envolées, dominant à peine le portail d'entrée, je le trouve tout simplement ravissant.  On y aperçoit, creusés dans la pierre, leurs trous d'ancrage et des traces circulaires, sans doute le souvenir du régulier frottement de l'une d'entre elles. Sous ce clocher au côté droit du parvis de l'Ermita, les murs de pierre bien conservés, restaurés même, attestent de récents efforts de rénovation. 
 
          
 
Par contre, le mur du côté gauche recouvert de ciment en décrépitude attend probablement une bienvenue rénovation. Quant au dôme bombé à quatre faces, il est tout simplement... magnifique !
 
            
 
Cet autre dôme moins bombé et plus pointu, à droite et à l'arrière de la chapelle, rend à mes yeux l'ensemble architectural plus beau.  Je me demande à quelle partie de la chapelle il correspond ?  En observant attentivement la photo proposée en début d'article, j'ai l'impression que le chœur est construit sous l'autre dôme...
 
               

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JEUDI 7 AVRIL 2016

Vous souvenez-vous de ces quelques mots du début d'article "Je pressentais qu’elle disposait d'une valeur architecturale certaine" : vous imaginez certainement mon envie de découvrir l'origine et la valeur historique de cette Ermita !

D'emblée, lors de mes premières recherches, je suis confronté à une difficulté majeure : je ne récolte que peu de renseignements rédigés en langue française. Les sites rencontrés sont écrits en castillan (la langue officielle espagnole) ou parfois catalan : trop tard pour apprendre ces langues ! La fonction de traduction automatique disponible sur Google n'est pas toujours suffisamment performante pour oser entièrement s'y fier...  Alors, je me débrouille en parallèle avec un site de traduction en ligne et - puisque les langues que je compare sont chacune romanes - avec une bonne dose de réflexion et d'analyse des mots et phrases...

                                                    

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Un an plus tard, dans mon précédent blog, je présente le dessin.  Arrivé à cette étape de son avancement et de l'article qui l'accompagne, un commentaire inattendu, extraordinaire - signé Isabel López - s'affiche sur mon écran à la suite de l'article.  Je le reproduis tel quel ci-dessous...

Un hasard, je viens d'ouvrir votre blog, j'ai vu vos dessins et qu'est ce que je vois? La ermita de la Virgen de la Huerta, à 4 Km. du village oú j'habite. C'est pas fou??
Comme vous pourrez voir dans la wikipedia, cette église est située à "el Rincón de Ademuz", région naturel (comarque) dans la province de Valencia. Le vrai nom est en castellano "Nuestra Señora de la Huerta" ou "Virgen de la Huerta", parce que nous sommes castellanophones. Nous sommes trés proches a l'autonomie d'Aragón, à 30 Km. de Teruel, un enclave de Valencia entre les provinces de Teruel et Cuenca. Une sorte d'île, administrativement, parce que la culture ne connais pas les frontiéres. Avec la surprise j'oublié de vous dire que vos dessins sont trés beaux, merveilleux, je vous admire et félicite. Je vais vous envoyer des photos de nôtre region, si pauvre, si perdue, si belle et presque vide, il ne reste que la Nature, quelques vieux et très peux d'idéalistes. Je vais suivre la suite de votre travail. Saludos et vive le hasard !!!
Isabel López

Voici les links :
http://es.wikipedia.org/wiki/Ermita_de_Nuestra_Se%C3%B1or...
http://fr.wikipedia.org/wiki/Ademuz

J'écarquille les yeux : une dame a donc découvert, par un heureux hasard, mon dessin de cette chapelle qu'elle connaît très bien, puisqu'elle habite à proximité, à quatre kilomètres précisément ! Je lis et relis le reste du commentaire. Tout en me communiquant quelques renseignements géographiques fort intéressants, elle m'apporte d'emblée les précisions nécessaires qui me permettent de dénommer parfaitement cette Ermita. 

Ce serait passionnant, si elle acceptait de m'aider pour améliorer la suite de l'article !

