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21 mai 2014

"ALI" : un dessin d'un vieil homme du Djebel Barkal dans le Nord-Soudan.

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- 28 x 35 cm -  février 2009 -

- Ali, un vieil homme de la tribu Shaygyiah -

- Djebel Barkal, Nord-Soudan -

 crédit photographique : flickr @ Vit Hassan


Chaque pays, de quel continent qu'il soit, compte une ou plusieurs merveilles naturelles devant lesquelles l’homme se sent petit, dérisoire, comme confronté à des puissances surnaturelles.  Le Djebel Barkal (que vous pourrez localiser sur la carte ci-dessous), l’un des sites majeurs du Soudan, l’un des plus spectaculaires, appartient, dit-on, à celles-là. 

 Ali, le vieil homme de mon dessin,

vit dans cette région grandiose du Nord-Soudan,

près d’une montagne sacrée que vous connaissez peut-être…

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Le Djebel Barkal, tout proche des bords du Nil (à environ deux km de la rive droite du fleuve), à une quinzaine de km en aval de la quatrième cataracte, est en réalité une très petite montagne, mais pourtant tellement impressionnante !  Sa forme très particulière lui fit donner par les anciens Egyptiens son nom, son image de « montagne pure », « montagne sainte » ou « montagne sacrée » : une grande table rocheuse d’environ 300 mètres par 250, dominant la vallée de 97 mètres, flanquée à l’est d’une aiguille de grès rose haute de 75 mètres, sorte de pilier au flanc de la façade.  Son isolement et la verticalité des pentes qui en défient l’ascension renforcent une étrange impression de solennité et entraînent un sentiment de crainte révérencielle.

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Ali vit dans cette région unique - la seule du Soudan à être classée dans la liste du patrimoine mondial de l’UNESCO - de Djebel Barkal et des quatre autres sites archéologiques de culture napatéenne (de 900 à 270 avant J.-C.) et méroïtique (de 270 avant J.-C. à 350 après J.-C.) qui couvrent une région de plus de 60 km le long de la vallée du Nil.  Ces sites comprennent des vestiges de temples, de bâtiments d’habitation et de palais mais surtout des tombeaux avec et sans pyramide. Ces vestiges sont un éloquent témoignage d'une culture ancienne remarquable qui s’est épanouie en ces lieux au cours de l’Egypte ancienne.

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Ayant achevé la conquête de la Haute-Nubie, le pharaon Thoutmosis III étendit en effet - vers 1450 av. J.-C. - l’empire égyptien au sud jusqu’au Djebel Barkal et y fondit la ville de Napata, au pied de la célèbre colline. C’est à partir de son séjour que se développa le lien avec le dieu impérial Amon, adoré tout spécialement au pays de Koush sous sa forme criocéphale (à tête de bélier).  Napata devint en quelque sorte “la Karnak du Sud”, la montagne sacrée étant considérée comme la demeure d’Amon.

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Après plusieurs siècles d’occupation, la ville fut abandonnée par les Egyptiens au XIe siècle av. J.-C. et sur le territoire allant de Napata et Dongola s’établit une dynastie autonome nubienne ou plus exactement koushite, qui, aux alentours de 750 av. J.-C., défit les troupes d’occupation et conquit l’Egypte, alors en pleine anarchie. Cette dynastie koushite, dite à tort “éthiopienne”, forma la XXVe dynastie, dont “les Pharaons noirs” s’installèrent à Thèbes, la capitale de la Haute Egypte, et y régnèrent de 750 à 664 av. J.-C.


sources :

http://www.clio.fr/BIBLIOTHEQUE/le_djebel_barkal_et_le_te...

http://nubie-international.fr/accueil.php?a=page403010&am...

http://fr.academic.ru/dic.nsf/frwiki/1457980

http://whc.unesco.org/fr/list/1073

 http://www.ictam.com/site_pages_fr/-AFRIQUE/soudan2.html

  


Ah !

