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05 décembre 2017

Une insoutenable détresse...

une présentation progressive de dessin entamée le mercredi 30 novembre

ULTIME mise à jour effectuée ce DIMANCHE 18 décembre

PROCHAINE PUBLICATION EN JANVIER

 

 
MERCREDI 30 NOVEMBRE 2016
 
Bonjour. En cette fin novembre comme promis, je vous présente, chères lectrices, chers lecteurs, sur ce blog Hautetfort, un nouvel article accompagnant un dessin créé en 2011 et publié l'année suivante sur mon précédent blog Overblog, aujourd'hui abandonné.
 

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Une insoutenable détresse pénible à montrer, tant son origine est douloureuse .

Ce dessin évolutif s’agrandira progressivement sous vos yeux, à intervalles le plus souvent réguliers, parfois plus espacés... comme il en va de chacun de mes dessins qui, du premier trait jusqu'à la signature finale, voit s'écouler de nombreux jours, un mois souvent... 

Cette détresse que je vous montrerai est d'une terrible actualité, en cette année 2016 qui se termine avec ces dramatiques conflits armés en Syrie ou en Irak paraissant dans l'impasse, avec ces terribles scènes de souffrance que vivent les populations d'Alep ou de Mossoul, où l'on écoute chaque jour impuissant les SOS que lancent les humanitaires sur la situation de centaines de milliers d'habitants...

Progressivement, vous (re)découvrirez ce dessin en noir et blanc à tel point réaliste qu'il en sera pénible de le regarder. Mais c'est là où mes mines m'ont mené, et je vous raconterai ce que je sais de l'histoire de cette cruelle scène de vie que provoqua une guerre qui n'aurait jamais dû pouvoir exister.

En fin d'article, je vous présenterai la photo qui m'a inspiré ce dessin.

... Si toutefois vous souhaitez m'accompagner dans cet article évolutif, dans la présentation de ce dessin pas à pas d'une insoutenable détresse, je vous le répète...

 


JEUDI 1er DECEMBRE 2016

Lors de sa première présentation, je me doutais que les premiers traits de ce dessin et les explications l'accompagnant risquaient d’interpeller.  

J'avais par ailleurs hésité à me lancer dans ce portrait d'enfant en profond et douloureux désarroi, dans le dessin de cette insoutenable détresse provoquée par la folie meurtrière des adultes, quelque part sur le continent africain. Mais j'avais aussi ressenti, dès l’instant où je l’avais découverte, l’envie de dessiner cette douloureuse photo d’un photographe de presse de guerre, comme l'envie de la montrer par la suite sur mon blog Overblog, et je n'avais pas eu besoin de réfléchir plus longuement.  Je voulais suivre mes sentiments, mes envies, mes besoins.

 

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En cette fin novembre, tout en jonglant avec mes portemines sur les infimes détails d'un nouveau et passionnant dessin en cours, bien différent (il s'agit d'écorce d'arbre), j’ai alors longuement réfléchi : Ne devrais-je pas à nouveau montrer, quitte à ce que cela ressemble à un naïf apitoiement, cette image choquante ? Oui, il me paraît important d’éprouver une profonde compassion face aux souffrances absurdes que des enfants sont obligés de subir, à cause de la folie humaine : rester indifférent ou insensible serait par contre inadmissible.  Pire encore serait de se voiler la face et de ne pas juger opportun de montrer ces souffrances que personne ne réussira jamais à justifier raisonnablement. 

Essayez d'imaginer, chers lecteurs, dans les jours qui viennent, en observant l'avancement régulier de mon dessin, l'état d'esprit du photographe à cet instant précis où il a osé – sans nul doute un réflexe « réfléchi » - appuyer sur le déclencheur, face à cette terrible scène : vous comprendrez bientôt l’intensité de l'instant.  Pour cet homme témoin d’un drame indescriptible, il s'agissait d'un devoir de mémoire ! 

Moi-même, j’ai alors consacré des heures, des jours, à traduire avec mes mines cet instant, cette émotion, ce devoir.  Je ne le regrette pas. D'ailleurs, le bandeau d'accueil de mon blog de l'époque comportait ces mots chargés de sens :

ATTRAITS, EMOTIONS ET DESSEINS

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SAMEDI 3 DECEMBRE 2016

 

"Ma détresse est profonde, mais je la surmonterai, il le faut, il s’agit de tenir bon !

Tenir, avant tout, il le faut.

Je suis épuisée... je n’en peux plus... je vais m’écrouler... abandonner.

