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Essai sur le brame des cerfs (Jacques V. Lemaire)

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essai sur le brame des cerfs

Le rut du cerf dure un mois. Étonnamment, l’œstrus, la période de l’ovulation de la biche favorable à la fécondation, est très courte, tout au plus une journée, parfois moins d'une demi-journée. Cependant, elle reste en chaleur pendant plusieurs jours et pendant cette période, elle se fait parfois couvrir plusieurs fois par le cerf (on dit alors qu’il la dague), voire par les plus jeunes lorsque le dominant sera épuisé et déjà rentré au bercail.

S’il est vrai que les mâles perdent jusqu’à 20 kg pendant cette période d’activité, il est par contre tout à fait erroné de croire que, dans le silence de la nuit, leurs  bois, lorsqu’ils se battent, se heurtent dans un fracas assourdissant et surtout qu’ils se blessent et meurent parfois d’épuisement d’être restés embroqués (ce mot n’existe pas, mais il sonne si bien).

En revanche, tout ce qui suit est entièrement exact !

Pendant l’année, les cerfs vivent entre eux, à l’écart des femelles et de leurs faons, de façon hiérarchisée : les jeunes font allégeance aux plus vieux lesquels les protègent  et les instruisent.

A l’approche du rut, les dominants  vont rejoindre les hardes de biches. Les autres, trop jeunes (daguets) ou trop faibles,  vont errer plus ou moins seuls et viendront parfois tenter leur chance auprès des hardes dès que les plus vieux, fatigués donc moins performants, les auront délaissées.

Chose étrange, les cerfs, dans certains cas, lorsqu’ils se retrouvent sans biches parce qu’ils proviennent de massifs pauvres en femelles ou trop riches en mâles, peuvent parcourir de longues distances (parfois 50 ou 100 km) pour rejoindre les zones de rut puis, satisfaits, retourner au lieu de départ pour revenir l’année suivante.

Dans les dites zones de brame,  la densité de gibier est parfois fort élevée : femelles et faons de l’année d’un côté, mâles de l’autre. Les animaux sont extrêmement nerveux. Les biches sont farouches comme jamais,  flanquées pour la plupart de leur jeune de l’année qui a alors la taille d’un chevreuil.  Et les cerfs sont dans un état d’hystérie : ils doivent tout à la fois protéger leur harde de départ, essayer de  conquérir l’une ou l’autre  biche supplémentaire, défendre leurs favorites contre les congénères errants et, bien entendu, saillir à la demande, c’est-à-dire chaque fois que nécessaire (et cela doit parfois aller très vite puisque, je vous l’ai dit, la période de fécondation est très courte), tout cela en bramant sur tous les tons, sans prendre le temps ou presque ni de boire ni de manger ni de dormir… Autant dire qu’à la fin du brame, les cerfs sont plutôt efflanqués ! Quand ils n’ont pas leurs bois cassés, un œil borgne et des blessures non encore cicatrisées.

Rut et brame sont également synonymes de bagarre et de chandelle.

La bagarre, c’est le choc des mâles qui se ruent l’un sur  l’autre, pendant une ou deux minutes,  en un violent affrontement viril et après s’être poursuivis sur quelques dizaines de mètres, s’être observés, humés, évalués. Le choc des bois, entendu dans le silence de la nuit, est étonnant :  quand ils s’entrechoquent, on perçoit bien cette violence par ce bruit sourd et assorti d’une légère musicalité plus douce et résonnante. Et surtout l’on devine entre deux chocs,  dans  l’intervalle  mort qui suit, les deux animaux qui reculent, suant et soufflant, se jaugeant encore, baissant la tête et fonçant à nouveau l’un sur l’autre. Pendant ce temps, les biches de la harde, à quelques dizaines de mètres du combat, semblent curieusement peu concernées puisqu’elles broutent.

Le vaincu est celui qui se détourne et  s’en va. Il paraît qu’après le combat, le cerf victorieux pousse  un brame qui est le plus beau de tous, le brame du vainqueur, avec à la clef toute la harde à couvrir ; mais rien n’est moins sûr car une heure plus tard, un jour après, deux jours ou plus, peuvent arriver des cerfs errants qui viendront le défier dans le même but, ou encore d’autres dominants qui cherchent à acquérir quelques biches, voire une harde supplémentaire.

La chandelle, enfin, c’est cette curieuse et spectaculaire ruade que fait le cerf pour se dégager de la biche lorsque l’accouplement est terminé ; bien souvent, sous la violence du mouvement de retrait, elle est projetée vers l’avant. La raison de cette ruade est un mystère que certains biologistes attribuent à une particularité anatomique chez l’un ou l’autre qui oblige pour le descellement un coup  de rein aussi violent. 

La biche (il suffit de penser à Walt Disney) est considérée comme l’animal incarnant la douceur et l’innocence martyrisée – ceci est peut-être expliqué par cela, mais en ce cas, est-on si sûr que la chandelle soit une épreuve douloureuse pour elle ? N’est-ce pas faire vite en appliquant aux animaux des données  explicatives purement humaines ?

     
"Tu apprendras plus dans les forêts que dans les livres.
Les arbres et les rochers t'enseigneront les choses
qu'aucun maître ne te dira."


Bernard de Clairvaux

 

le blog de Jacques V. Lemaire et l'article "essai  sur le brame du cerf"

le site de l'artiste Jacques V. Lemaire

Écrit par Jean-Claude VINCENT Lien permanent | Commentaires (0)

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