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01 juillet 2015

Les nymphéas de Proust, Monet... et de mes portemines.

En ces premiers jours de juillet et de vacances scolaires belges, le soleil darde copieusement ses rayons : il est question d'une canicule persistante... 

Oh, je ne m'en plaindrai pas : mon antidote à ce que d'aucuns considèrent comme un calvaire, voire l’apocalypse (que ceux que le sport décourage ou, surtout, qui souffrent physiquement de cette chaleur accablante, me pardonnent), réside tout simplement (résultat d'une progressive préparation depuis le début de juin), en deux km de natation dans la piscine extérieure de ma commune chaque jour (et bientôt davantage : le double, peut-être, avant la fin août).

Mais pareil à chacun, j'apprécie toujours un peu de fraîcheur : alors, place à la réédition d’un dessin de 2008 dont vous vous souviendrez peut-être, si vous l’avez rencontré en 2010 sur mon précédent blog aujourd'hui abandonné, ou observé lors de l’une de mes expositions dans ma région de Belgique ; place à un dessin inspiré de créations parmi les plus prodigieuses que Dame Nature nous offre,

les plantes et fleurs aquatiques. 

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Certes, le dessin n’a pas changé - et depuis sa création, il orne les murs du propriétaire de ces nymphéas photographiés - mais j'ai modifié certains éléments de l’article qui l’accompagne. 

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Mes mots pour décrire ces merveilles seraient peu éloquents.  Alors, permettez-moi de faire appel à un écrivain au talent incomparable...

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Comment ne pas résister à la tentation de citer un extrait du livre "Du côté de chez Swann" (A la recherche du temps perdu, tome 1) de Marcel Proust pour brillamment accompagner ces quelques photos personnelles d’introduction.  Nul autre que lui n'a jamais réussi à décrire avec tant de sensibilité et élégance ces extraordinaires plantes aquatiques.

Laissons-nous emporter...  Rêvons et frémissons nous aussi...

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... "Mais plus loin le courant se ralentit, il traverse une propriété dont l’accès était ouvert au public par celui à qui elle appartenait et qui s’y était complu à des travaux d’horticulture aquatique, faisant fleurir, dans les petits étangs que forme la Vivonne, de véritables jardins de nymphéas. Comme les rives étaient à cet endroit très boisées, les grandes ombres des arbres donnaient à l’eau un fond qui était habituellement d’un vert sombre mais que parfois, quand nous rentrions par certains soirs rassérénés d’après-midi orageux, j’ai vu d’un bleu clair et cru, tirant sur le violet, d’apparence cloisonnée et de goût japonais. Çà et là, à la surface, rougissait comme une fraise une fleur de nymphéa au cœur écarlate, blanc sur les bords. Plus loin, les fleurs plus nombreuses étaient plus pâles, moins lisses, plus grenues, plus plissées, et disposées par le hasard en enroulements si gracieux qu’on croyait voir flotter à la dérive, comme après l’effeuillement mélancolique d’une fête galante, des roses mousseuses en guirlandes dénouées.  Ailleurs un coin semblait réservé aux espèces communes qui montraient le blanc et rose proprets de la julienne, lavés comme de la porcelaine avec un soin domestique, tandis qu’un peu plus loin, pressées les unes contre les autres en une véritable plate-bande flottante, on eût dit des pensées des jardins qui étaient venues poser comme des papillons leurs ailes bleuâtres et glacées, sur l’obliquité transparente de ce parterre d’eau ; de ce parterre céleste aussi : car il donnait aux fleurs un sol d’une couleur plus précieuse, plus émouvante que la couleur des fleurs elles-mêmes ; et, soit que pendant l’après-midi il fît étinceler sous les nymphéas le kaléidoscope d’un bonheur attentif, silencieux et mobile, ou qu’il s’emplît vers le soir, comme quelque port lointain, du rose et de la rêverie du couchant, changeant sans cesse pour rester toujours en accord, autour des corolles de teintes plus fixes, avec ce qu’il y a de plus profond, de plus fugitif, de plus mystérieux, — avec ce qu’il y a d’infini, — dans l’heure, il semblait les avoir fait fleurir en plein ciel." ...

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Vous aimez les nymphéas, ces fleurs reines des jardins aquatiques ?  

 

Parlons maintenant d'orthographe et de symbolisme. 

