Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

14 mai 2014

Un dessin des Rolling Stones, les Papys du Rock qui font... de la résistance !

565252045.JPG

un dessin de 2013 - dimensions 30 x 40 cm - de longues, longues heures de travail

 

Dernière mise à jour du dessin et de l'article le mercredi 14 mai.

 

MARDI 6 MAI

Le format est délibérément très réduit.  Jamais je n'ai, jusqu'alors, travaillé sur de si petits portraits.  Puisque j'ai choisi de relever un défi, autant qu'il soit le plus périlleux possible ! 

Avec à portée de main mes mines de 0,3 mm de diamètre d'une dureté allant de 4H, H et HB à B, j'élabore patiemment, dans un format de 30 x 40 cm, ces quatre célèbres visages ne mesurant sur mon papier pas plus de 7 cm de hauteur. 

Avec, à l'esprit, à chaque instant, la crainte de ne pas réussir à relever ce défi dont je vous parlais, ce défi qu'un ami, amateur de Rock and Roll, m'a un jour lancé, pas vraiment en blague !  Regarde, Jean-Claude, cette superbe photo des Stones : toi qui aimes tant rides et détails en tous genres, tu serais capable de les dessiner ? 

794004168.jpg

Oh, non, avais-je répondu, la photo est trop sombre, trop noire, avec trop peu de détails ; trop difficile, trop risqué  !  Avec, dans la tête, déjà, secrètement, l'envie de relever ce fameux défi !

Puis, un jour, de longues semaines plus tard, je me suis lancé à pas feutrés dans l'aventure : et les premiers traits du premier visage sont doucement, tout doucement apparus...

3239125101.JPG

JEUDI 8 MAI 

Les Rolling Stones, depuis l'époque où il était coutume de demander tu es Beatles ou Rolling Stones ?, on aime... ou on n'aime pas !

Pour vous présenter ce dessin, pour vous parler de ce groupe, j'ai choisi un article paru sur FIGARO.fr, écrit par Nicolas Ungemuth, très caricatural peut-être, mais incitant à une intéressante réflexion sur ce groupe qui n'est plus à l'aube de sa vie ou au sommet de son talent, ni même de sa gloire, une intéressante réflexion sur notre société.

L' article, scindé en plusieurs parties, accompagnera l'évolution de mon dessin.

208260797.bmp

1561495570.bmp

FIGAROVOX/HUMEUR : Les billets pour le concert des Rolling Stones en juin prochain au Stade de France se sont arrachés en moins d'une heure.  Un succès incompréhensible pour Nicolas Ungemuth : le groupe n'est plus à la hauteur de sa splendeur passée et devrait prendre sa retraite.

Nicolas Ungemuth est critique littéraire et critique musical au Figaro Magazine. Il est notamment l'auteur de "Garageland" (Hoëbeke), d'une biographie de David Bowie (Librio Musique) et du "Roman du rock" (Le Rocher).

2259770045.JPG

173958550.bmp

 

SAMEDI 10 MAI

suite de l'article paru sur FIGARO.fr, écrit par Nicolas Ungemuth

Des gens s'arrachent des billets pour écouter un groupe décati dans des conditions acoustiques infectes, et dans un lieu si vaste que la plupart des spectateurs en seront rendus à regarder un écran géant.

Impossible de l'ignorer tant les médias l'ont martelé : les 75 000 billets pour le concert des Rolling Stones au Stade de France le 13 juin prochain se sont arrachés en 51 minutes.  En soi, ce n'est pas extraordinaire : si Internet (et le Stade de France) avait existé à l'époque de leur splendeur -en 1972, par exemple-, il y a fort à parier que tout cela serait parti en un quart d'heure. 

3151065869.JPG

1678736827.bmp

Ce qui est extraordinaire, c'est que les Stones, précisément, ne sont plus à l'époque de leur splendeur, et que des gens s'arrachent des billets qui auraient valu 650 francs il n'y a pas si longtemps, pour écouter un groupe décati dans des conditions acoustiques infectes, et dans un lieu si vaste que la plupart des spectateurs en seront rendus à regarder un écran géant.  Pour y voir quoi, d'ailleurs ?

Keith Richards, des fanfreluches sur le front pour masquer sa calvitie, a une telle arthrose des doigts qu'il est désormais incapable de prendre un solo, et passe la plupart de ses concerts à prendre les vieilles poses de toréador qui ont fait son succès en jouant le moins de guitare possible.  Laissant le boulot à Ron Wood, pièce rapportée depuis 1976, qui ressemble désormais à un pivert lyophilisé passé au moule à gaufres.  À la batterie, Charlie Watts est blanc comme un boulanger en fin de journée.  Il y a un bassiste dont personne ne connaît le nom -Bill Wyman, homme sage et digne, a préféré quitter l'entreprise à la fin des années 1980- et Mick Jagger.

