Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

08 septembre 2016

Souris à tes rides, apprends à les aimer...

crayon%20anim%C3%A9.gif

LUNDI 14 MARS 2016

"Oui, souris à tes rides, apprends à les aimer, elles parlent de ta vie,

elles parlent du temps, de l'énergie qui circule."

(Boris Razon)

En ouverture de cet article de présentation d'un dessin qui m'est cher  - s'il est nouveau ici, il fut déjà présenté sur mon précédent blog -, j'ai choisi cette citation de Boris Razon, journaliste français, ancien rédacteur en chef de Le Monde.fr, actuellement à la tête du département Nouvelles Écritures de France Télévisions, qui publia chez Stock en 2013 le roman Palladium (Stock).

crayon%20anim%C3%A9.gif

MERCREDI 16 MARS 2016 

Boris Razon a vécu tout ce qu'il rapporte dans son premier roman Palladium qu'il a mis sept ans à écrire et réécrire (il projetait de l’étaler sur trois tomes mais on le retrouve sur moins de 500 pages serrées). En 2005, subitement, tout en lui s’engourdit. Il a des fourmis dans les doigts. Un mal violent dans la colonne vertébrale lui coupe le souffle, comme un étau sur la poitrine, comme une mâchoire qui se refermerait cruellement sur le milieu du dos.

Il est terrassé par une maladie méningo-polyradiculonévrite ou syndrome de Guillain-Barré atypique, une affection auto-immune qui touche le système nerveux périphérique et le conduit à la tétraplégie. Toute communication lui est impossible. L’enfer à ciel ouvert. Il connaît alors six mois d'emprisonnement en soi transformé en foetus, immobile, et coincé dans mon enveloppe. Intubé, ventilé, dépendant à 100%. Il guérit pourtant. Ses pieds vont plus doucement désormais, mais ils vont. Si on ne sait pas, ce ralenti dans sa façon de s’exprimer fait croire à de la timidité.

Alors, il sait de quoi il parle lorsqu'il écrit : ... souris à tes rides ... elles parlent de ta vie ... elles parlent de l’énergie qui circule ..., et l'on imagine - oh, juste un peu - ce qu’il ressent...

lien : Boris Razon, quand sa vie a basculé dans la fiction.

lien : Boris Razon, un enfer à ciel ouvert.

02.jpg

première étape du dessin "Souris à tes rides, apprends à les aimer".

crayon%20anim%C3%A9.gif

VENDREDI 18 MARS 2016 

Ces 8 entrelaçés tout en courbes, ces sortes de boudins ou rouleaux sources de soucis quand je les ai dessinés, que représentent-ils ? Une bague, bien sûr, vous l’avez deviné, en argent très probablement. Sera-t-elle portée par des doigts de fée ?

21.jpg

Cette superbe photo en noir et blanc découverte Il y a quelques années, par hasard, sur http://www.flickr.com/ m'a toujours fasciné : je me devais, et me réjouissais, de la dessiner. La photo s’intitule Hands of 87 years - my mother's hands ce qui signifie mains de 87 ans - les mains de ma mère. Jamais je n'ai trouvé renseignement précis à propos de l'énigmatique photographe répondant à l'époque au pseudonyme Gaspi Your Guide, et que je viens à peine de retrouver, cette fois sous le nom Gary H. Spielvogel ; à nouveau de manière très imprécise, secrète même, sans aucune autre référence. Tout ce que j'ai lu, mais est-ce bien certain ?, c'est que cette photo, prise aux Caraïbes en 1989, fut à cette époque primée à divers concours.

Vous l’avez compris, j’ai relevé le pari de dessiner des mains ridées, des mains qui parlent de la vie, des mains qui parlent de l'énergie qui circule ! Le sujet choisi me demande une précision extrême dans l’observation de la photo, beaucoup de rigueur dans le travail et une grande patience : tout cela ne peut que me réjouir. Il m’arrive souvent, même, d’utiliser l’écran de l’ordinateur pour agrandir à outrance les détails de la photo...

Vous remarquerez ci-dessous à droite que j'ai choisi, comme sur la photo d'origine que je vous dévoilerai le moment adéquat, de dessiner un fond noir : un long et parfois fastidieux travail en perspective, mais qui me permettra ainsi de mieux mettre la main en valeur.  

deuxième étape du dessin "Souris à tes rides, apprends à les aimer".

crayon%20anim%C3%A9.gif

DIMANCHE 20 MARS 2016 

"Le premier jour de la vieillesse n'est pas celui où une ride plisse notre front, où un cheveu blanc se montre à nos tempes ; c'est celui où l'imagination s'affaisse sous le poids des souvenirs ; où nous disons hier plus volontiers que demain, j'ai fait plus complaisamment que je ferai."

