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Henri Gougaud, Le livre des chemins, le corbeau.

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Le corbeau, un oiseau de malheur ou de bon augure ?

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chapitre 24 - Corbeau

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   La mère berce son enfant. Dehors, le vent d'hiver s'enrage.  La cabane tremble, elle a froid.

Dors, mon petit, dors mon enfant

N'aie pas peur, ce n'est pas le vent

C'est le chant du mendiant de chance

   Le père, au loin, chasse le renne. Reviendra-t-il ce soir, demain ? "Il reviendra, pense la femme, avec sa hache de silex, avec sur l'épaule des viandes, avec des nuages à la bouche et du givre dans les sourcils, avec sa voix qui me fait peur et me rassure en même temps, il reviendra, dors mon enfant." La tempête cogne à la porte. Corbeau croasse, sur le seuil :

   - Femme, j'apporte des nouvelles, ton mari est mort, je l'ai vu. Il est en haut de la falaise, tout en sang, couché sur le flanc, deux loups lui dévorent les mains, deux autres les yeux, la figure, sa hache est à dix pas de lui avec une botte perdue, je l'ai vu, femme, je l'ai vu !

   - Ce n'est pas mon homme, tu mens !

Ne t'éveille pas, mon enfant

Ce n'est que corbeau, là-devant

Qui nous prie d'un peu de pitance

   - Femme, sa bouche te connaît, il a dit ton nom à la neige, il a dit celui de son fils avant que son souffle s'éteigne !

   Le cœur de la femme s'affole.  Ses yeux, son sang, son crâne crient :

   - Ce n'est pas vrai ! Tais-toi, tu mens !

   Elle écoute. La porte grince, des troupeaux de neige et de vent font gémir l'ombre sous le toit. Les heures passent et Corbeau parle. Malheurs précis, impitoyables, cauchemars plus vrais que la vie, il ricane, il sait tout, il dit. La femme se prend les oreilles, elle veut les fermer, à quoi bon, elle entend plus fort au-dedans. Elle espère encore pourtant. Elle se tient à l'affût du temps. Son regard soudain se rallume. Un homme l'appelle dehors, si loin que c'est peut-être un rêve.

   C'est le chasseur qui s'en revient. Corbeau s'est tu, il n'est plus là, il n'était fait que de nuit noire, dans la nuit noire il s'est fondu.

Ecoute, écoute mon enfant

N'aie pas peur, ce n'est pas le vent

C'est le sang de mon corps qui danse

   Deux caribous sur les épaules, à la ceinture un sac joufflu, son couteau, sa hache de pierre. L'homme entre, les bras ouverts.

   - Du feu, du grand feu, bonne femme, j'ai froid, j'ai faim. Viens là, petit.

   Il a sculpté pour son garçon un jouet dans un bois de renne. L'enfant rit, et sa mère aussi.

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 Henri GOUGAUD

LE LIVRE DES CHEMINS, contes de bon conseil pour questions secrètes - chapitre 24, p. 86 à 88

ParisAlbin Michel,‎ , 22cm, 471 p. (ISBN 9782226194114)

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Le corbeau, un oiseau de malheur ou de bon augure ?

 

Écrit par Jean-Claude VINCENT Lien permanent | Commentaires (2)

Commentaires

Corbeau... ici il apporte une "mauvaise" nouvelle, qui pourtant met fin à l'attente qui n'avait plus de raison d'être... Donc si la nouvelle est mauvaise, elle apporte aussi la décision...

Écrit par : Edmée De Xhavée | 15 février 2016

De la part de Corbeau, une "mauvaise" nouvelle que je comprends comme une fausse nouvelle, un mauvais augure, un augure erroné qui ne correspond pas à la réalité !

Femme, tout au long de la nuit, nie ce que Corbeau lui présente comme une certitude, la mort de son homme ; femme garde espoir, garde confiance en la vie de son homme ...

Corbeau avait menti : Femme, délivrée de l'attente, est heureuse, soulagée...

Écrit par : Jean-Claude | 16 février 2016

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