166833949.JPG

1079802620.bmp

LUNDI 12 MAI

suite de l'article paru sur FIGARO.fr, écrit par Nicolas Ungemuth

Les Stones sont vieux.  Ce n'est pas de leur faute : tout le monde, sauf les malchanceux, le devient un jour. Ils ont été, longtemps, le plus grand groupe de rock and roll du monde.  À l'époque où le rock and roll signifiait quelque chose.  Aujourd'hui, alors qu'on entend "Whole Lotta Love" de Led Zeppelin dans des publicités pour parfum, le rock est autre chose : c'est un musée, un vestige, une ruine, qu'on visite pour avoir la conscience tranquille.  Pour se dire qu'au fond de soi, on est resté jeune, qu'on est encore, le samedi soir, un peu rebelle malgré bobonne, les gosses, la maison à crédit et les vacances aux sports d'hiver ou en Toscane.  Le peuple a besoin de légendes, or il n'y a plus de légendes.  Qui sont les nouveaux Rolling Stones, les nouveaux Who, les nouveaux Beatles? Arcade Fire? Metronomy? Daft Punk? Allons, allons.

Ce Mick Jagger qui, tel Peter Pan, refuse de vieillir et se trémousse dans des tenues grotesques en chantant obstinément qu'il est un «combattant de la rue» et qu'il n'arrive pas à être «satisfait» (les 75 000 fois 100 euros rapportés pour cet unique concert devraient peut-être arranger cette situation, à supposer qu'elle en ait besoin).  On se demande s'il chantera "19th Nervous Breakdown" de la même manière que les Who osent encore beugler "I Hope I die before I get old" («j'espère mourir avant d'être vieux»), le slogan de leur antique tube 3My Generation".

On peut comprendre que cette absence, ce vide, engendre une nostalgie croissante pour un lointain âge d'or, mais on s'explique moins l'aveuglement du public refusant d'admettre la médiocrité de ceux qu'ils vont aller écouter à prix très fort.  Il ne viendrait à l'idée de personne de payer plus de 100 euros pour aller voir jouer John McEnroe à son âge, comme il ne serait venu à l'idée de personne de débourser la même somme pour aller écouter un pianiste classique de 80 ans, désormais incapable de jouer une sonate de Beethoven.  Mais les fans de rock, groupies dans l'âme, ne sont pas bien exigeants : ils se disent «au moins, j'aurais vu les Stones».  Pour eux, c'est un acte subversif.  Alors qu'en réalité, ils n'auront pas vu les Rolling Stones, qui n'existent plus -artistiquement parlant- depuis «Start Me Up» (et encore, les carottes étaient déjà cuites), c'est-à-dire depuis plus de 30 ans, mais un artefact, un avatar, une mauvaise copie.  Du rock and roll senior, embaumé, sentant la naphtaline et la subversion artificielle.  La lumière posthume d'un soleil éteint depuis longtemps…

881952429.JPG

3965380344.bmp

 

1996029081.jpg

1127557956.JPG

MERCREDI 14 MAI

1932655741.JPG3965380344.bmp

2230488986.jpg

Par un heureux hasard de l'actualité, la semaine dernière, en ouvrant l'hebdomadaire belge "moustique" (n° 4606, 07-05-14), j'ai découvert cette photo, et dans l'article écrit par Luc Lorfèvre qu'elle illustre...

514817675.jpg

... ce chapitre qui a retenu toute mon attention car il complète à merveille l'article paru dans Le Figaro : je vous le propose, en guise de conclusion.

LE ROCK, VALEUR REFUGE.

Vous n'y échapperez pas.  Un anniversaire (mort, naissance), une nouvelle tournée d'un groupe de dinosaures, un événement ponctuel comme le Record Store Day ou la période des fêtes de fin d'année sont autant de prétextes pour ressortir des oeuvres musicales qui datent de plusieurs décennies. "C'est avec les rééditions d'artistes pop ou rock que nous réalisons nos meilleures ventes", explique Arnaud Ray, responsable du back catalogue chez Universal Music.  "C'est logique, le rock n'a plus connu de grande révolution depuis le grunge voici vingt ans.  Ceux qui s'intéressent à ce genre musical aiment particulièrement remonter dans le temps.  C'est vrai aussi pour le disco ou la soul des seventies qui connaissent régulièrement un phénomène revival.  Par contre, les rééditions en chanson française fonctionnent moins bien que dans le passé, sans doute parce que le marché est saturé.  Au contraire des Stones ou d'un Jimi Hendrix qui sortent des archives susceptibles d'intéresser le public, on a pratiquement fait le tour avec le catalogue de Georges Brassens ou de Serge Gainsbourg."