Ali, cet homme âgé au visage buriné par l'impitoyable soleil nord-soudanais, à la barbe blanche si soignée et au turban immaculé, a sans doute souvent contemplé la merveille des merveilles, le Djebel Barkal, son tertre primordial, les pyramides des derniers rois de Napata, le temple d’Amon avec tous les autres temples attenants ; car même ruinés, leur magie opère encore pour celui qui y est sensible.

 

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Pour cette raison, sans doute, j'ai tenté - sciemment - de redonner vivacité à ce regard qui me paraissait quelque peu triste ou désabusé !  J'ai tenté, une fois n'est pas coutume, de traduire mon sentiment plutôt que celui qu'un visage exprime par lui-même.  J'ai tenté de traduire par mes mines mon regard sur son regard...

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Publié dans VISAGES DU MONDE | Tags : ali, dessin vieil homme, djebel barkal, soudan, dessin rides | Lien permanent | Commentaires (4) |

14 mai 2014

Un dessin des Rolling Stones, les Papys du Rock qui font... de la résistance !

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un dessin de 2013 - dimensions 30 x 40 cm - de longues, longues heures de travail

 

Dernière mise à jour du dessin et de l'article le mercredi 14 mai.

 

MARDI 6 MAI

Le format est délibérément très réduit.  Jamais je n'ai, jusqu'alors, travaillé sur de si petits portraits.  Puisque j'ai choisi de relever un défi, autant qu'il soit le plus périlleux possible ! 

Avec à portée de main mes mines de 0,3 mm de diamètre d'une dureté allant de 4H, H et HB à B, j'élabore patiemment, dans un format de 30 x 40 cm, ces quatre célèbres visages ne mesurant sur mon papier pas plus de 7 cm de hauteur. 

Avec, à l'esprit, à chaque instant, la crainte de ne pas réussir à relever ce défi dont je vous parlais, ce défi qu'un ami, amateur de Rock and Roll, m'a un jour lancé, pas vraiment en blague !  Regarde, Jean-Claude, cette superbe photo des Stones : toi qui aimes tant rides et détails en tous genres, tu serais capable de les dessiner ? 

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Oh, non, avais-je répondu, la photo est trop sombre, trop noire, avec trop peu de détails ; trop difficile, trop risqué  !  Avec, dans la tête, déjà, secrètement, l'envie de relever ce fameux défi !

Puis, un jour, de longues semaines plus tard, je me suis lancé à pas feutrés dans l'aventure : et les premiers traits du premier visage sont doucement, tout doucement apparus...

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JEUDI 8 MAI 

Les Rolling Stones, depuis l'époque où il était coutume de demander tu es Beatles ou Rolling Stones ?, on aime... ou on n'aime pas !

Pour vous présenter ce dessin, pour vous parler de ce groupe, j'ai choisi un article paru sur FIGARO.fr, écrit par Nicolas Ungemuth, très caricatural peut-être, mais incitant à une intéressante réflexion sur ce groupe qui n'est plus à l'aube de sa vie ou au sommet de son talent, ni même de sa gloire, une intéressante réflexion sur notre société.

L' article, scindé en plusieurs parties, accompagnera l'évolution de mon dessin.

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FIGAROVOX/HUMEUR : Les billets pour le concert des Rolling Stones en juin prochain au Stade de France se sont arrachés en moins d'une heure.  Un succès incompréhensible pour Nicolas Ungemuth : le groupe n'est plus à la hauteur de sa splendeur passée et devrait prendre sa retraite.

Nicolas Ungemuth est critique littéraire et critique musical au Figaro Magazine. Il est notamment l'auteur de "Garageland" (Hoëbeke), d'une biographie de David Bowie (Librio Musique) et du "Roman du rock" (Le Rocher).

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SAMEDI 10 MAI

suite de l'article paru sur FIGARO.fr, écrit par Nicolas Ungemuth

Des gens s'arrachent des billets pour écouter un groupe décati dans des conditions acoustiques infectes, et dans un lieu si vaste que la plupart des spectateurs en seront rendus à regarder un écran géant.