Citation de Marie de Flavigny, comtesse d’Agoult "Esquisses morales" (1849).

26.jpg

 

27.jpg

28.jpg

 troisième étape du dessin "Souris à tes rides, apprends à les aimer".

crayon%20anim%C3%A9.gif

LUNDI 21 MARS 2016 

Quand on approche de la vieillesse, il ne faut s'occuper que du soin de faire un meilleur usage du temps qui reste à vivre, qu'on n'a fait de celui qu'on a vécu, et ne songer à son existence que pour se préparer à la perdre bientôt.

Citation de Jean-Jacques Rousseau "Pensées d'un esprit droit" (1826).

40.jpg

  quatrième étape du dessin "Souris à tes rides, apprends à les aimer".

crayon%20anim%C3%A9.gif

MARDI 22 MARS 2016  

Quand la grâce se mêle aux rides, elle est adorable : il y a on ne sait quelle aurore dans de la vieillesse épanouie.

Victor Hugo "Les Misérables" (1862).

44.jpg

  cinquième étape du dessin "Souris à tes rides, apprends à les aimer".

crayon%20anim%C3%A9.gif

MERCREDI 23 MARS 2016  

La vieillesse craint de soulever le voile de l'avenir qui cache sa tombe ; elle porte les yeux en arrière, parcourt d'un regard rapide les pages d'or de sa vie passée, et s'exclame, hélas, à regret : j'ai vécu.

Citation de Madame Necker  "Souvenirs et pensées" (1784).

47.jpg

sixième étape du dessin "Souris à tes rides, apprends à les aimer".

Cette première main terminée, je la trouve si belle.  Ses veines gonflées sous la peau lui apportent chaleur et vie.  Ses veines gonflées sous les rides parlent de l'énergie qui circule...  Ces rides, pour réussir à les reproduire, j'ai presque dû les démêler.  Elles m'ont appris à regarder et observer les miennes différemment, à chaque étape de l'évolution du dessin.  Certes, que de différences, mais aussi que de ressemblances ; caressez votre peau, plissez-la, faites glisser les veines sous vos doigts : vous verrez...

crayon%20anim%C3%A9.gif

 JEUDI 24 MARS 2016  

48.jpg

septième étape du dessin "Souris à tes rides, apprends à les aimer".

 

Les rides devraient simplement être l'empreinte des sourires.

Citation de Mark Twain "En suivant l'équateur" (1897).

Ces doigts qui portent une bague attirant le regard, ces ongles si bien soignés sont d'une merveilleuse élégance.  Je me souviens : il y a trois ans, j'exposais au Centre culturel de Theux.  Ce dessin était en cours d'élaboration : je le dessinais devant les visiteurs attentifs, intrigués.  Une dame, longuement, a observé les doigts et les ongles de ces "mains de 87 ans"...  Elle m'a souri : elle avait envie de me faire part de ses sentiments, elle tenait à m'expliquer en quelques mots combien ces mains étaient soignées, cela... "jusqu'au bout des ongles !". Elle a admiré ces ongles bien coupés qui laissaient supposer que - probablement - ils appartenaient à une dame âgée, fière et coquette.  Puis, très émue, elle m'a parlé de sa maman, alitée en Maison de retraite, sans chercher à dissimuler les larmes qui lui venaient aux yeux : chaque semaine, elle se faisait une joie que ses ongles soient taillés "dans les règles de l'art"...

crayon%20anim%C3%A9.gif

50.jpg

huitième étape du dessin "Souris à tes rides, apprends à les aimer".

VENDREDI 25 MARS 2016  

L'amour naît d'un sourire, niche dans une fossette, et meurt d'une ride.

Citation de Paul Masson "Les pensées d'un Yoghi" (1896).

Près de cette dame très émue, une visiteuse attentive, médecin généraliste, porte un regard de professionnelle sur ces ongles : sans doute, l'une ou l'autre carence alimentaire explique-t-elle leurs stries bien apparentes ?  Effectivement : j'ai par la suite découvert que l’examen des ongles (ou onychologie : l'étude de la forme des ongles, de leur couleur et texture) donne des indications concernant les carences alimentaires possibles ou certaines tendances cardiaques ou respiratoires.  Des ongles trop longs ou trop petits peuvent être indicateurs de faiblesse métabolique ou de manque de vivacité.  Un ongle étroit indiquerait plutôt une tendance à une hypersensibilité.  Les ongles striés dans le sens de la longueur, porteurs de taches blanches dites d’albugo, indiqueraient généralement une carence en zinc, en silice ou en magnésium, ou une insuffisance de fonctionnement de la glande thyroïde, aboutissant à une déshydratation des ongles qui poussent alors à des épaisseurs variables.  Un ongle plat serait un indicateur de troubles gynécologiques chez la femme, ou d’anémie, plus généralement. 