L’Académie française écrivait auparavant "nénufar" en raison de son étymologie persane ; puis, dans sa huitième édition du dictionnaire en 1935, en adoptant "nénuphar", elle choisissait d’effectuer un rapprochement sémantique avec le mot d’origine grecque "nymphe" (divinité partageant avec cette plante aquatique un attrait certain pour l'eau) et le genre "nymphaea" qui est celui de certaines variétés de nénuphars.  Les « Rectifications orthographiques du français (1990) » préconisent de revenir à l’ancienne orthographe « nénufar » : sa véritable étymologie lui serait de la sorte rendue et sa graphie, dit-on, simplifiée.

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Quoi qu'il en soit, ces plantes aquatiques embellissent généreusement le petit étang entouré d'un jardin soigné ou au contraire le plan d'eau sauvage perdu dans la nature : n'est-ce pas là l'essentiel ?  Qui ne connaît ces feuilles arrondies flottant à la surface des eaux calmes, qui inspirent beauté, paix, grâce et volupté ?   Qui n’a jamais admiré ces fleurs solitaires, qu’elles soient rougeâtres ou blanches, jaunes ou violacées, qui accrochent le regard tant leur couleur douce s’oppose au foncé de l’eau qu’elles laissent apparaître entre leurs feuilles sombres

De tout temps, le nénuphar (permettez-moi de rester fidèle à l’ancienne orthographe) a été considéré comme une fleur à part, objet de symbole de la Méditerranée à l’Inde ou la Chine - il fait partie de la famille des Nymphéacées, à laquelle appartient également le très célèbre lotus blanc dont la floraison symbolise, dans les traditions égyptienne, hindoue et bouddhiste, la réalisation de l’être qui a réussi à quitter les profondeurs des eaux obscures pour atteindre la pleine clarté de la lumière du jour -, mais aussi de contemplation pour les romantiques et de poésie un peu partout !  

Avant de vous quitter, permettez-moi de vous présenter la photo-modèle, choisie parmi une dizaine de clichés pris en juillet 2008, chez mon ami Marcel, que je remercie ici d'offrir à ses invités, lorsqu'il les reçoit parfois l'été sur la terrasse de son jardin, un tel spectacle !

Voici cette photos choisie pour ce dessin dont vous avez déjà vu une partie.  Je dois être capable de reproduire avec mes mines grises toutes ces subtilités de tons verts ou roses...  Je dois réussir à dessiner cette eau limpide qui stagne à la surface des feuilles... Je dois laisser apparaître les nervures sombres visibles à l'ombre du dos des feuilles...

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"Les nymphéas"

dessin au portemine d'après photo personnelle

20 x 29 cm - 2008

Les fleurs de la "Nymphéa Attraction" sont d'un rouge grenat foncé, s'éclaircissant sur les bords.  Elles s'ouvrent en coupe puis deviennent étoilées, pouvant mesurer jusqu'à 25 cm de diamètre.  Les feuilles sont ovales, d'un vert bronze clair, recourbées sur leur pourtour.

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"Les nymphéas"

photo personnelle

Croyez-moi : j'ai éprouvé un immense plaisir à tenter de reproduire, avec toutes les nuances de gris que mes portemines permettent, ces subtilités de tons verts ou roses, cette eau transparente stagnant à la surface des feuilles et ces nervures sombres visibles à l'ombre de leur dos !

Impossible à cet instant de ne pas partir rêvasser dans le jardin de Giverny créé par Claude Monet.  Parcourons le site officiel de sa Fondation, baladons-nous en toute quiétude dans ces lieux où tout visiteur ressent intensément l'atmosphère qui régnait chez le maître de l'impressionnisme, et s'émerveille devant les compositions de fleurs et de nymphéas, ses sources d'inspiration les plus fécondes.

Puis, partons en visite au Musée de l'Orangerie du Jardin des Tuileries de Paris : ne manquons en aucun cas la visite virtuelle qu'il offre à ses visiteurs venus de l'immense toile internet.  Nous y flânerons dans deux spacieuses salles elliptiques dans lesquelles se déploie - sur deux mètres de hauteur et près de cent  mètres linéaires - un paysage d'eau jalonné de nymphéas, de branches de saules,  de reflets d'arbres et de nuages ; nous resterons sans voix devant cet immense ensemble mural, somme de toute une vie d'artiste, devant donner au visiteur l'illusion d'un tout sans fin, d'une onde sans horizon et sans rivage, cette idée étant venue à l'artiste en 1910, alors qu'il peignait déjà depuis plusieurs années cet espace de son jardin de Giverny.