Impossible de l'ignorer tant les médias l'ont martelé : les 75 000 billets pour le concert des Rolling Stones au Stade de France le 13 juin prochain se sont arrachés en 51 minutes.  En soi, ce n'est pas extraordinaire : si Internet (et le Stade de France) avait existé à l'époque de leur splendeur -en 1972, par exemple-, il y a fort à parier que tout cela serait parti en un quart d'heure. 

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Ce qui est extraordinaire, c'est que les Stones, précisément, ne sont plus à l'époque de leur splendeur, et que des gens s'arrachent des billets qui auraient valu 650 francs il n'y a pas si longtemps, pour écouter un groupe décati dans des conditions acoustiques infectes, et dans un lieu si vaste que la plupart des spectateurs en seront rendus à regarder un écran géant.  Pour y voir quoi, d'ailleurs ?

Keith Richards, des fanfreluches sur le front pour masquer sa calvitie, a une telle arthrose des doigts qu'il est désormais incapable de prendre un solo, et passe la plupart de ses concerts à prendre les vieilles poses de toréador qui ont fait son succès en jouant le moins de guitare possible.  Laissant le boulot à Ron Wood, pièce rapportée depuis 1976, qui ressemble désormais à un pivert lyophilisé passé au moule à gaufres.  À la batterie, Charlie Watts est blanc comme un boulanger en fin de journée.  Il y a un bassiste dont personne ne connaît le nom -Bill Wyman, homme sage et digne, a préféré quitter l'entreprise à la fin des années 1980- et Mick Jagger.

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LUNDI 12 MAI

suite de l'article paru sur FIGARO.fr, écrit par Nicolas Ungemuth

Les Stones sont vieux.  Ce n'est pas de leur faute : tout le monde, sauf les malchanceux, le devient un jour. Ils ont été, longtemps, le plus grand groupe de rock and roll du monde.  À l'époque où le rock and roll signifiait quelque chose.  Aujourd'hui, alors qu'on entend "Whole Lotta Love" de Led Zeppelin dans des publicités pour parfum, le rock est autre chose : c'est un musée, un vestige, une ruine, qu'on visite pour avoir la conscience tranquille.  Pour se dire qu'au fond de soi, on est resté jeune, qu'on est encore, le samedi soir, un peu rebelle malgré bobonne, les gosses, la maison à crédit et les vacances aux sports d'hiver ou en Toscane.  Le peuple a besoin de légendes, or il n'y a plus de légendes.  Qui sont les nouveaux Rolling Stones, les nouveaux Who, les nouveaux Beatles? Arcade Fire? Metronomy? Daft Punk? Allons, allons.

Ce Mick Jagger qui, tel Peter Pan, refuse de vieillir et se trémousse dans des tenues grotesques en chantant obstinément qu'il est un «combattant de la rue» et qu'il n'arrive pas à être «satisfait» (les 75 000 fois 100 euros rapportés pour cet unique concert devraient peut-être arranger cette situation, à supposer qu'elle en ait besoin).  On se demande s'il chantera "19th Nervous Breakdown" de la même manière que les Who osent encore beugler "I Hope I die before I get old" («j'espère mourir avant d'être vieux»), le slogan de leur antique tube 3My Generation".

On peut comprendre que cette absence, ce vide, engendre une nostalgie croissante pour un lointain âge d'or, mais on s'explique moins l'aveuglement du public refusant d'admettre la médiocrité de ceux qu'ils vont aller écouter à prix très fort.  Il ne viendrait à l'idée de personne de payer plus de 100 euros pour aller voir jouer John McEnroe à son âge, comme il ne serait venu à l'idée de personne de débourser la même somme pour aller écouter un pianiste classique de 80 ans, désormais incapable de jouer une sonate de Beethoven.  Mais les fans de rock, groupies dans l'âme, ne sont pas bien exigeants : ils se disent «au moins, j'aurais vu les Stones».  Pour eux, c'est un acte subversif.  Alors qu'en réalité, ils n'auront pas vu les Rolling Stones, qui n'existent plus -artistiquement parlant- depuis «Start Me Up» (et encore, les carottes étaient déjà cuites), c'est-à-dire depuis plus de 30 ans, mais un artefact, un avatar, une mauvaise copie.  Du rock and roll senior, embaumé, sentant la naphtaline et la subversion artificielle.  La lumière posthume d'un soleil éteint depuis longtemps…