Toutefois, ne vous inquiétez pas outre mesure, surtout si comme moi vous n'êtes plus très, très jeune : dans la plupart des cas, les ongles striés sont heureusement et essentiellement liés au vieillissement naturel...

crayon%20anim%C3%A9.gif

SAMEDI 26 MARS 2016  

 L'absence est une ride du souvenir. C'est la douceur d'une caresse, un petit poème oublié sur la table.

Citation de Tahar Ben Jelloun  "Moha le fou, Moha le sage" (1978).

53-pour-dimanche.jpg

DIMANCHE 27 MARS 2016 

J'ai choisi de terminer cet article en vous proposant un poème de Baudelaire, un texte en prose illustrant ce thème cher à l'écrivain de la "non-communication" : ici, entre les deux âges opposés de l'être humain, entre les deux extrémités de la vie, la naissance et la mort. Il me semble que chacun pourra, selon son ressenti, établir aisément un parallèle (ou une divergence de vue) entre ce texte et ce que mon dessin montre ou suggère...

les-mains-de-87-ans--1-.jpg

Baudelaire : un génie des sentiments...

Le Désespoir de la vieille

La petite vieille ratatinée se sentit toute réjouie en voyant ce joli enfant à qui chacun faisait fête, à qui tout le monde voulait plaire ; ce joli être, si fragile comme elle, la petite vieille, et, comme elle aussi, sans dents et sans cheveux.
Et elle s’approcha de lui, voulant lui faire des risettes et des mines agréables.
Mais l’enfant épouvanté se débattait sous les caresses de la bonne femme décrépite, et remplissait la maison de ses glapissements.
Alors la bonne vieille se retira dans sa solitude éternelle, et elle pleurait dans un coin, se disant : — « Ah ! pour nous, malheureuses vieilles femelles, l’âge est passé de plaire, même aux innocents ; et nous faisons horreur aux petits enfants que nous voulons aimer ! »

Charles Baudelaire, Petits poèmes en prose, 1869

Baudelaire écrit dans un registre littéraire évoluant dans une délibérée désinvolture en choisissant des mots familiers comme "ratatinée", "risettes", "décrépite" ou "femelles" qui n'appartiennent pas a priori au registre poétique habituel, à la "norme" (mais Baudelaire méprise la norme). Tout est décrit sans fard ni artifice, avec le mot direct. Cependant, il refuse de s’apitoyer en présentant, sans aucune autre forme de commentaire, la réalité nue et terrible...

Lorsqu’il écrit ces quelques mots, remarquables par leur violence et leur vigueur, tellement tristes et cruels, en même temps remplis de compassion, il se trouve endetté à Bruxelles, usé par la drogue et l’alcool : il souhaite entreprendre une tournée de conférences.  Hélas, ses talents de critique d’art éclairé n’attirent plus grand monde... Fatigué de lutter pour une vie qu'il n'aime plus, il analyse ses états d’âme dans cette prose poétique.  Comme cette vieille, le poète se sent rejeté, esseulé, incapable de communiquer...

bougie%20anim%C3%A9e.gif

crayon%20anim%C3%A9.gif

08 novembre 2014

Lalibela, vieille Dame du Wollo.

 Je vous invite à consulter régulièrement, en bas d'article,

les mises à jour de ce dessin "pas à pas" et de l'article évolutif qui l'accompagne !

(un portrait présenté auparavant sur mon précédent blog et intégré sur le bandeau d'accueil ci-dessus)

MISE A JOUR CE VENDREDI 7 NOVEMBRE

 

LUNDI 27 OCTOBRE 2014

LALIBELA 
(1ère partie)
 
Le voici, ce portrait...  Un regard, avant tout.

01%20-%20yeux%20-%20ok.jpg

Je suis particulièrement fier de vous présenter à nouveau ce portrait d'une vieille Dame, et l'article remanié qui l'accompagne.
 
J'ignore comment se nomme cette vieille Africaine, que j'ai choisi d'appeler -comme son village- Lalibela : je l'ai patiemment dessinée tout au long du mois de novembre 2008, au rythme journalier moyen de quelque six heures de travail.
 
02%20-%20Lalibela%20-%20cool%20texte%2001.jpg

Ses rides témoignent de son grand âge : Lalibela vit depuis toujours dans son pays natal, le Wollo.  Sur son visage las et fatigué semblent se lire les famines répétées, la sécheresse et le manque d’eau, les épidémies, les invasions de criquets et les dévastations des cultures qu'elle a connus : ce cruel sort que la nature a réservé à l’Éthiopie, tout particulièrement pour la province du Wollo, une province du Nord, l’une des régions les plus touchées par tous ces drames. 

ethiopieMap.jpg

 

MARDI 28 OCTOBRE 2014

Un regard, avant tout... Mais aussi les rides de son front.