                     

 

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SAMEDI 9 AVRIL 2016

Une passionnante collaboration permet la préparation de la suite de l'article, supervisée, critiquée, précisée, corrigée puis amendée par Isabel.  Un plaisir pour elle, si j'en juge par ses compétences : à ce moment en 2009, elle est responsable d'une ADL (agence de développement locale), ainsi que du Centre internet et du Point Info Tourisme du village. Je suis heureux de vous présenter le fruit de cette passionnante collaboration.

Que signifie ce nom Ermita de la Virgen de la Huerta de Ademuz ?

De découverte en découverte, d'explication en explication, je découvre que cet édifice religieux est aussi appelé, dans certains documents écrits en catalan, Ermita de la Mare de Déu de l'Horta d'Ademús. La Mare de Déu se traduit aisément, vous l'aviez imaginé, par la Mère de Dieu. On lit encore en castillan Ermita de Nostra Señora c’est-à-dire l’ermitage de Notre-Dame. Ces dénominations varient donc en fonction de la langue. 

Une ermita signifie un ermitage : une simple chapelle, généralement exiguë, isolée dans la campagne, retirée loin des autres habitations et permettant une retraite pieuse et spirituelle.

Voici un cliché de l'Ermita pris à la fin du XIXe siècle, témoignant de son environnement de l'époque. Elle possède clairement les caractéristiques évoquées. Les plus attentifs auront observé que la porte d'entrée est obstruée par un tas de bois peut-être, ou plutôt un buisson ? Cette chapelle paraît abandonnée, comparée à la photo plus récente qui a servi de modèle à mon dessin.

Une Huerta est une zone agricole partagée en portions de terrain où l'on cultive fruits et légumes. De nombreux paysans en vivent ; les parcelles sont rentabilisées au mieux. Ces productions reposent également sur une bonne irrigation, climat oblige, très réglementée à cause des insuffisances en eau en certaines périodes.

La Huerta de Ademuz (horta en catalan, huerta en castillan) est une comarque espagnole de la Province de Valence. Qu’est-ce qu’une comarque ?  Ce terme "comarca" utilisé dans la péninsule ibérique (et en France avec les "comarques" dans les Pyrénées-Orientales) pourrait se traduire par contrée : il correspond plus ou moins à la notion de pays ou de région naturelle en France.

 

Une parenthèse historico-géographique s'impose. Depuis 1833, L’Espagne est partagée en 50 provinces qui forment l'essentiel de son territoire. Ces provinces, avant la Constitution espagnole de 1978, n'avaient pas de pouvoir, l'Etat étant centralisé. Depuis 1978, l'Espagne est décentralisée et structurée en 17 communautés autonomes, chacune composée d'une ou plusieurs provinces. La Constitution établit quels sont les pouvoirs respectifs de ces communautés (qui jouissent d'une assez large autonomie), selon qu'elles appartiennent essentiellement à l'Etat ou qu'elles soient partagées.

"Rincón de Ademuz" est une comarque de la Province de Valence située dans la Communauté valencienne - une des 17 communautés, Ademuz étant son centre administratif - qui reconnaît deux langues officielles, le castillan et le valencien, mais pas le catalan. Même si la plupart des mots sont identiques dans ces deux dernières langues citées, à Valence on parle le  "valencià" (en valencien) ou "valenciano" (en castillan). Dans la région de Rincón de Ademuz, 100 km à la ronde, le valencien n'est pas pratiqué, bien qu'il soit enseigné à l'école et que ce soit la langue officielle prônée par le gouvernement autonome. On y parle le castillan.

 
LES 50 PROVINCES
 
 

L’Espagne comprend 50 provinces qui forment l'essentiel de son territoire.

 

 

 

 

Ci-contre, la carte de ces provinces, avec la minuscule enclave "Rincón de Ademuz" appartenant à la Province de Valence, indiquée par des flèches sur la carte ci-dessous.