Oh, je pleure... non, vite, il faut essuyer ces larmes inutiles ... courage, il le faut.

Oui, il faut tenir : je dois La sauver, nous sauver.

Vite, je sèche ces larmes qui m’envahissent, ces larmes inutiles qu’il me faut contenir. Réprimer.

Réprimer ... Répression ... Que ces mots sont terribles, quand cela vous arrive...

Vite, je dois surmonter ces sentiments de total abandon et d’impuissance qui m’envahissent !

Je dois survivre.  Me sauver pour  la sauver. 

Que faire ?  Comment faire ? Je suis épuisée.  Je n’en peux plus.  

Où aller ? Comment  fuir ? M’en aller pour fuir où ? Fuir et les retrouver. Où les retrouver ?"

 

Protegee, cette fillette en fuite à l'est du Congo,

pensait probablement ces mots,

les murmurait peut-être ...

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Protegee, cette fillette en fuite à l'est du Congo,

aurait sans doute bien aimé que son prénom lui porte chance, à ce moment !


LUNDI 5 DECEMBRE 2016

Aujourd'hui, observons de près traits et détails de mon dessin.

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Percevez-vous comme moi la tristesse, la peine, la douleur qu'éprouve cette fillette ? Elle cache son visage...  Son attitude, ce bras qui, par-dessus le col du T-shirt, essuie des pleurs, nous permet de ressentir la profonde douleur qu'elle éprouve, à peine maîtrisée et réprimée.

Observons attentivement les cheveux : ils m'ont donné... beaucoup de fil à retordre ! La nature a certes admirablement réussi son œuvre en créant ces cheveux crépus, très denses et vrillés, un rempart naturel contre les attaques du soleil, évitant ainsi des souffrances au cuir chevelu ; mais croyez-bien qu'ils n'étaient pas aisés à représenter.

Observons aussi, mais sans doute l'aviez-vous déjà remarqué, l’œil : on le devine fermé et les sourcils relevés.  Ou encore cette joue creusée et ces petits boutons d'acné sur la peau. Ou enfin le relief du col du T-shirt souligné méthodiquement par les traits parallèles de mes portemines.

 

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C’est le bras qui essuie les larmes parce que les doigts de la main s’agrippent au tissu, pour une raison importante, primordiale, que vous comprendrez plus tard...
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Observons enfin les rayures du tissu : les dessiner se révèle bien plus ardu que je ne l’imaginais. En réalité, vous le découvrirez plus tard sur la photo couleur, quatre coloris le composent : des lignes bleues et roses côtoient d'autres beige clair et beige plus foncé. Pas facile de traduire ces teintes en noir et blanc.

Puis, il me faut impérativement mettre en valeur les plis formés par ces doigts agrippés au tissu. Et les rayures doivent se prolonger, correspondre d’un pli à l’autre. Vraiment, ce n’est pas une sinécure !

Je vous quitterai ce jour en vous priant de m'excuser : je vous ai involontairement - oh, la méprise n'est pas bien grave, mais importante pour la suite du dessin et de son histoire - induits en erreur. Il ne s'agit pas d'une fillette comme je l'ai précédemment écrit, mais plutôt d'une adolescente : en découvrant la nouvelle étape ci-dessous du dessin, vous en aurez la preuve en regardant l'épaule que le tissu glissant sur la peau dévoile...

 

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MERCREDI 7 DECEMBRE 2016 

 

Protegee, cette jeune fille congolaise, souffre.

Pourquoi ces larmes essuyées de l'avant-bras sur le col du T-Shirt? 

Pourquoi ce bras droit tendu vers l'arrière ?

06 - insoutenable détresse - dessin au crayon de jean-clau

 

Vous souvenez-vous ? A l'automne 2008, la province du Nord-Kivu de la République démocratique du Congo est en pleins troubles. Partout, des milliers et des milliers de civils sont forcés à fuir les combats. Malgré la présence des troupes des Nations-Unies. La plus forte présence au monde. 

Protegee, au milieu d'une foule d'un millier d'autres fuyards, marche depuis trois jours. Elle a parcouru une vingtaine de kilomètres, après avoir été séparée de sa mère alors qu'elles abandonnaient leur village. Protegee soutient d'un bras, sur son dos, sa petite nièce Reponse, effrayée, qui s'agrippe à elle de toutes ses forces...  Aussi terrorisée qu'elle... Plus encore ! 

 

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Protegee protège ... Il le faut. 