02%20-%20rides%20-%20ok.jpg

Souvenez-vous : une famine aux dramatiques conséquences et très médiatisée -on avait déploré au moins un demi-million de morts- avait dévasté l'Éthiopie en 1984 et 1985. Dans le Nord, les guerres internes avaient été les conséquences ultimes de cette famine, alors que les faibles précipitations de 1984 étaient à leur origine.

carte%20Ethiopie.jpg

Le Nord, et donc parmi les autres provinces visibles sur la carte ci-dessus, la Province du Wollo (nommée également Ouollo), était en proie à la guerre civile causée par les insurrections du Tigray et de l'Erythrée.  Cette guerre avait provoqué un exode d'un demi-million de paysans de la région, s'enfuyant  principalement ver le Soudan.  Beaucoup de ces fugitifs avaient trouvé la mort lors de leur transfert vers les camps de réfugiés à l'étranger.

MERCREDI 29 OCTOBRE 2014

Un regard, avant tout ; mais aussi les rides de son front... 
Et sa bouche, avec de fines lèvres.

03%20-%20lalibela%20-%20bouche%20ok.jpg

Lalibela est avant tout le nom d'un village du Wollo, cette province du nord de l'Ethiopie tristement célèbre pour ses famines répétées : elles avaient donné lieu, en 1985, au concert "Live Aid".    
   

dvd-cover.jpg

queenliveaid.jpg

 L'affiche. Freddy Mercury, chanteur du groupe Queen.
 
Ce drame suscita dans le monde une vive émotion, relayée par les médias, notamment en Occident où des actions caritatives furent menées un peu partout, comme les concerts « Live Aid » simultanés au Wembley Stadium de Londres et au John F. Kennedy Stadium de Philadelphie, en juillet 1985, sous l’impulsion du chanteur Bob Geldof (Y fut rassemblé le gratin des musiciens et groupes de rock de l'époque -certains sont encore très actifs 25 ans plus tard- comme Queen, Phil Collins, The Who, Elton John, Sting, Madonna, Bob Dylan, Led Zeppelin, Status Quo, Cat Stevens, U2). On estime à 1,5 milliard le nombre de personnes ayant suivi cet événement musical à la télévision dans plus de 100 pays différents. Je me souviens : je faisais partie de ces téléspectateurs.  L'intégralité de l'événement Live Aid fut commercialisée (toujours à des fins caritatives) sous la forme d'un coffret quadruple DVD en 2005, à l'occasion de son vingtième anniversaire.
 
Lalibela, lors d'une exposition de mes dessins en juin 2009 au Centre Culturel de Theux, était probablement le préféré du public, ou du moins celui qui impressionna le plus. Je n’oublierai jamais, particulièrement, cette visiteuse (pas celle visible sur la photo ci-dessous)...

exposition-1.jpg

                                                                                            

exposition-juin-2009N6696.jpg

... qui resta un long moment, bouche bée, devant ce portrait, voulut m'adresser la parole mais trop émue et sans voix, versa une larme puis m’expliqua, après avoir repris un peu d’assurance, être bouleversée par ce visage, parce que les souffrances que cette vieille Ethiopienne porte en elle se lisent dans ses yeux fiers et son regard résigné...  Ce fardeau la rendait belle et superbe à ses yeux, me dit-elle encore, et faisait resurgir au plus profond d'elle-même des douleurs personnelles profondes. 
La beauté de cette belle Dame sur laquelle je m’étais penché près de deux cents heures, en un instant, venait d’être décuplée à mes yeux. La photo de ce visage m’avait ému : je n’imaginais pas que le dessin qu'il m'avait inspiré pourrait ensuite bouleverser quelqu’un à tel point.
 

JEUDI 30 OCTOBRE 2014

Cette vieille Dame

que j'ai appelée Lalibela

habite donc à Lalibela,

ce village du Wollo

tristement célèbre

pour ses famines répétées...

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

mais heureusement réputé

pour une toute autre raison

dont je souhaite vous parler...

   

04%20-%20Lalibela%20ma-Reine%20copyright%20dessin%20vieille%20dame%20ethiopie.jpg

cooltext%20lalibela%20vieille%20dame%20%C3%A9thiopie.jpg

(2ème partie)

 
Le village de Lalibela est extrêmement réputé pour un autre aspect que les épisodes noirs de son histoire : avez-vous déjà entendu parler de ses églises taillées dans la pierre ?  Permettez-moi de vous les présenter : suivez le guide... le temps d'ajuster ma casquette !