Dans son récent ouvrage Rock'n'Roll is Here To Stay paru aux éditions Laffont, Bruno Lesprit ajoute une explication socio-économique à ce business de la nostalgie.  Si le rock refuse de passer la main et que les Stones ou AC/DC sont toujours à la mode, c'est parce que tous ceux qui ont grandi avec ce style de musique détiennent désormais le pouvoir : le pouvoir d'achat mais aussi le pouvoir d'influence et celui de décision.  Quand Barack Obama déclare ainsi dans un discours télé "C'est moi le Président des Etats-Unis, mais c'est Bruce Springsteen le Boss", on peut être sûr qu'il suscite un phénomène de curiosité auprès d'un jeune public qui ne connaît pas encore l'oeuvre de Springsteen.

3640039239.jpg

THE ROLLING STONES

un dessin de 2013 - dimensions 30 x 40 cm

Je vous abandonne quelques instants à vos réflexions personnelles à propos de ces articles de Nicolas Ungemuth et Luc Lorfèvre, tout en vous conseillant, si l'idée vous plaît, de regarder la page LES ROLLING STONES - SCULPTURE ET CARICATURES.   Vous y verrez que cette photo des Stones que j'ai dessinée, ou son plus célèbre membre Mick JAGGER,...

794004168.jpg

... ont inspiré bien d'autres artistes que moi...  et souvent de très belle manière ! Les Stones sont-ils vieux ?  Du moins, vous y trouverez là une preuve qu'ils ne sont pas prêts de disparaître ou de tomber dans l'oubli...

rendez-vous

pour un prochain article,

un prochain dessin,

le mercredi 21 mai !

762519450.gif

     3199407460.gif

03 mai 2014

Un dessin d'arbre... au nom célèbre !

3278304818.jpg

dernière mise à jour de l'article et du dessin

effectuée -en bas de page- ce samedi 3 mai

 

LUNDI 21 AVRIL

Je vous emmène en promenade à la découverte de "l'Arbre de Las Cases", ce vieil arbre qui a prêté son nom à mon dessin que, peut-être, vous avez déjà rencontré sur mon blog précédent -nous étions alors en 2009- ou regardé par la suite lors d'une de mes expositions.

Cet arbre mort, sans doute un hêtre, je le connais depuis tant et tant d'années : combien de dizaines de fois ne suis-je passé, en pratiquant la course à pied, à quelques dizaines de mètres de lui, le long de la prairie qu'il domine, en l'admirant à chaque fois ?  Pourtant, en le dessinant, j'ignorais tout de sa glorieuse histoire.

2008.  Un jour, sous un plein soleil d'été et un ciel azur, je m'en suis approché ; de très près ! 

C'était prémédité : j'avais emporté l'appareil photographique numérique que j'étrennais.

C'était prémédité : j'avais envie depuis longtemps de dessiner ce tronc blanc et dénudé.  Je le voulais en pleine lumière, lorsque les ombres sont le plus marquées, lorsque les détails que je recherche pour tout dessin sont le plus visibles.

Il ne me restait plus qu'à choisir parmi les nombreux clichés ramenés.  Cet arbre, je l'avais en quelque sorte mitraillé : sous tous les angles, m'en approchant, m'en éloignant, adaptant au mieux les réglages de mon petit appareil numérique de poche.

Six photos avaient particulièrement retenu mon attention, en un premier temps.  Laquelle choisir ?

393965134.jpg

   

101057591.jpg

2356830548.jpg

 

2634484525.jpg

3221086175.jpg

 

620548293.jpg

Après longue réflexion, c'est celle en plan très rapproché que j'avais choisie, celle qui montre le tronc massif -même si l'on n'en voit que le haut-.  Une photo lumineuse où pourtant tant d'ombres apparaissent, jamais trop marquées cependant, une photo riche en détails : regardez attentivement ces lambeaux d'écorce prêts à lâcher prise, toutes ces nuances de gris apportant le relief, l'élégance de ces branches pourtant mortes depuis si longtemps : exactement ce que je recherchais.

2356830548.jpg

J'aimais l'arbre.  J'aimais cette photo.  Un mois plus tard, le dessin était terminé.

MERCREDI 23 AVRIL

   Je suis très heureux de vous présenter "L'Arbre de Sohan, l'Arbre de Las Cases".

2356830548.jpg

   

4072514103.jpg

En le dessinant, je l'aimais déjà tellement !  Pourtant, j'ignorais pourtant tout de son glorieux passé...

J'ignorais tout...  Jusqu'à ce que j'aperçoive, lors d'une exposition, une dame âgée observer longuement silhouette puis détails de mon dessin.  Je l'abordai : elle cherchait à localiser cet arbre mort qu'elle croyait reconnaître.  Elle écouta attentivement mes explications puis me répondit : "Je le connais depuis toujours, depuis que je suis petite... Et à cette époque déjà, il était mort depuis longtemps... Voulez-vous connaître son nom ?  Il se nomme...

l'Arbre de Las Cases."