 LES 17 COMMUNAUTES

La comarque "Rincón de Ademuz" est séparée de son territoire principal et enclavée entre Castille la Manche et Aragon, deux autres communautés espagnoles.  La langue parlée est majoritairement le castillan.



 
 

L' "Ermita de la Virgen de la Huerta de Ademuz" appartient donc à la Communauté valencienne dans laquelle la langue principale, parlée par 74% de la population, est le castillan.
              

Avant de vous quitter ce jour, je voudrais encore vous présenter deux étonnantes photos, glanées sur l'Internet, de l'Ermita de la Virgen de la Huerta de Ademuz : je m'aperçois que je ne suis pas le seul à avoir eu un "coup de foudre"pour cette superbe autant qu'étrange Ermita !

photo by Tony Duarte (Flickr)

 

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photo by Rosa Dia Del Camp (Flickr)

 

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LUNDI 11 AVRIL 2016

Cet édifice médiéval du XIVe siècle, construit selon les caractéristiques propres au siècle précédent et en partie transformé ultérieurement, est considéré comme un joyau du patrimoine artistique de Valence. Selon la tradition, c’est Jacques Ier dit le Conquérant (en castillan : Jaime I El Conquistador), né à Montpellier(1208-1276), qui fit ériger la chapelle initiale au cours de son règne. Sa situation privilégiée sur les rives de la rivière Túria et le long d’une ancienne voie de communication va progressivement faire de ce lieu un sanctuaire d’une grande popularité.

Il ne me reste plus qu'à pousser le portail d'entrée : l'intérieur, paraît-il, n'est pas dépourvu d'intérêt. Je ne suis pas déçu : que de découvertes...

 

                                                    

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Isabel m'a envoyé une série de photos personnelles accompagnées d'explications écrites : plusieurs vues sous différents angles, gros plan sur le portail, dépassements de tuiles, divers détails de façade, et aussi, cerise sur le gâteau, clichés multiples pris à l'intérieur de l'édifice.

Cette Ermita de la Virgen de la Huerta de Ademuz me passionne depuis que je l'ai découverte, vous l'aurez compris si vous suivez cet article que je lui consacre. En début d'article, j'avais écrit : "Regardez ce large parvis supporté par deux colonnes de pierre. N'est-il pas étonnant, disproportionné par rapport à la petite et vieille porte en bois surmontée d’un majestueux demi-arc de cercle sur lequel quelques inscriptions sont encore visibles..."

Regardez, apercevez-vous ces lettres en partie disparues ?

Vous êtes un peu loin, n'est-ce pas.  Approchez-vous... un peu plus encore...

Cette porte d’entrée de tradition romane est protégée par un portique soutenu par deux larges colonnes toscanes.  Elle offre à notre vue ce détail très intéressant, l'inscription qui nous occupe ce jour, en partie effacée au cours du temps, d’une phrase du Coran (psaume V,8) traduite en caractères hébraïques. Voici sa traduction en catalan suivie de la traduction française.

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Mes jo, per l'abundància de la teva gràcia, entraré a casa teva,

em postraré en el teu Temple Sant, en el teu amor.

Image du Blog ypjane.centerblog.netMais moi, par l'abondance de ta Grâce, j'entrerai dans ta maison

et je me prosternerai dans ton Temple Saint, dans ton amour.

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MERCREDI 13 AVRIL 2016

Parmi les photos qu'Isabel m'a envoyées, accompagnées de commentaires et explications, j'ai choisi de vous montrer celle de la porte d'entrée vue de face, avec ces inscriptions en partie encore  intactes : Isabel nous a ouvert l'un des battants pour notre visite guidée...

© Concha Tormo

 

   
Entrons dans cette "Ermita de la Virgen de la Huerta de Ademuz". Découvrons l'intérieur de cet étonnant édifice moyenâgeux.
La lecture d'extraits du livre "Ademuz y su patrimonio histórico-artístico" écrit par Raúl Eslava Blasca, proposé en format PDF sur internet, nous a permis de préparer la visite guidée qui suit...