Lalibela, cette vieille femme, est originaire de la ville de Lalibela, une cité monastique située à 2630 mètres d’altitude, de réputation internationale.
Cette renommée s’explique par la présence,  à proximité de maisons traditionnelles rondes, de onze églises monolithes taillées dans la roche, sur ordre d'un certain roi Lalibela, il y a 800 ans.
Le site est classé au patrimoine mondial de l’UNESCO depuis 1978. 
                                                                                    

site%20lalibela%20%C3%A9glise%20rupestre%201.jpg

   

lalibela-maison-ronde-copie-1.jpg

 

lalibela-maison.jpg

   
Gebre Meskel Lalibela, roi chrétien d'Ethiopie (1181 – 1221) au 13ème siècle, trouvant les pèlerinages à Jérusalem incertains, fonda Lalibela : en quelque sorte "une Jérusalem de remplacement" sur l'inspiration de cette dernière. En raison de l'expansion de l'islam en effet, il était de plus en plus difficile pour les pèlerins chrétiens éthiopiens de se rendre à Jérusalem.  La légende raconte qu' à sa naissance, le roi Lalibela fut entouré d'abeilles.  D'où son nom qui signifie "Les abeilles savent qu'il sera grand.".  Durant son enfance, le trône d'Ethiopie était occupé par son frère qui, de crainte que l'oracle ne se réalise, tenta de l'empoisonner.  Il resta trois jours dans le coma.  Cette "expérience de mort imminente", comme aujourd'hui l'on dirait, fut à l'époque considérée comme un miracle : Dieu fit monter Lalibela au ciel et lui commanda d'ériger des églises faites d'une seule pierre.  Le roi estima dès lors qu'il était nécessaire d'ordonner la construction d'un sanctuaire dans la ville.  Cette nouvelle Jérusalem aurait également son Jourdain et son mont Sinaï, des noms de lieux saints étant ainsi repris. Il en reste à l’époque actuelle un site extraordinaire avec toutes ces églises monolithes et de nombreux édifices religieux dispersés aux environs dans les superbes paysages près du Lac Tana, source du Nil Bleu. C’est devenu depuis la ville sainte des chrétiens orthodoxes.
 

VENDREDI 31 OCTOBRE 2014

05%20-%20Copie%20de%20---Lalibela--ma-Reine---copyright.jpg

 

 

 

             

     

04%20-%20Lalibela%20ma-Reine%20copyright%20dessin%20vieille%20dame%20ethiopie.jpg

   
Ces onze églises monolithes, taillées dans une coulée de déchets volcaniques rouges, sont reliées entre elles par un dédale de tunnels et de passages qui débouchent sur des grottes d'ermites et des catacombes.


Elles diffèrent toutes les unes des autres autant par leur conception que leur style.  Deux d'entre elles sont ornées de peintures murales et de figurations sculptées très intéressantes. 
                                            

lalibela-plafond.jpg

 
 

lalileba%20-%20sol.jpg

L’église « Bet Giyorgis », consacrée à Saint Georges, patron de l'armée éthiopienne, est le dernier et le plus spectaculaire des célèbres temples de Lalibela.

lalibela%20%C3%A9glise%20creus%C3%A9e.jpg

 

site_lalibela1.jpg

Creusé, taillé puis modelé dans la roche du sous-sol, il y a huit siècles, par l'excavation d’une large tranchée tout autour de ses quatre murs, le bâtiment est en forme de croix.

Son toit coïncide donc avec le niveau du sol naturel et un large fossé l'entoure.

Les autres églises et temples sont adossés à la paroi rocheuse ou entièrement dégagés.

lalibela6.jpg

 
   

LUNDI 3 NOVEMBRE 2014

Lalibela-vieille-femme-du-wollo-2.jpg


Copie%20de%20lalibela-2.jpg

   
L'apothéose de ce lieu se situe pendant les fêtes du Timkat, début janvier, lors de la fête de l’Épiphanie éthiopienne, fête majeure de l’année liturgique, qui commémore fastueusement –12 jours après le Noël éthiopien dans le calendrier justinien– le baptême du Christ dans les eaux du Jourdain.  Les Tables Sacrées, le “Tarot”, d’ordinaire visibles du seul clergé, sortent de la ville pour une nuit et sont apportées, précieusement recouvertes d’étoffes, au bord de l’eau. La sérénité et la ferveur la plus intense, alliées à la beauté des ornements liturgiques, font de cette fête qui se déroule durant deux jours un événement exceptionnel.  Lors des processions qui précèdent et terminent le baptême rituel de la foule des pèlerins, le clergé se mêle aux fidèles au son des chants, des tambours et des sistres, arborant costumes sacerdotaux et chapes brodées, grandes croix d'or et multicolores ombrelles chatoyantes en soie.  C'est un événement qui est resté profondément religieux et qui constitue une des facettes de la beauté de cette Éthiopie méconnue.

lalibela-f-te.jpg

lalibela-f-te-2-copie-1.jpg


Mais malheureusement il y a un hic : le site est en danger !