 

664072165.jpg

 

Sans pouvoir m'en conter davantage, à son grand regret.

Par chance, M. Gonay -aujourd'hui décédé- me fit peu après l'honneur de sa visite.  Passionné d'histoire locale, il connaît tout sur le passé de notre commune, l'histoire de ses bâtiments, la généalogie de sa population, l'origine de ses noms de rue, etc. 

J'eus alors la bonne idée de lui demander si, peut-être, il connaissait cet arbre dont je venais d'apprendre le nom.  Il ne lui fallut que quelques secondes pour se remémorer le lieu et surtout me donner les précisions que j'espérais.  Quelle chance !  A mes yeux, en un instant, mon dessin prenait plus de valeur encore.

  D'où vient ce nom "Las Cases" ? 

 

VENDREDI 25 AVRIL

Le comte Emmanuel de Las Cases est tout simplement le mémorialiste de Napoléon, m'expliqua-t-il. Son ouvrage "Le mémorial de Sainte-Hélène" l'a rendu célèbre (...)

Contrairement à une idée largement répandue, Napoléon n'aurait pas dicté son texte (flagrante contradiction avec ce tableau représentant Napoléon en train de dicter ses mémoires) et Las Cases en aurait toujours assumé l'intégralité et l'originalité.

708488617.jpg

                   

 

Ce livre est un des plus grands succès de son siècle : il cristallise les regrets et la nostalgie. Napoléon y est présenté comme le continuateur de la Révolution, voulant le bonheur du peuple et, à cause de cela, haï par les rois.

Cet ouvrage contient l'essentiel des réflexions de Napoléon sur sa jeunesse et le récit de ses campagnes.

     

508831159.jpg

De nombreuses éditions ont vu le jour au cours du XIXe siècle: 1822-1823 (édition originale), 1824 (ajouts et corrections à l'édition précédente), 1828 (nouveaux titres), 1830-1831 (édition revue), 1842 (édition revue et augmentée). 
Le mémorial  de Sainte-Hélène pose les bases du courant politique "le Bonapartisme".

Cet ouvrage est important pour la suite de cet article : en effet, il a été en partie écrit immédiatement après la mort de Napoléon (1821), à Sohan, plus précisément à proximité du Château de Sohan ...

 

1614058805.jpg

 

DIMANCHE 27 AVRIL

Le château de Sohan existait auparavant non loin de chez moi, sur un de mes parcours d'entraînement de joggeur.  Il était construit près du bois des Nids d'Aguesses de Pepinster et en retrait du chemin menant à Oneux à partir de la route de Pepinster -Theux.

3157719819.jpg

Le comte de Las Cases y séjourna, m'expliqua Mr Gonay.

1873828823.jpg

Le Château de Sohan, côté ouest.

 

2726236170.jpg

Le Château de Sohan, côté est.

Il appartenait à la famille Lejeune de Schiervel.   

Ce château du XVIIIe siècle fut reconstruit fin du XIXe siècle puis incendié en septembre 1944 par les troupes allemandes en retraite, en représailles à la suite de tirs à leur encontre par des "résistants".  Depuis, le chemin qui mène de ce lieu vers Heusy (en passant par le tout récent Club de golf) porte le nom de "Chemin de l'armée secrète".

Des civils, dont des enfants, furent massacrés lors de cet épisode.  Je remercie mon ami Joseph, décédé à 94 ans : bien qu'âgé en 1999 de 91 ans, il avait conservé une mémoire infaillible et m'a quelque peu raconté ces événements dramatiques.  Merci, tout autant, à l'abbé Monfort, de retour à Theux en Maison de Repos pour une retraite bien méritée après 60 ans de prêtrise, qui m'a également raconté ces événements qui ont marqué à tout jamais leur esprit ; et bien sûr, merci à M. Gonay.

De cet ancien château, il ne reste rien : des bâtiments de ferme ont été construits à leur place, ainsi que cette maison sans grand intérêt architectural. 

3091950626.jpg

4017381525.jpg

MARDI 29 AVRIL

Mais quel est le rapport avec l'arbre, dans tout cela ?  Je vous l'ai dit en début d'article : je vous emmène en balade...

Il paraît que, selon M. Gonay, Las Cases avait coutume de se rendre quelques centaines de mètres en contrebas du château (deux kilomètres tout au plus), dans la vallée de Pepinster - Theux, au Château Rittwéger, pour y prendre ses repas de midi (à cheval, le moyen de locomotion de l'époque, d'autant plus que le chemin traverse un bois plutôt humide et surtout très escarpé).