     
Sans conteste, cette Ermita de Ademuz est, parmi les œuvres architecturales qui ont survécu au fil des siècles dans ces terres du nord-est de l’Espagne, celle qui brille le plus par sa singularité et son état surprenant de conservation, bien qu’elle fut longtemps négligée au cours des siècles précédents. De facture romane, c’est le bijou le plus remarquable du patrimoine artistique de la Communauté valencienne et un bâtiment d’une grande valeur, historique par ses origines du Moyen Âge d’une part, religieuse et sentimentale d’autre part grâce à l’attrait qu’elle inspire aux touristes et pèlerins qui la visitent et y prient. 

Malgré cette importance, l'édifice était pourtant peu étudié par les historiens de l’art jusqu’en 1996. Depuis, heureusement, le niveau des connaissances de la richesse historique du bâtiment a sensiblement été accru par les recherches de Raúl Eslava Blasco et d'utiles restaurations ont été effectuées.
 
Cette ermita répond à un modèle de typologie architecturale bien défini appelé "iglesias de conquista", que l’on pourrait traduire par "église de conquête" (destinée à développer le culte du christianisme dans les nouvelles terres conquises par l'Islam).
Construite à l’origine sur un plan rectangulaire, elle bénéficie d’une toiture en bois, reposant sur six arcs gothiques disposés longitudinalement et sur des piliers massifs, créant ainsi une nef centrale deux fois plus large que les deux latérales ; on peut aussi y admirer un jubé et un chœur avec balustrades en bois.
             

 
     
         
   

 
Cette construction originale du XIIIe siècle a donc subi, tout au long de son histoire, divers agrandissements, en accord avec les nouvelles modes et les goûts architecturaux des époques qui ont suivi sa conception. Ainsi, deux chapelles collatérales au sanctuaire ont été ajoutées fin du XVIe siècle et redécorées au siècle suivant.
 
J'aime beaucoup cette charmante coupole octogonale ornée d'une décoration picturale certes endommagée, mais digne d'intérêt : très lumineuse, construite sur pechina*, elle est le résultat d'un agrandissement profond du sanctuaire en pleine époque baroque et terminé en 1673.
* pechina

("una pechina", c’est un triangle curvilinéaire, soutenant une coupole

et permettant de passer d’un plan carré à un autre circulaire.)

 

La chapelle St-Antoine de Padoue (Sant Antoni de Pàdua) (1673), adossée au mur sud de la  construction initiale, a constitué le dernier ajout à l'ermitage médiéval. 

Bien qu'elle ait été
érigée au XVIIe siècle, elle reproduit en grande partie la conception spatiale du sanctuaire puisque son plan est similaire et se compose également d'une coupole sur pechina.
         

Cette chapelle est bien visible sur la photo ci-dessous, à droite et à l’arrière de l’Ermita, qui me permet de trouver l’explication de ce dôme pointu mais légèrement bombé situé du côté droit et qui m’intriguait lorsque je le dessinai.
 
 
                  

 

 

A l’intérieur de l’Ermita, des pilastres d'ordre corinthien soutiennent des décorations picturales de moindre qualité, avec des motifs floraux, de vases blancs ou d’angelots sur un fond rose.

Datant pour la plupart du XIXe siècle, ces frises furent peintes dans le style élisabéthain, tout comme ces rubans rouges et les encadrements floraux sur les espaces plats sous la coupole et les mur
s.

 
     
 
     
 

Il reste cependant quelques fragments de peintures originales, possiblement médiévales, qui affleurent au-dessous des plafonnages décoratifs modernes et permettent aux experts de bien évaluer la construction comme étant d'époque romane.

   
 

 
La visite vous plaît-elle ?  Je vous invite, dès ce vendredi 15 avril, à la poursuivre, avec la présentation d'autres richesses artistiques de cette Ermita.
 
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VENDREDI 15 AVRIL 2016

Poursuivre cette visite..., disais-je il y a deux jours ; et l'achever, bientôt !
 