Bien sûr, elles se sont dégradées au fil des décennies, mais les églises ont toujours résisté aux guerres, aux invasions et aux pluies diluviennes qui s’abattent sur les hauts plateaux de juin à septembre. Pourtant, en ce XXIème siècle, elles vont devoir survivre à un bien plus terrible danger, une vague touristique sans précédent annoncée et déjà en route : le gouvernement veut attirer un maximum de visiteurs à Lalibela.  Un souci qui répond à l’extrême pauvreté de la région. L’environnement est en effet trop érodé, trop dégradé, ce qui rend impossible tout essor de la foresterie ou de l’agriculture.

Le tourisme est le seul moyen d’améliorer les conditions de vie des autochtones.  Il y a quelques années, plus de 90 % de ce peuple souffrait de malnutrition.  Un adulte sur trois était sans emploi, la plupart des autres survivant grâce à la vente de bois de feu ou à un salaire de journalier agricole.  Concrètement, les églises représentent la seule richesse de la ville.  Elles font vivre un clergé pléthorique —quelque 350 prêtres, 250 diacres, 400 élèves et quelques centaines de moines— mais heureusement aussi une partie de la population qui gravite autour des touristes étrangers que le site attire de plus en plus.

A présent, la cité médiévale doit réussir son entrée dans la modernité.  Au vingtième siècle, elle était encore inaccessible par la route pendant la saison des pluies.  Depuis 1997, une nouvelle route mène à la ville équipée d’un véritable aéroport.  L’électricité est arrivée.  Sur le site, des restaurants et boutiques de souvenirs, des musées et des parkings voient le jour, se multiplient.  A la longue, le tourisme tuera Lalibela, comme il a longtemps tué le Mont-Saint-Michel en France, avant que de nécessaires mesures soient prises.  C’est une catastrophe.  Des hôtels sont construits n’importe où alors qu’on aurait pu utiliser les villages traditionnels des environs pour loger les touristes.  Lalibela risque de continuer à se développer de façon anarchique si on ne donne pas d’orientations aux habitants et aux tour-opérateurs pour protéger le périmètre des églises.
   
 
 

lalibela-toit.jpg

Pourtant, rien d’irréparable n’a encore été commis en tous lieux. Mieux, le développement touristique pourrait stimuler une mise en valeur intelligente du site. Les visiteurs sont massivement favorables à la protection du périmètre des églises, déplorant le mauvais état des monuments et regrettant qu’ils soient recouverts par des abris.

(Ces structures de tôle et de bois destinées à les protéger empêchent, avec plus ou moins d’efficacité, les infiltrations d’eau de continuer à ravager les églises, en attendant mieux.)
 
     

 

Malheureusement, des divergences sur les priorités en matière de conservation opposent l’Unesco à la Commission européenne, toutes deux impliquées dans la mise en valeur du site.  La première n’a pas les moyens de financer sa restauration, la seconde n’a pas vocation à le faire : la seule chose qu’elle puisse s’autoriser est de sauvegarder le potentiel touristique du pays.  L’Unesco et la Direction éthiopienne du Patrimoine voudraient voir les travaux de restauration commencer.  La Commission européenne continue malheureusement à prévoir davantage d’argent pour l’entretien des "abris" des églises que pour leur conservation, abris qui sont un mal nécessaire mais ne peuvent être que provisoires.  Ils permettront au moins de protéger les églises pendant dix ans.  Ensuite, il appartiendra à l’Éthiopie de trouver de l’argent pour financer les travaux.  Autant dire qu’ils ne sont pas prêts de démarrer.  Mais le ciel peut attendre...

 

MERCREDI 5 NOVEMBRE 2014

Cher lecteur, j'espère que ce condensé de mes nombreuses recherches sur internet vous aura permis de découvrir Lalibela et la richesse de son passé : ces quelques aspects plaisent - et suffisent le plus souvent - aux touristes "aisés" parcourant ce "fameux" Wollo.

Lalibela, non plus la vieille et si belle Dame, mais ce village unique, est ... renversant !  En effet, si la foi soulève les montagnes, à Lalibela, elle les a creusées.  Lorsque notre cher Occident œuvrait là à nos cathédrales, ici, à coups de pics et de haches, des églises monumentales ont été taillées dans la roche.  Alors que nos cathédrales s’élevaient vers le ciel, les onze églises de Lalibela surgissaient du dedans de la montagne. 

Mais dites-moi, le sort des ouvriers de ci était-il enviable à celui des ouvriers de là ?

Vous avez compris, en lisant la phrase précédente, que ce condensé digne d'un guide touristique ne me suffisait pas !  J'ai beaucoup songé à ce résumé avant de le préciser ...  Continuons donc : ne suivez plus le guide à casquette mais emboîtez son pas dans sa réflexion !