3642341478.jpg

Ce château Rittwéger (Charles Rittwéger a par ailleurs  donné son nom à la rue principale de Juslenville) a de nos jours complètement disparu.  On devait le démonter et le reconstruire pièce par pièce en un autre lieu, m'a dit Joseph, mais cela ne s'est jamais réalisé. Il n'en subsistait, il y a peu de temps encore, qu'un seul vestige, un pont métallique délabré sur la Hoëgne, daté "1865" (et donc, postérieur à Las Cases), à Prévochamps à l'entrée de Juslenville, en contrebas du lieu-dit "les Dardanelles" et à proximité de la grotte du "Trou des Sottais" : deux lieux qui, dans mon esprit d'enfant, buts fréquents de mes expéditions de jeux, étaient synonymes de mystère et  d'aventure. 

2147661447.jpg

UNE PHOTO PRISE EN 2009

Lors de mes fréquentes escapades sportives, je suis donc passé régulièrement non loin de cet arbre mort qui se dresse au milieu d'une prairie pentue à gauche du chemin qu'empruntait Las Cases pour se rendre au château Rittwéger...  Vous me suivez ?

2293240070.jpg

3473959894.jpg

Nous voici arrivés au terme de cette balade.

Le fait n'est pas historique, mais possible, voire très probable ... Du moins, l'explication que je vais vous proposer me plaît : peut-être est-ce sous le couvert de cet arbre (bien feuillu à l'époque) que Las Cases avait coutume de s'asseoir (tout en laissant brouter son cheval, j'imagine) pour rédiger ce fameux mémorial  de Sainte-Hélène.  

 

1565834373.jpgMERCREDI 30 AVRIL

Parlons encore un peu de Las Cases, le célèbre mémorialiste, auteur de l’ouvrage "Le mémorial de Sainte-Hélène" rédigé peu de temps après la mort de Napoléon Bonaparte ; parlons aussi, surtout, de son entourage à Sohan et au château Rittwéger.

Dans son édition du 3e trimestre 2010 (n°107), la revue historique verviétoise « Temps Jadis »,revient sur les fastes du château Rittwéger à Juslenville, fréquenté par d'éminents membres de la famille Bonaparte.  J'ai ainsi découvert quelques précieux renseignements qui m'ont permis de rédiger l'essentiel du texte ci-après.

"Au départ, résidence romantique du bourgmestre de Theux Edmond Fyon construite en 1781, à l’emplacement d’un ancien haut-fourneau, le château connut au fil du temps plusieurs remaniements ; on le vit aussi se doter du tout premier jardin à l’anglaise de Belgique.  Cette prestigieuse résidence fut démolie en 1958.  Aujourd'hui, seule la chapelle désacralisée - construite en 1821 sur la colline de Juslenville - atteste de l'importance de ce domaine.

1966544553.jpg

582227341.jpg

Le château Rittwéger fut, de son temps, le point de ralliement de célébrités. En 1810, la reine Hortense, épouse de Louis Bonaparte (frère de Napoléon) et fille de Joséphine de Beauharnais ( femme de l’Empereur), débarque avec ses deux fils au château Rittweger, à l'invitation du maître des lieux, ardent sympathisant de la France.  Par la suite, plusieurs éminences passeront par Juslenville, comme la soeur de Napoléon, Pauline Bonaparte : depuis lors, la Voie Pauline  porte son nom (j'y reviendrai).  Vers 1880, l'impératrice Eugénie, femme de Napoléon III, puis enfin la princesse Clémentine de Saxe-Cobourg-Gotha (fille cadette du roi Léopold II de Belgique et de la reine Marie-Henriette décédée à Spa en 1902, elle épousa Victor Napoléon Bonaparte en 1910, après des années d'attente) seront les dernières personnalités de haut rang à séjourner en ces lieux.

 

VUE EN DIRECTION DE JUSLENVILLE

1536839715.jpg

Entre-temps, en 1819, en cure thermale à Chaudfontaine, le comte de Las Cases est convié par Edmond Fyon à visiter le domaine, et à s'installer non loin de cette résidence, au château de Sohan, où il écrira quelques chapitres du Mémorial de Saint Hélène. Celui qui partagea durant 18 mois l'exil de Napoléon rédige donc en terre theutoise ses souvenirs les plus marquants, comme je vous l’avais expliqué dans le premier article.  Peut-être sous le couvert du feuillage du hêtre qui porte son nom !"