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MERCREDI 14 MAI

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Par un heureux hasard de l'actualité, la semaine dernière, en ouvrant l'hebdomadaire belge "moustique" (n° 4606, 07-05-14), j'ai découvert cette photo, et dans l'article écrit par Luc Lorfèvre qu'elle illustre...

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... ce chapitre qui a retenu toute mon attention car il complète à merveille l'article paru dans Le Figaro : je vous le propose, en guise de conclusion.

LE ROCK, VALEUR REFUGE.

Vous n'y échapperez pas.  Un anniversaire (mort, naissance), une nouvelle tournée d'un groupe de dinosaures, un événement ponctuel comme le Record Store Day ou la période des fêtes de fin d'année sont autant de prétextes pour ressortir des oeuvres musicales qui datent de plusieurs décennies. "C'est avec les rééditions d'artistes pop ou rock que nous réalisons nos meilleures ventes", explique Arnaud Ray, responsable du back catalogue chez Universal Music.  "C'est logique, le rock n'a plus connu de grande révolution depuis le grunge voici vingt ans.  Ceux qui s'intéressent à ce genre musical aiment particulièrement remonter dans le temps.  C'est vrai aussi pour le disco ou la soul des seventies qui connaissent régulièrement un phénomène revival.  Par contre, les rééditions en chanson française fonctionnent moins bien que dans le passé, sans doute parce que le marché est saturé.  Au contraire des Stones ou d'un Jimi Hendrix qui sortent des archives susceptibles d'intéresser le public, on a pratiquement fait le tour avec le catalogue de Georges Brassens ou de Serge Gainsbourg."

Dans son récent ouvrage Rock'n'Roll is Here To Stay paru aux éditions Laffont, Bruno Lesprit ajoute une explication socio-économique à ce business de la nostalgie.  Si le rock refuse de passer la main et que les Stones ou AC/DC sont toujours à la mode, c'est parce que tous ceux qui ont grandi avec ce style de musique détiennent désormais le pouvoir : le pouvoir d'achat mais aussi le pouvoir d'influence et celui de décision.  Quand Barack Obama déclare ainsi dans un discours télé "C'est moi le Président des Etats-Unis, mais c'est Bruce Springsteen le Boss", on peut être sûr qu'il suscite un phénomène de curiosité auprès d'un jeune public qui ne connaît pas encore l'oeuvre de Springsteen.

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THE ROLLING STONES

un dessin de 2013 - dimensions 30 x 40 cm

Je vous abandonne quelques instants à vos réflexions personnelles à propos de ces articles de Nicolas Ungemuth et Luc Lorfèvre, tout en vous conseillant, si l'idée vous plaît, de regarder la page LES ROLLING STONES - SCULPTURE ET CARICATURES.   Vous y verrez que cette photo des Stones que j'ai dessinée, ou son plus célèbre membre Mick JAGGER,...

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... ont inspiré bien d'autres artistes que moi...  et souvent de très belle manière ! Les Stones sont-ils vieux ?  Du moins, vous y trouverez là une preuve qu'ils ne sont pas prêts de disparaître ou de tomber dans l'oubli...

rendez-vous

pour un prochain article,

un prochain dessin,

le mercredi 21 mai !

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03 mai 2014

Un dessin d'arbre... au nom célèbre !

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dernière mise à jour de l'article et du dessin

effectuée -en bas de page- ce samedi 3 mai

 

LUNDI 21 AVRIL

Je vous emmène en promenade à la découverte de "l'Arbre de Las Cases", ce vieil arbre qui a prêté son nom à mon dessin que, peut-être, vous avez déjà rencontré sur mon blog précédent -nous étions alors en 2009- ou regardé par la suite lors d'une de mes expositions.