Le sort des ouvriers n'était guère enviable.  La technique de travail a été reconstituée, sans peine : ils creusaient longuement, longtemps, inlassablement, presque démunis d'outils, les  tranchées extérieures délimitant le bloc de l'église, son volume brut.  La taille du monument s’effectuait donc de haut en bas.  À partir du bloc ainsi mis au jour, les ouvriers élaguaient les pilastres incrustés dans des murs, ouvraient des fenêtres, puis pénétraient dans le roc et procédaient à la taille des plafonds, coupoles, nefs, croix, piliers, arcs, chapiteaux, marches, et tombeaux : ils créaient ainsi, de l’intérieur, une église complète, "normale" aurait-on envie de dire !  Personnellement, je dirais... tout à fait hors du commun !

Vous continuez à me suivre ?  Très bien : je ne pense pas que les guides pour touristes en tous genres fréquentant Lalibela me suivraient dans la voie que je choisis ici.  Suivons-la pourtant...

04%20-%20Lalibela%20ma-Reine%20copyright%20dessin%20vieille%20dame%20ethiopie.jpg

VENDREDI 7 NOVEMBRE 2014

 

Vous continuez à me suivre ?  Très bien : je ne pense pas que les guides pour touristes en tous genres fréquentant Lalibela me suivraient dans la voie que je choisis ici. 

Ce qui m'étonne le plus, c'est que ces constructions me paraissent dépasser tout entendement.  Je reste pantois devant la dimension humaine que ces églises monolithes expriment le plus fortement.  Je n’ose imaginer les chantiers pharaoniques qui furent nécessaires : comment ne pas penser ici à cette  civilisation  égyptienne aujourd'hui disparue, à ces gigantesques monuments qui font florès tout au long du Nil et qui, sous couvert de protéger à l'extrême le corps du roi défunt, n'avaient comme seul but que de rendre plus glorieux encore le règne de l'un par rapport à celui des autres, ses prédécesseurs.  Je n'ose imaginer la peine des ouvriers (et des animaux, sans doute des ânes martyrs ? ) qui ont extrait et transporté des tonnes et des tonnes de pierres, tous ainsi exploités au nom de Dieu et au profit de qui, de quoi ?   Mais bien sûr, travailler pour Pharaon, œuvrer pour le dieu sur terre devait représenter un honneur infini aux yeux de tous ces artistes et artisans égyptiens.  Et au Wollo, il en fut de même : que de similitudes, du point de vue religieux s'entend, avec certains rites nilotiques.

Permettez-moi d'ouvrir une parenthèse sur le mystère de la foi, ce mystère qui constitue la "condition humaine". Ici d’impressionnantes églises surgies des entrailles rocheuses, là des pyramides insurmontables, là encore des cathédrales, des temples, et comme depuis des temps immémoriaux, des dolmens, des menhirs et autres mégalithes.  Que ne commet-on au nom de l’espérance plus ou moins aveuglante?  Là à Lalibela, tout autour de ces monuments sublimes, j'ai pu me rendre compte - parfois - lors de mes multiples recherches sur des sites et blogs en toutes langues et tous styles que la misère s’étale, insupportable.

Le gouvernement le sait, certainement, et reste, pour longtemps encore, profondément démuni.  Une chose est la pauvreté, et l’Éthiopie est pauvre, ça oui !, une autre est la misère, celle qui abaisse l’homme plus bas que la terre, plus bas que les fosses des églises glorieuses.  L’Afrique se distingue à cet égard.  Quand nos papes arrêteront-ils de se voiler la face ?  L’Éthiopie, particulièrement, émerge de ce bien triste lot ; il y a du monde sur le podium !

Si nous pouvions être à Lalibela, au Wollo, nous regarderions, bouche bée : ils sont là, mes lectures me l'ont révélé, comme en d’innombrables cours des miracles, ces mendiants qui ne sont presque plus humains, de vrais infra-humains, aveugles, estropiés, fous hagards, malades mourants, affamés.  Et comment ne pas parler de ces enfants à la rue, en guenilles, pris par la fièvre, mourants !  Allez soutenir leurs regards, ne pas vous dérober à leurs plain

tes, leur faire l’aumône, les prendre… en photo ?  Lalibela a été prise en photo : tant mieux pour moi, tant mieux pour vous qui passez me lire, ne nions pas notre "plaisir".  Lalibela, je me plais à l'imaginer, me ferait un large sourire si elle lisait cet article !  Tu ne te trompes pas, me dirait-elle de sa voix de sage, prends la photo, dessine-moi, et fais savoir à tous tes lecteurs notre souffrance à nous, peuple du Wollo, habitants de Lalibela.