1300542523.jpg

Pour la "petite histoire", à propos de ce nom « voie Pauline », Regnier Tieffels (1879-1969), collaborateur au "Pays de Franchimont" (le journal hebdomadaire du Syndicat d’Initiative bien connu des Theutois), propose une explication bien différente ressemblant apparemment davantage à une légende qu’à une certitude historique : dans un ancien article, il explique qu’une famille du nom de Tonet possédait auparavant une longue et étroite parcelle de terrain située à l’emplacement de l’actuelle voie Pauline.  Lors de la concession de la ligne du chemin de fer Pepinster-Theux-Spa, cette parcelle fut partiellement expropriée sur toute sa longueur et le restant n’eut plus grande valeur.  A cette époque, Juslenville ne possédait pas d’école et les enfants fréquentaient celles de Theux.  Afin d’arriver en classe le plus tard possible, les gosses longeaient la route, comptant sur les longues fermetures des barrières du passage à niveau causées par les retards des trains.  Mais pour le retour, plus pressés, ils retournaient par l’étroite parcelle laissée à l’abandon qui alors appartenait à la vieille Pauline (Tenet). Arrivés devant l’arrêt de train de Juslenville, ils traversaient la ligne de chemin de fer non clôturée et surtout non surveillée, au grand effroi de la dame. Le sentier prit alors le nom de "Voie Pauline". 

2483626290.jpg

Actuellement, la célèbre « brocante des quais de la Hoëgne » est organisée chaque premier week-end de juillet depuis 20 ans bientôt, en cette voie et toutes les rues avoisinantes de mon quartier.

Et voici mon dessin achevé, complet...

4072514103.jpg

SAMEDI 3 MAI

Mardi, je vous présentais une photo personnelle de 2009 montrant ce pont métallique délabré enjambant la Hoëgne à Juslenville, dernier vestige encore visible de nos jours sur l'ancienne propriété du Château Rittwéger.

2147661447.jpg

La photo ci-dessous, une autre prise de vue de 2009, est délibérément centrée sur un élément de cette large passerelle , sa date de construction : 1865 ! 

534457085.jpg

Deux ans plus tard, en janvier 2011, je photographiais, tout près de chez moi, une inhabituelle crue de la Hoëgne proche du débordement -le niveau de l'eau étant de près de trois mètres supérieur au niveau habituel- provoquée par de fortes pluies de redoux, entraînant la rapide fonte d'un important couvert neigeux sur le Plateau des Hautes Fagnes.

991141968.JPG

Et, à ma grande surprise, quelques jours plus tard, empruntant à nouveau ce chemin qui longe ce pont métallique, m'approchant du dernier vestige d'un Château glorieux, je ne pouvais que constater qu'il avait bel et bien disparu...

116389693.JPG

... emporté par les eaux : les poutrelles gisaient, et gisent encore depuis, sur le lit de la rivière, recouvertes par des amas de bois mort charriés par le courant qu'elles retiennent...

2829965640.2.JPG

Je me souviens de ce moment comme si c'était hier. J'aurais voulu plonger mes bras dans l'eau et replacer bien vite ces poutrelles à leur emplacement d'origine, en espérant que personne ne remarque rien...

Avec cette étrange impression d'un sentiment d'impuissance, les bras ballants, stupéfait, comme médusé (... tel la belle Méduse que, dans la mythologie, Neptune enleva et transforma en créature ignoble !)...

Avec cette étrange impression d'être le seul témoin, avec la disparition inéluctable de cette passerelle, d'un pan de l'histoire, certes locale, mais passionnante à mes yeux, qui se tourne...

Avec cette étrange impression que l'arbre mort de Las Cases qui, de mois en mois, perd une branche, un bout d'écorce, représente le dernier témoin -avec mon dessin- de ce pan d'histoire locale...

Et ce jour, avec à l'esprit cette citation de Warren Buffett

"Quelqu'un s'assoit à l'ombre aujourd'hui parce que

quelqu'un d'autre a planté l'arbre il y a longtemps." ...

Mais cela, c'est une autre histoire...

4072514103.jpg

Publié dans ARBRES ET SOUCHES | Tags : dessin arbre mort, portemine, las cases, arbre de sohan | Lien permanent | Commentaires (2) |

28 novembre 2013

Ma perle d'Ethiopie...

 

DERNIERE MISE A JOUR EN BAS DE PAGE

CE MARDI 26 NOVEMBRE

 

MERCREDI 6 NOVEMBRE

Il y a près de trois ans, je me lançais - quelque peu sceptique tout de même - ce périlleux défi :

"Et si tu dessinais des centaines de perles colorées,

au portemine, en noir et blanc, en gris,  avec toutes les nuances que tes mines t'autorisent ?" 

Perles d'Ethiopie, perles tubulaires en pâte de verre,

un monde infini de poésie et de couleurs où se mêlent

les histoires du verre et l’alchimie des teintes.

2181551230.JPG

 

4116284152.jpg

SAMEDI 9 NOVEMBRE

Perles nées sous les doigts des Egyptiens il y a des millénaires : 

ils confectionnaient une faïence de poudre de quartz pétrie avec du natron et cuite vers 900°, 

ce qui entraînait une vitrification ...