Cet arbre mort, sans doute un hêtre, je le connais depuis tant et tant d'années : combien de dizaines de fois ne suis-je passé, en pratiquant la course à pied, à quelques dizaines de mètres de lui, le long de la prairie qu'il domine, en l'admirant à chaque fois ?  Pourtant, en le dessinant, j'ignorais tout de sa glorieuse histoire.

2008.  Un jour, sous un plein soleil d'été et un ciel azur, je m'en suis approché ; de très près ! 

C'était prémédité : j'avais emporté l'appareil photographique numérique que j'étrennais.

C'était prémédité : j'avais envie depuis longtemps de dessiner ce tronc blanc et dénudé.  Je le voulais en pleine lumière, lorsque les ombres sont le plus marquées, lorsque les détails que je recherche pour tout dessin sont le plus visibles.

Il ne me restait plus qu'à choisir parmi les nombreux clichés ramenés.  Cet arbre, je l'avais en quelque sorte mitraillé : sous tous les angles, m'en approchant, m'en éloignant, adaptant au mieux les réglages de mon petit appareil numérique de poche.

Six photos avaient particulièrement retenu mon attention, en un premier temps.  Laquelle choisir ?

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Après longue réflexion, c'est celle en plan très rapproché que j'avais choisie, celle qui montre le tronc massif -même si l'on n'en voit que le haut-.  Une photo lumineuse où pourtant tant d'ombres apparaissent, jamais trop marquées cependant, une photo riche en détails : regardez attentivement ces lambeaux d'écorce prêts à lâcher prise, toutes ces nuances de gris apportant le relief, l'élégance de ces branches pourtant mortes depuis si longtemps : exactement ce que je recherchais.

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J'aimais l'arbre.  J'aimais cette photo.  Un mois plus tard, le dessin était terminé.

MERCREDI 23 AVRIL

   Je suis très heureux de vous présenter "L'Arbre de Sohan, l'Arbre de Las Cases".

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En le dessinant, je l'aimais déjà tellement !  Pourtant, j'ignorais pourtant tout de son glorieux passé...

J'ignorais tout...  Jusqu'à ce que j'aperçoive, lors d'une exposition, une dame âgée observer longuement silhouette puis détails de mon dessin.  Je l'abordai : elle cherchait à localiser cet arbre mort qu'elle croyait reconnaître.  Elle écouta attentivement mes explications puis me répondit : "Je le connais depuis toujours, depuis que je suis petite... Et à cette époque déjà, il était mort depuis longtemps... Voulez-vous connaître son nom ?  Il se nomme...

l'Arbre de Las Cases."

 

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Sans pouvoir m'en conter davantage, à son grand regret.

Par chance, M. Gonay -aujourd'hui décédé- me fit peu après l'honneur de sa visite.  Passionné d'histoire locale, il connaît tout sur le passé de notre commune, l'histoire de ses bâtiments, la généalogie de sa population, l'origine de ses noms de rue, etc. 

J'eus alors la bonne idée de lui demander si, peut-être, il connaissait cet arbre dont je venais d'apprendre le nom.  Il ne lui fallut que quelques secondes pour se remémorer le lieu et surtout me donner les précisions que j'espérais.  Quelle chance !  A mes yeux, en un instant, mon dessin prenait plus de valeur encore.

  D'où vient ce nom "Las Cases" ? 

 

VENDREDI 25 AVRIL

Le comte Emmanuel de Las Cases est tout simplement le mémorialiste de Napoléon, m'expliqua-t-il. Son ouvrage "Le mémorial de Sainte-Hélène" l'a rendu célèbre (...)

Contrairement à une idée largement répandue, Napoléon n'aurait pas dicté son texte (flagrante contradiction avec ce tableau représentant Napoléon en train de dicter ses mémoires) et Las Cases en aurait toujours assumé l'intégralité et l'originalité.