Mes lectures m'ont aussi appris que cette chapelle abritait sous son toit un grand et magnifique retable du XVIIe siècle nommé  "Retable de Saint Jean Baptiste" (Retablo de San Juan Bautista). Ce chef-d’œuvre aurait été réalisé en 1681 et est malheureusement introuvable depuis 1930. Il n'en subsiste que des photos...
 
A l'origine simple meuble de bois ou de pierre dont la fonction semblait surtout utilitaire (en quelque sorte, des gradins destinés à recevoir des objets liturgiques), un retable est une construction verticale, en arrière de la table d'autel, portant des décors sculptés ou peints et ayant plutôt une dimension décorative liée à la fonction religieuse.
Si on le rencontre
à partir du Moyen Âge, c'est aux 17e et 18e siècles qu'il prend de l'importance, en devenant une véritable œuvre d'art. Son iconographie évoque essentiellement la vie du Christ, de la Vierge et des Saints.
 
 
Retablo de San Juan Bautista. Círculo del Maestro de Perea. Ermita de Nuestra Señora de la Huerta. Ademuz.

Photo :  Arxiu Mas, 1932

Le "Retable de Saint Jean Baptiste" n'échappe pas à la tradition et présente parmi d'autres sujets l’Annonciation de l’Archange Gabriel, Saint Jean l’Évangéliste, la Vierge des Douleurs, Sainte Barbara, Sainte Lucie, etc. Il semble qu'à l'époque des quatre prises de vue que je vous en propose, le curé de la localité ait décidé de déplacer retable, peintures et autres objets de valeur, de l'ermita moyenâgeuse à l'église paroissiale. Depuis, toute trace de cette œuvre a disparu.
 
 

"San Miguel"

Photo : Arxiu Mas, 1932

     

  

"Virgen de la Humildad"

Dios Padre y Anunciación en los guardapolvos.

Photo : Arxiu Mas, 1932

 



"San Sebastián"

Photo : Arxiu Mas, 1932


Pour le plus grand bonheur des historiens, l’Ermita abrite encore sous son toit deux autres œuvres artistiques historiquement intéressantes. 

La chapelle a conservé jusqu’à nos jours une peinture sur bois de "la Vierge au Lait", un tableau de l'école valencienne du XVe siècle attribué à Reixach. Je ne puis malheureusement vous en montrer une photo. 

Par contre, l'on peut encore admirer ici-contre, peinte sur un pilastre, l’effigie de Marie Madeleine (La figura de María Magdalena).
                                            
 
Déjà, depuis quelques décennies, quelques fragments de cette peinture murale restaient apparents et laissaient présager d’une œuvre d’origine ancienne, qui fut par la suite révélée par des méthodes peu orthodoxes, à coups de marteau égriseur, au temps de la construction de l' (horrible) institut d'enseignement secondaire limitrophe.
 


 
Peut-être animé par la découverte, l'auteur anonyme de cette maladroite restauration a ensuite essayé d'enlever la couche de plâtre à base de gypse présente à divers endroits des arcs gothiques, avec l'envie évidente de trouver de nouvelles peintures.

Cette intervention agressive a certes abîmé certaines œuvres picturales anciennes. Cependant, comme il n'existe pas mal qui par bien ne finisse, l'action a mis en évidence qu'une série de peintures murales ornaient - par le passé - l'Ermita, quelques fragments de ces  décorations étant déjà devinés dans certaines zones ; ces peintures, nous le verrons plus loin, sont aujourd'hui considérées de grande valeur, à cause de leur caractère ancien et parce qu’elles comptent parmi les exemples  - peu abondants en ce domaine - conservés dans la Communauté valencienne.

