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Nick BRANDT "L'Afrique au crépuscule" et "Across The Ravaged Land"

 

complément au dessin :

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et à l'article (clic sur le lien ci-dessous)

Le Loxodonta Africana, l'éléphant des savanes d'Afrique.


Amoureux des animaux, Nick Brandt les photographie comme des humains.

Un exceptionnel document sur un monde en péril.

 

Pierre Delannoy - Paris Match


 

« L’Afrique au crépuscule » (éditions de La Martinière) est le dernier opus, strictement noir et blanc, de Nick Brandt, un jeune photographe anglais dont la cote explose. Des ombres sinistres – la désertification, la sécheresse, la pauvreté, le braconnage, les guerres – pèsent sur l’avenir de l’Afrique de l’Est, la terre qu’a choisie Nick pour s’affirmer en tant qu’artiste, et surtout en tant qu’homme. Ce Londonien de naissance exilé en Californie a d’abord été le réalisateur de plusieurs des clips de Michael Jackson. C’est en tournant « Earth Song », en Tanzanie, que Nick Brandt a eu la révélation de sa métamorphose. Depuis, il arpente les grandes plaines piquées d’acacias entre Kenya et Tanzanie. Pour célébrer la beauté d’un monde en train de disparaître, l’Afrique immémoriale.

Lorsqu'il photographie les éléphants, les girafes, les zèbres, les lions... Nick veille à ce qu’ils soient au mieux de leur forme, de leur être profond. Et il s’approche de plus en plus près, jusqu’à respirer leur odeur, partager leur intimité. Depuis le début de sa carrière, il se refuse à utiliser des longues focales : « On ne fait pas le portrait d’un être humain au téléobjectif en imaginant rendre un peu de son âme. » Alors, Nick attend, des heures, des jours, des semaines. Il avoue qu’il y puise une exceptionnelle quiétude.

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Lion et lionne tête à tête, Masai Mara, 2008. Photo Nick Brandt 

Loin du monde, au cœur de la « sauvagerie » (« wilderness »), sa nostalgie d’un monde qui disparaît ne le quitte pas. Il voudrait fixer à jamais cette « beauté déchirante qui s’évanouit peu à peu tragiquement sous nos yeux ». Il en photographiera donc les instants les plus élégiaques. Ce qu’il aime par-dessus tout, c’est avoir l’impression qu’ils se présentent d’eux-mêmes, qu’ils posent, tel ce vieux lion, un soir d’orage. On dirait un acteur méditant sur son passé au soir de sa carrière. Nick veut montrer les animaux « en train d’être, tout simplement, avant qu’ils ne soient plus ». Aucun de ses clichés, des « perfect moments » d’une plénitude hors du temps, ne transpire les dangers qu’il dénonce : « En 1995, j’ai fait, pour la première fois, le trajet de Nairobi à Arusha, dans le nord de la Tanzanie, en passant par le sud du Kenya, dans des zones non protégées. J’ai vu des girafes, des zèbres, des gazelles, des impalas, des gnous... Treize ans plus tard, j’ai refait le même parcours. Et pendant quatre heures de route, je n’ai pas vu une seule bête sauvage. Non que les animaux aient migré ailleurs. Ils ont été éradiqués, transformés en viande. » Nick constate, mais ne juge pas. « L’homme et l’animal sont en compétition pour des ressources qui se raréfient. En Occident [...], peu d’entre nous risquent de mourir de faim. Nous avons raison de condamner le braconnage, le massacre des bêtes sauvages au nom du seul profit, mais nous devrions parfois tempérer nos jugements : en effet, si le braconnage sévit de plus en plus, c’est souvent par nécessité. Quand les récoltes sont mauvaises et que les sols s’érodent à cause de la sécheresse et du réchauffement climatique, qui ne se résoudrait à tuer le dernier zèbre vivant pour nourrir sa famille ? »

 

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Nick Brandt rêve d’un monde réconcilié : « A mes yeux, toutes les créatures de cette planète ont le droit de vivre à égalité – humains, éléphants du Serengeti ou vaches de l’élevage industriel. C’est la raison pour laquelle je prends ces photos. J’espère que vous verrez ces animaux, ces non-humains, comme je les vois, c’est-à-dire pas très différents de nous. » Pas de détail documentaire, très très peu de violence, ou d’action, dans les photos de cet artiste inspiré par ses maîtres Richard Avedon et Yousuf Karsh. Ses sujets apparaissent apaisés. Brandt dit qu’il leur tire le portrait comme il le ferait avec des êtres humains. Pour capturer leur force de vie, leur esprit.

nick-brandt-c-37-buffles.jpg Portrait d’un groupe de buffles, Amboseli, 2006. Photo Nick Brandt. 

« Vivre sur cette terre » était son premier livre, « A Shadow Falls », une ombre plane (le titre anglais de l’ouvrage intitulé en français « L’Afrique au crépuscule »), est le suivant. Logiquement, Brandt envisage de conclure sa trilogie par une dernière œuvre sur la disparition de ce paradis. Le destin inéluctable de la faune africaine l’obsède. « Parfois, pourtant, quand je suis là-bas dans les plaines, les choses me semblent tellement simples. »

Et de se souvenir, très ému, de ce jour d’octobre 2006, dans le nord du Serengeti, quand il est tombé sur des éléphants tournant en rond avec excitation autour d’une femelle en train de mettre bas. Alors que le troupeau s’approchait du nouveau-né, « comme pour lui souhaiter la bienvenue, la matriarche plongea sa trompe dans sa bouche, aspira de l’eau de son estomac, et s’aspergea. La joie et l’allégresse de ces éléphants étaient un spectacle extraordinaire ».

« L’Afrique au crépuscule », éditions de de La Martinière. 


 

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Écrit par Jean-Claude VINCENT Lien permanent | Commentaires (0)

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