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Ce livre est un des plus grands succès de son siècle : il cristallise les regrets et la nostalgie. Napoléon y est présenté comme le continuateur de la Révolution, voulant le bonheur du peuple et, à cause de cela, haï par les rois.

Cet ouvrage contient l'essentiel des réflexions de Napoléon sur sa jeunesse et le récit de ses campagnes.

     

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De nombreuses éditions ont vu le jour au cours du XIXe siècle: 1822-1823 (édition originale), 1824 (ajouts et corrections à l'édition précédente), 1828 (nouveaux titres), 1830-1831 (édition revue), 1842 (édition revue et augmentée). 
Le mémorial  de Sainte-Hélène pose les bases du courant politique "le Bonapartisme".

Cet ouvrage est important pour la suite de cet article : en effet, il a été en partie écrit immédiatement après la mort de Napoléon (1821), à Sohan, plus précisément à proximité du Château de Sohan ...

 

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DIMANCHE 27 AVRIL

Le château de Sohan existait auparavant non loin de chez moi, sur un de mes parcours d'entraînement de joggeur.  Il était construit près du bois des Nids d'Aguesses de Pepinster et en retrait du chemin menant à Oneux à partir de la route de Pepinster -Theux.

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Le comte de Las Cases y séjourna, m'expliqua Mr Gonay.

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Le Château de Sohan, côté ouest.

 

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Le Château de Sohan, côté est.

Il appartenait à la famille Lejeune de Schiervel.   

Ce château du XVIIIe siècle fut reconstruit fin du XIXe siècle puis incendié en septembre 1944 par les troupes allemandes en retraite, en représailles à la suite de tirs à leur encontre par des "résistants".  Depuis, le chemin qui mène de ce lieu vers Heusy (en passant par le tout récent Club de golf) porte le nom de "Chemin de l'armée secrète".

Des civils, dont des enfants, furent massacrés lors de cet épisode.  Je remercie mon ami Joseph, décédé à 94 ans : bien qu'âgé en 1999 de 91 ans, il avait conservé une mémoire infaillible et m'a quelque peu raconté ces événements dramatiques.  Merci, tout autant, à l'abbé Monfort, de retour à Theux en Maison de Repos pour une retraite bien méritée après 60 ans de prêtrise, qui m'a également raconté ces événements qui ont marqué à tout jamais leur esprit ; et bien sûr, merci à M. Gonay.

De cet ancien château, il ne reste rien : des bâtiments de ferme ont été construits à leur place, ainsi que cette maison sans grand intérêt architectural. 

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MARDI 29 AVRIL

Mais quel est le rapport avec l'arbre, dans tout cela ?  Je vous l'ai dit en début d'article : je vous emmène en balade...

Il paraît que, selon M. Gonay, Las Cases avait coutume de se rendre quelques centaines de mètres en contrebas du château (deux kilomètres tout au plus), dans la vallée de Pepinster - Theux, au Château Rittwéger, pour y prendre ses repas de midi (à cheval, le moyen de locomotion de l'époque, d'autant plus que le chemin traverse un bois plutôt humide et surtout très escarpé).

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Ce château Rittwéger (Charles Rittwéger a par ailleurs  donné son nom à la rue principale de Juslenville) a de nos jours complètement disparu.  On devait le démonter et le reconstruire pièce par pièce en un autre lieu, m'a dit Joseph, mais cela ne s'est jamais réalisé. Il n'en subsistait, il y a peu de temps encore, qu'un seul vestige, un pont métallique délabré sur la Hoëgne, daté "1865" (et donc, postérieur à Las Cases), à Prévochamps à l'entrée de Juslenville, en contrebas du lieu-dit "les Dardanelles" et à proximité de la grotte du "Trou des Sottais" : deux lieux qui, dans mon esprit d'enfant, buts fréquents de mes expéditions de jeux, étaient synonymes de mystère et  d'aventure. 