2885198546.JPG

 

557036738.jpg 

MERCREDI 13 NOVEMBRE

 Les perles ?  Un trésor !

Perles de troc, utilisées comme monnaie jusqu’au XVe siècle...

Les perles ?  Un trésor !

Perles de parure et de code social, représentant encore maintenant opulence, rang et fortune...

Les perles ?  Un trésor !

Rouges, vertes, jaunes, bleues, oranges, roses, mauves ou noires,

3008524470.JPG

elles rivalisent de couleur et d’éclat pour cette jeune fille de la vallée de l’Omo, en Ethiopie...

VENDREDI 15 NOVEMBRE

Si vous feuilletez régulièrement les pages de ce blog, cette jeune Africaine arborant - à mes yeux d'Européen à tout le moins - un aussi surprenant qu'interminable collier de perles, ne vous est plus inconnue.

En outre, peut-être avez-vous eu l'occasion et la possibilité de la regarder de très près : j'avais choisi ce dessin "ma Perle d'Ethiopie" pour illustrer l'affiche de ma récente exposition

1410733841.jpg

et, le moins que je puisse encore en dire, en toute modestie, c'est que bien mis en valeur dans la Galerie - ainsi que pour une autre raison que j'ai l'intention de vous préciser bientôt -, il n'y est guère passé inaperçu.

... Sans oublier que, par cet article évolutif, il m'importe de vous en montrer le cheminement !

4161163146.JPG

mais aussi de vous parler de cette fière Ethiopienne et de sa tribu.

 

DIMANCHE 17 NOVEMBRE

Cette belle et énigmatique Africaine appartient au peuple des Nyangatoms vivant aux confins septentrionaux de l’Ethiopie, dans la basse vallée de la rivière Omo qui alimente le lac Turkana, situé pour l’essentiel sur le territoire du Kenya voisin. 

         

94034379.jpg

La région, habituellement désolée et aride, est en pleine floraison après la saison des pluies.  La journée, un fusil d'assaut bariolé en bandoulière, les hommes mènent les troupeaux sur de vastes pâturages où les hautes tiges des champs de sorgho attirent chaque jour davantage d'oiseaux qu’il appartient aux femmes et aux enfants de chasser. 

Un fusil d’assaut bariolé en bandoulière ?  Une arme pour défendre les troupeaux et faire respecter son droit d'être là où on l’a décidé.  Une arme aussi pour dire que l'on est un homme, un guerrier.

Ethnie minoritaire originaire d'Ouganda - arrivée progressivement au coeur de la basse vallée de l'Omo vers la fin du XVIIIe siècle - les Nyangatoms seraient aujourd'hui 15.000 individus.  

3161047247.jpg

Les Nyangatoms !  Un nom de guerre signifiant les “fusils jaunes” ou “fusils neufs”.  Pendant des décennies, ce peuple combattant s'est battu sans relâche contre ses voisins pour l'accès aux pâturages et aux points d'eau. Une lutte sans merci avec les Karas et les Hamars à l'est, les Surmas et les Mursis au nord, les Turkanas et les Dassanechs au sud. 

3377720130.JPG

 

MERCREDI 20 NOVEMBRE 

Ces violentes et soudaines guerres entre tribus rivales résultent davantage des conditions écologiques de la vallée que d'une véritable inimitié culturelle.  Dans ce monde semi-désertique où, en dehors de la courte saison des pluies, l'accès à l'eau est limité à l'Omo et à quelques rivières temporaires, et où les aires de pâturage peuvent se modifier d'une année à l'autre, le premier arrivé sait qu'il survivra. 

Les Nyangatoms cultivent le sorgho, le maïs, les haricots, récoltent le miel dans les arbres, sèchent les poissons qu'ils pêchent.  L'homme possède pour toute richesse son troupeau, ses femmes et ses enfants, mais aussi ses ornements corporels, son appuie-tête et ses armes.

Les Nyangatoms ont réussi à maintenir leur mode de vie culturel et social très spécifique.  

L'identité de ce peuple de pasteurs et d'agriculteurs s'est construite autour de l'honneur, de la fierté et du courage. Naguère, celui qui tuait un ennemi au combat était honoré.  Aujourd’hui encore, le vol de bétail entre communautés voisines est fréquent et provoque inévitablement des situations conflictuelles.

Dans l'univers des Nyangatoms, les hommes peuvent se marier plusieurs fois.  Plus un homme possède de bétail, plus il peut prétendre à prendre une nouvelle épouse avec l'espoir de fonder son propre village au sein de la communauté.  La répartition des tâches de la vie quotidienne est à la fois très codifiée et pragmatique.  Certaines activités demeurent strictement masculines, comme la récolte du miel ou l'usage de l'arc et de la flèche pour extraire le sang du cou des zébus.  Les ornements portés par les femmes - colliers, labrets (plateau ou disque labial), bracelets - racontent l'histoire personnelle et indiquent la classe d'âge de leur propriétaire.  Ainsi l'appartenance sociale des femmes se lit-elle à livre ouvert au regard de tous les Nyangatoms.