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 "La tentation m'est venue d'employer à la décoration d'un salon ce thème des nymphéas : transporté le long des murs, enveloppant toutes les parois de son unité, il aurait procuré l'illusion d'un tout sans fin, d'une onde sans horizon et sans rivage ; les nerfs surmenés par le travail se seraient détendus là,  selon l'exemple reposant de ces eaux stagnantes et, à qui l'eût  habitée, cette pièce aurait offert l'asile d'une méditation paisible au centre d'un aquarium fleuri."

                                                          Claude Monet

Source :

DU PANORAMA PICTURAL AU CINEMA CIRCULAIRE,

Origines et histoire d'un autre cinéma,1785-1998

Emmanuelle Michaux - L'HARMATTAN


Je ne résiste pas au plaisir de vous présenter ici six toiles de Monet parmi ses plus belles, chacune exposée dans un célèbre musée ou appartenant à une collection privée, choisies sur le site http://www.intermonet.com/, présentées chronologiquement et accompagnées de citations de l'artiste.

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"Nymphéas, effet du soir", 1897, 73 x 100 cm, Musée Marmottan, Paris.

"Tout d'un coup j'ai eu la révélation des fééries de mon étang.  J'ai pris ma palette.  Depuis ce temps je n'ai guère eu d'autre modèle."

 

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"Nymphéas", 1904, 90 x 92 cm, collection privée.

"Il y avait un ruisseau, l'Epte, qui descend de Gisors en bordure de ma propriété.  Je lui ai ouvert un fossé, de façon à remplir un petit étang creusé dans mon jardin.  J'aime l'eau, mais j'aime aussi les fleurs.  C'est pourquoi, le bassin rempli, je songeai à le garnir de plantes.  J'ai pris un catalogue et j'ai fait un choix au petit bonheur, voilà tout."

 

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"Nymphéas", 1905, 81 x 100 cm, National Museum of Wels, Cardiff Great Britain.

"Les effets varient constamment, non seulement d'une saison à l'autre, mais d'une minute à l'autre, puisque les fleurs aquatiques sont loin de constituer toute la scène ; vraiment, elles ne sont que l'accompagnement."

 

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"Nymphéas", 1906, 90 x 93 cm, The Art Institute of Chicago, Chicago Illinois USA.

"L'essentiel du motif est le miroir d'eau dont l'aspect s'altère à chaque moment, à cause des lambeaux de ciel qui s'y reflètent, et qui lui donnent sa lumière et son mouvement. " 

 

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  "Nymphéas", 1908, 92 x 81cm, Collection privée.

"Ces paysages d'eau et de reflets sont devenus mon obsession.  Ils sont bien au-delà de mes pouvoirs de vieux et malgré tout je veux réussir à traduire ce que je ressens.  J'en détruis certains...  Je recommence encore...  et j'espère que quelque chose finira par sortir de tant d'efforts."

 

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"Nymphéas", 1908, 92 x 89 cm, collection privée, Japon.

" J'ai mis du temps à comprendre mes nymphéas...  Je les avais plantés pour le plaisir ; je les cultivais sans songer à les peindre...  Un paysage ne vous imprègne pas en un jour..."

 

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"Le Nénuphar"

Le nénuphar s’étend là, monotone et vaseux,

Plaine d’ajoncs rompus et de mousses gluantes,

Immonde rendez-vous où mille êtres visqueux

Croisent obscurément leurs légions fuyantes.

 

Or, parmi ces débris de corruptions lentes,

On voit, immaculé, splendide, glorieux,

Le nénuphar dresser sa fleur étincelante

Des blancheurs de la neige et de l’éclat des cieux.

 

Il surgit, noble et pur, en ce désert étrange,

Écrasant ces laideurs qui le montrent plus beau,

Et, pour lui faire un lit sans tache en cette fange,

 

Ses feuilles largement épandent leur rideau,

Et leur grand orbe vert semble être, au fil de l’eau,

Un disque d’émeraude où luit une aile d’ange.

 

 Louis DANTIN, extrait de : « Le Coffret de Crusoë »