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UNE PHOTO PRISE EN 2009

Lors de mes fréquentes escapades sportives, je suis donc passé régulièrement non loin de cet arbre mort qui se dresse au milieu d'une prairie pentue à gauche du chemin qu'empruntait Las Cases pour se rendre au château Rittwéger...  Vous me suivez ?

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Nous voici arrivés au terme de cette balade.

Le fait n'est pas historique, mais possible, voire très probable ... Du moins, l'explication que je vais vous proposer me plaît : peut-être est-ce sous le couvert de cet arbre (bien feuillu à l'époque) que Las Cases avait coutume de s'asseoir (tout en laissant brouter son cheval, j'imagine) pour rédiger ce fameux mémorial  de Sainte-Hélène.  

 

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Parlons encore un peu de Las Cases, le célèbre mémorialiste, auteur de l’ouvrage "Le mémorial de Sainte-Hélène" rédigé peu de temps après la mort de Napoléon Bonaparte ; parlons aussi, surtout, de son entourage à Sohan et au château Rittwéger.

Dans son édition du 3e trimestre 2010 (n°107), la revue historique verviétoise « Temps Jadis »,revient sur les fastes du château Rittwéger à Juslenville, fréquenté par d'éminents membres de la famille Bonaparte.  J'ai ainsi découvert quelques précieux renseignements qui m'ont permis de rédiger l'essentiel du texte ci-après.

"Au départ, résidence romantique du bourgmestre de Theux Edmond Fyon construite en 1781, à l’emplacement d’un ancien haut-fourneau, le château connut au fil du temps plusieurs remaniements ; on le vit aussi se doter du tout premier jardin à l’anglaise de Belgique.  Cette prestigieuse résidence fut démolie en 1958.  Aujourd'hui, seule la chapelle désacralisée - construite en 1821 sur la colline de Juslenville - atteste de l'importance de ce domaine.

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Le château Rittwéger fut, de son temps, le point de ralliement de célébrités. En 1810, la reine Hortense, épouse de Louis Bonaparte (frère de Napoléon) et fille de Joséphine de Beauharnais ( femme de l’Empereur), débarque avec ses deux fils au château Rittweger, à l'invitation du maître des lieux, ardent sympathisant de la France.  Par la suite, plusieurs éminences passeront par Juslenville, comme la soeur de Napoléon, Pauline Bonaparte : depuis lors, la Voie Pauline  porte son nom (j'y reviendrai).  Vers 1880, l'impératrice Eugénie, femme de Napoléon III, puis enfin la princesse Clémentine de Saxe-Cobourg-Gotha (fille cadette du roi Léopold II de Belgique et de la reine Marie-Henriette décédée à Spa en 1902, elle épousa Victor Napoléon Bonaparte en 1910, après des années d'attente) seront les dernières personnalités de haut rang à séjourner en ces lieux.

 

VUE EN DIRECTION DE JUSLENVILLE

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Entre-temps, en 1819, en cure thermale à Chaudfontaine, le comte de Las Cases est convié par Edmond Fyon à visiter le domaine, et à s'installer non loin de cette résidence, au château de Sohan, où il écrira quelques chapitres du Mémorial de Saint Hélène. Celui qui partagea durant 18 mois l'exil de Napoléon rédige donc en terre theutoise ses souvenirs les plus marquants, comme je vous l’avais expliqué dans le premier article.  Peut-être sous le couvert du feuillage du hêtre qui porte son nom !"