Oui, Lalibela, tu as raison : j'ai eu raison de vous parler ainsi, à vous, chers amis ! 

 

05%20-%20Copie%20de%20---Lalibela--ma-Reine---copyright.jpg

Mes sources d'informations essentielles :
Le site de l'Unesco : http://whc.unesco.org/fr/
Le site des destinations sacrées : http://www.sacred-destinations.com/
Le site des monuments rupestres : http://rupestre.free.fr
"Ethiopie contemporaine" de Gérard Prunier, Editions Karthala                         
Unesco World Heritage List : http://www.thesalmons.org/lynn/world.heritage.html
Wikipedia : http://fr.wikipedia.org/wiki/Lalibela
 

lalibela-2.jpg

Je vous remercie, chers lecteurs, pour votre attention...

La visite est terminée, pour cet article. 

Retrouvez la suite de l'histoire de mon dessin sur un nouvel article,

en cliquant ici !

14 juillet 2013

Rides d'une paysanne ... rides du Sertão !

 

889946083.JPG

Les mêmes rides creusent le sol stérile

et le visage des paysannes du Sertão.

Là-bas, paysans et paysages se façonnent mutuellement

jusqu'à se ressembler.

jusqu'à mêler leur sève et leur sang, jusqu'à creuser les mêmes dessins

dans la peau des pauvres et la croûte du sol. 

2782278622.jpgDans les campagnes oubliées du Ceará,

la dignité et la misère sont des compagnes inséparables. 

230583492.jpg

Chaque jour, c’est la même impitoyable lutte pour la vie,

alors que des sécheresses assassines

brûlent les cultures, déciment les troupeaux, dans une chaleur infernale.

547550222.jpg

Dans le Nordeste brésilien, le Ceará est un milieu semi-aride : le climat, caractérisé par une courte saison humide - 3 ou 4 mois par an, de février à mai, sous une température moyenne de  25° - ne bénéficie d’aucune précipitation le reste de l’année, une chaleur caniculaire de 45° régnant même dans certaines contrées du Sertão. Les régions littorales jouissent par contre d’un climat moins torride avec température et humidité plus favorables au tourisme : ces côtes sont célèbres pour leurs superbes plages, réputées parmi les plus belles du monde - comme celles de Fortaleza - et en conséquence de moins en moins épargnées par le tourisme de masse,  leur attrait touristique étant accru par le faible coût de la vie, puisque le Ceará est l’État côtier le plus pauvre du Brésil.   

3382773495.jpg

Généralement lié à cette région du Ceará, le sens originel du mot Sertão se réfère à une zone éloignée des centres urbains ou aux arrière-pays et campagnes. 


Vous rappelez-vous ?  En 1980, Bernard Lavilliers chantait "Sertão".  

772521448.jpg

« ... Pour te donner un avant-goût de vacances intelligentes.
Ceux qui vendent du soleil à tempérament,
Les cocotiers, les palaces, et le sable blanc,
Ne viendront jamais par ici.
Remarque, il paraît que voir les plus pauvres que soi, ça rassure.
Alors allez-y, ici tout le monde peut venir, ici il n'y a rien.
Un soleil ivre de rage tourne dans le ciel
Et dévore le paysage de terre et de sel. (...)

(...) Un éternel été émiette le Sertão.
Le temps s'est arrêté en plein midi. »

 

Le Sertão du Nordeste s'étend sur un million de kilomètres carrés et est décrit par les climatologues comme « le polygone de la sécheresse ».  Cette aridité catastrophique ne devrait pourtant pas être une fatalité, puisque dans le sous-sol existent des réserves d'eau infiltrées : bien que les différents gouvernements tentent de résoudre le problème en développant divers programmes d'irrigation visant principalement le développement économique de la région, ces réserves ne sont pas toutes exploitées et les points d'eau utilisables sont souvent trop éloignés des villages.

3269341277.jpg

2141869470.jpg

1923810611.JPG

 

L'élevage et l'agriculture sont, historiquement, les principales activités économiques du Sertão.  Au cours des dernières décennies, confrontés à divers cycles de sécheresses qui ont anéanti cultures et cheptels, les paysans sont à chaque fois obligés de quitter la région vers les villes côtières, pour y revenir, pour les plus courageux,  à la saison des pluies.

Ce dramatique problème a entraîné des vagues de migration vers les grands centres urbains (comme Fortaleza, la capitale de l'État), les migrants s'installant à la périphérie des centres villes, de façon souvent précaire, instable, illégale, dans l'insécurité : actuellement, la ville compte deux millions d'habitants dont le tiers vit dans des favelas.

 

3858430169.jpg

1338715267.JPG

dessin signé en 1991, d'après une photo "Paris-Match"     

 

1617328425.jpg

 

1338715267.JPG


Image du Blog ypjane.centerblog.net