 

Longtemps protégé par son mode de vie ancestral et l'isolement de la vallée de l'Omo,

ce peuple, aujourd'hui confronté à de graves problèmes, vit-il la fin de son histoire ?

Pour les Nyangatoms, le compte à rebours a-t-il commencé ?

Le monde agropastoral de ces semi-nomades est-il en voie de disparition ?

 

3522771238.JPG

De cette dramatique et sans doute inéluctable disparition, je vous reparlerai !

 

 SAMEDI 23 NOVEMBRE

 

 

Une lourde menace pèse sur les Nyangatoms de la basse vallée de l’Omo.

 

Tout comme sur les Mursis et tous les autres peuples des berges de la rivière, déjà presque en marge de la vie dans cette région le plus souvent sèche et aride.                                                   

 

      Gilgel Gibe III                                                                                                     

 

2301421446.jpg

Gilgel Gibe III : tel est le nom donné à ce gigantesque barrage hydroélectrique en construction dans le bassin supérieur de la rivière Omo, un barrage qui bouleversera le cycle du flux de la rivière.  Il remettra profondément en cause la gestion de l’eau et des territoires de la vallée de l’Omo, affectant immanquablement écosystèmes et modes de vie jusqu’au Lac Turkana du Nord du Kenya.

A terme, il finira par détruire la sécurité alimentaire et l’économie locale et conduira les populations (500 000 personnes appartenant à des communautés tribales éloignées et marginalisées, n’assurant leur subsistance qu’au travers de l’agriculture, la chasse ou la pêche) à l’exode forcé et à une sédentarisation nullement désirée, car elles sont entièrement dépendantes des crues alluvionnaires de la rivière pour leur existence.  Non sans avoir au préalable aiguisé les conflits locaux entre les différents groupes ethniques - composés essentiellement de pasteurs et pêcheurs - en quête de survie. 

Retenir l’eau en amont du lac va réduire le niveau de ses eaux de 7 à 10 mètres, avec toutes les conséquences que cela implique, comme, par exemple, la recrudescence de la malaria et de la typhoïde dues à la prolifération des moustiques.

La basse vallée de la rivière Omo - inscrite au patrimoine archéologique mondial de l’UNESCO, par les nombreux fossiles d’Hominiens découverts - est le lieu d’une riche biodiversité : une multitude de populations de crocodiles et d’hippopotames et de plus de 40 espèces de poissons y vivent.

Gilgel Gibe III est la troisième étape d’un vaste projet de constructions de complexes de barrages : Gibe I et II sont pour l’heure achevés.  Le gouvernement éthiopien projette d’en construire deux autres, Gibe IV et V.  Tout cela, l’on s’en doute, sans une réelle consultation des populations éthiopiennes affectées par ces projets et sans aucune consultation des autorités et populations kényanes.

Gilgel Gibe III, en voie d'achèvement, atteindra une hauteur de 243 m et sera associé à une centrale hydroélectrique de 1870 MW. qui triplerait ainsi la capacité du pays, actuellement de 800 MW. et assurerait l'exportation de l’électricité aux pays voisins par un système régional d'interconnexion de transmission. La production de Gilgel Gibe III sera entièrement exportée au Kenya.  Le coût total estimé avoisine 1,5 milliards d’Euros.

Aucune mesure n’a pourtant été prise,

aucun moyen financier n’a été engagé pour assurer le suivi des personnes déplacées...

.....................................................................................................................

"Le problème aujourd'hui n'est pas l'énergie atomique, mais le coeur des hommes"

Albert EINSTEIN
.....................................................................................................................

1610323258.JPG

 

MARDI 26 NOVEMBRE 

Et si j'osais apporter de la couleur

- oh, si peu, à peine pour deux perles, mais si importantes ! -

au superbe collier de cette jeune et ravissante Nyangatom ?

3091333966.JPGC'est ce dessin que j'ai choisi de présenter, en octobre dernier, à un concours artistique organisé à la Galerie d'art "Espace Christie" de Soiron, un des plus beaux villages de Wallonie, sur le Plateau de Herve.

Ce dessin est depuis auréolé du "Prix du Jury Illustration" !

2176960689.jpg

 

     

3199407460.gif

PROCHAINE PUBLICATION

DEBUT DECEMBRE

     

762519450.gif

 .....................................................................................................................

"Le mot, issu d'une pensée, peut, s'il est choisi avec le coeur, apporter son lot de bonheur

à la quête étouffée de celui qui le reçoit."

Graziella GUERRIER
.....................................................................................................................