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Pour la "petite histoire", à propos de ce nom « voie Pauline », Regnier Tieffels (1879-1969), collaborateur au "Pays de Franchimont" (le journal hebdomadaire du Syndicat d’Initiative bien connu des Theutois), propose une explication bien différente ressemblant apparemment davantage à une légende qu’à une certitude historique : dans un ancien article, il explique qu’une famille du nom de Tonet possédait auparavant une longue et étroite parcelle de terrain située à l’emplacement de l’actuelle voie Pauline.  Lors de la concession de la ligne du chemin de fer Pepinster-Theux-Spa, cette parcelle fut partiellement expropriée sur toute sa longueur et le restant n’eut plus grande valeur.  A cette époque, Juslenville ne possédait pas d’école et les enfants fréquentaient celles de Theux.  Afin d’arriver en classe le plus tard possible, les gosses longeaient la route, comptant sur les longues fermetures des barrières du passage à niveau causées par les retards des trains.  Mais pour le retour, plus pressés, ils retournaient par l’étroite parcelle laissée à l’abandon qui alors appartenait à la vieille Pauline (Tenet). Arrivés devant l’arrêt de train de Juslenville, ils traversaient la ligne de chemin de fer non clôturée et surtout non surveillée, au grand effroi de la dame. Le sentier prit alors le nom de "Voie Pauline". 

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Actuellement, la célèbre « brocante des quais de la Hoëgne » est organisée chaque premier week-end de juillet depuis 20 ans bientôt, en cette voie et toutes les rues avoisinantes de mon quartier.

Et voici mon dessin achevé, complet...

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SAMEDI 3 MAI

Mardi, je vous présentais une photo personnelle de 2009 montrant ce pont métallique délabré enjambant la Hoëgne à Juslenville, dernier vestige encore visible de nos jours sur l'ancienne propriété du Château Rittwéger.

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La photo ci-dessous, une autre prise de vue de 2009, est délibérément centrée sur un élément de cette large passerelle , sa date de construction : 1865 ! 

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Deux ans plus tard, en janvier 2011, je photographiais, tout près de chez moi, une inhabituelle crue de la Hoëgne proche du débordement -le niveau de l'eau étant de près de trois mètres supérieur au niveau habituel- provoquée par de fortes pluies de redoux, entraînant la rapide fonte d'un important couvert neigeux sur le Plateau des Hautes Fagnes.

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Et, à ma grande surprise, quelques jours plus tard, empruntant à nouveau ce chemin qui longe ce pont métallique, m'approchant du dernier vestige d'un Château glorieux, je ne pouvais que constater qu'il avait bel et bien disparu...

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... emporté par les eaux : les poutrelles gisaient, et gisent encore depuis, sur le lit de la rivière, recouvertes par des amas de bois mort charriés par le courant qu'elles retiennent...

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Je me souviens de ce moment comme si c'était hier. J'aurais voulu plonger mes bras dans l'eau et replacer bien vite ces poutrelles à leur emplacement d'origine, en espérant que personne ne remarque rien...

Avec cette étrange impression d'un sentiment d'impuissance, les bras ballants, stupéfait, comme médusé (... tel la belle Méduse que, dans la mythologie, Neptune enleva et transforma en créature ignoble !)...

Avec cette étrange impression d'être le seul témoin, avec la disparition inéluctable de cette passerelle, d'un pan de l'histoire, certes locale, mais passionnante à mes yeux, qui se tourne...

Avec cette étrange impression que l'arbre mort de Las Cases qui, de mois en mois, perd une branche, un bout d'écorce, représente le dernier témoin -avec mon dessin- de ce pan d'histoire locale...

Et ce jour, avec à l'esprit cette citation de Warren Buffett

"Quelqu'un s'assoit à l'ombre aujourd'hui parce que

quelqu'un d'autre a planté l'arbre il y a longtemps." ...

Mais cela, c'est une autre histoire...

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01 mai 2014

La Une du "Pays de Franchimont" de mai 2014 et... Wikipédia.

 je vous présente, amis lecteurs de Theux, des environs, d'ici et d'ailleurs,

la première page très, très intéressante

du numéro 798 du mensuel "Pays de Franchimont" !

Je vous invite -avec insistance- à consulter les textes Wikipédia suggérés,

pour tout, tout savoir sur ces deux Theutois... ces deux êtres hors du commun !

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 https://fr.wikipedia.org/wiki/Albert Moxhet

https://fr.wikipedia.org/wiki/Anne Liégeois

 

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