    
   
    
Cette effigie de la première moitié du XVe siècle a fait l'objet d'une minutieuse restauration. Peinte sur un fond pâle gris bleuté, elle se trouve encadrée dans sa partie supérieure par une fine décoration crénelée dans des tons vivants orangés et ocre : une architecture succincte en manière de dais, qui évoque le lieu  d'origine de la sainte représentée, Magdala, ville fortifiée de Galilée avec à cette époque vingt mille habitants. Enfin, aucun doute n’est possible quant à l’attribution de cette effigie à Marie Madeleine, car  la composition picturale reste couronnée d'une inscription en lettres gothiques noires...

Une Madeleine

De forme élancée, parée d’une tunique d’un rouge criard, estampée de motifs floraux blancs, elle présente un beau visage ovale entouré de très longs cheveux blonds qui se prolongent des deux côtés du corps jusqu’à hauteur des genoux. Un fin collier de perles rouges et noires enserre le cou : avec les vêtements riches et la longue chevelure, il symbolise la vanité mondaine et se présente comme un témoin de sa vie passée dissolue.

À la main droite, elle exhibe son attribut le plus caractéristique : le flacon d'onguents destinés à laver les pieds de Jésus ou son corps après sa crucifixion. Remarquons le nimbe qui entoure sa tête, indicateur indubitable de sa sainteté.


     

Avant de nous séparer bientôt, je voudrais encore, chère visiteuse, cher visiteur, attirer votre attention sur les tuiles qui recouvrent l'Ermita. Veuillez me suivre à l'extérieur. Regardez : patinées par le temps, elles sont de couleur ocre clair, rosée ou grise, pour se fondre dans le paysage environnant. Ce sont ces tuiles canal dont je vous parlais avec admiration en début d'article...

 

            
 
       

On les nomme aussi "romaines" ou encore "arabes", car elles sont venues du Proche-Orient par la route de la soie - apportées par les Grecs et les Romains - et doivent leur forme à la technique du potier. Moulées directement sur la cuisse, elles sont incurvées, étroites vers le genou et plus larges vers l'aine. Cette forme leur permet d'être utilisées d'un côté ou de l'autre. L'assemblage des tuiles canal est simple : Il est fait sur voligeage horizontal, c’est-à-dire la pose d'un fin plancher latté sur lequel elles sont attachées. L'imbrication des tuiles de couverture dos au ciel, par-dessus celles d'écoulement, dos au toit, et leur  orientation côté large vers le bas, ainsi que leur superposition et alignement en tête-bêche, garantissent une isolation et une étanchéité efficaces contre tous les temps au fil des saisons. Du mortier ou quelques pierres les fixent par la partie supérieure pour résister aux vents ravageurs. Ainsi l'eau qui ruisselle sur le dos des tuiles de dessus et réussit tout de même à s'infiltrer est recueillie par le canal que constituent celles de dessous.

 
J'espère avoir été à la hauteur de la réputation de mon édifice "coup de coeur" ! L’ermitage de Notre Dame de l’Horta, ce joyau de l’architecture valencienne, constitue donc un résumé de styles artistiques, en vertu des agrandissements successifs réalisés pendant son histoire et des œuvres qu'elle contient ou a contenus. Je suis ému, pas peu fier même (veuillez excusez ce sentiment qui pourrait paraître, à tort, présomptueux), d’avoir pu la dessiner et  partager avec vous  toutes ces découvertes.

L'article n'est pourtant pas achevé, comme je l'annonçais au début de mon intervention de ce jour.  L'article, ou plutôt le dessin, incomplet...  En le comparant avec la photo, vous remarquerez peut-être une étrange différence...

 
    
 
SAMEDI 16 AVRIL 2016 
 
Il manque, un effet, un élément architectural important.  Concentrez votre regard sur les deux dômes à pans... Si celui de gauche, bombé, ne présente aucune anomalie, celui de droite, pointu, est inachevé: j'ai malencontreusement oublié d'en dessiner l'un des pans !
 
 
Cette erreur rectifiée, je vous présente à présent le dessin achevé !
(tout en vous donnant rendez-vous, pour le prochain dessin, à la fin du mois de mai)
 

 

                                        762519450.gif                  

prochaine publication de dessin

à la fin du mois de mai
 
  de
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