Il faut sauver Reponse. Il faut la sauver. Il faut se sauver. 

Il faut retrouver ses parents. Les siens. Les leurs. 

Pour elle. Pour elles.    

Il faut, il faut, il faut ... Il le faut.

 


 VENDREDI 9 DECEMBRE 2016  

« Trois millions de morts, c’est ce qu'on appelle une crise de basse intensité. Peu de grands titres dans la presse. Pas de manifestations, de collectes de fonds. Les chanteurs sont muets, les pétitionnaires aussi. Qui soutenir dans une affaire aussi compliquée ? Où sont les bons, les méchants, les persécutés ? ».

Cette citation de Colette Braeckman (Les nouveaux prédateurs. Politique des puissances en Afrique centrale, Fayard, 2003), journaliste belge spécialiste de la République Démocratique du Congo, résume bien le questionnement que l’on est en droit d’avoir à propos des violences connues par ce pays.

 

08 - insoutenable détresse - une guerre sans fin - Kiwanja

 

Trois millions de morts... en 2003, date de la publication du livre. D'autres sources parlaient de quatre millions...

A ce jour, d'après le site Cluster News (lien), le double... 

La RDC traverse une succession de conflits depuis le début des années 90.  Si le pays semblait avoir retrouvé une certaine stabilité sous Joseph-Désiré Mobutu, le « léopard de Kinshasa », entre 1965 et 1997, les tensions s’étaient ravivées dans les années 90. Le pays a connu des affrontements armés entre différentes communautés, d’autres violences découlant de l’épisode tristement célèbre du génocide rwandais de 1994, puis deux guerres, baptisées prosaïquement première et deuxième guerre du Congo. Le premier conflit (1996-1997) a vu la chute de Mobutu, évincé par Laurent-Désiré Kabila, tandis que le second (1998-2003) a opposé la RDC à certains de ses voisins, tout en étant soutenu lui-même par d’autres Etats limitrophes.

Depuis, tous les problèmes à l’origine des différents conflits sont loin d’être réglés : entre octobre 2008 et janvier 2009, date de son arrestation, l’offensive du général Laurent Nkunda - officier rebelle tutsi soutenu par le Rwanda, qui s'illustra déjà en 2002 lors des massacres de Kisangani - , est là pour rappeler que la RDC est toujours enlisée dans une guerre larvée – qui fait rage depuis une vingtaine d'années - ravageant une grande partie de l’est de son territoire.

Cette photo que j'ai dessinée, cette image de Protegee portant à bout de bras sa nièce Reponse a été prise le jeudi 6 novembre 2008, alors que les forces de Nkunda intensifiaient leur offensive sur le Nord Kivu, forçant des centaines de milliers de personnes à fuir les combats, et ce malgré la plus forte présence des troupes des Nations-Unies au monde.

Je vous raconterai bientôt ce terrible jeudi 6 novembre 2008.


DIMANCHE 11 DECEMBRE 2016  

Kiwanja : le Srebenicza du Congo

 

Selon un rapport de l’organisation de défense des droits de l'Homme Human Rights Watch (HRW) publié en décembre 2008 à Kinshasa, au moins 150 civils (186 selon la Croix Rouge) ont été tués les 4 et 5 novembre de cette même année dans la ville de Kiwanja, dans l'est  de la RDC, la plupart exécutés sommairement par la rébellion de Laurent Nkunda, ces exécutions dont furent témoins Protegee et sa nièce Reponse, ces exécutions qui les obligèrent à fuir la ville pour tenter de sauver leur vie.

 

Sur base de plus de cent entretiens, HRW estime qu'au moins 150 habitants de Kiwanja ont été tués les 4 et 5 novembre à Kiwanja. La plupart des personnes tuées à Kiwanja ont été exécutées sommairement le 5 novembre par les forces du Congrès national pour la défense du peuple (CNDP) du commandant rebelle Laurent Nkunda, assure HRW. Il s'agit du pire massacre dans la province du Nord-Kivu en deux ans. HRW dénonce des crimes de guerre commis par les deux parties, assurant que les rebelles de Laurent Nkunda et les milices Maï-Maï (des combattants irréguliers congolais qui coopèrent parfois avec les forces gouvernementales mais agissent aussi en francs tireurs) ont délibérément tué des civils au cours des deux derniers jours. Avec une virulence exceptionnelle, HRW met en cause les Casques bleus, qui disposent d’une base à Kiwanja : ils n’ont pas pris les mesures adéquates pour protéger les civils et n’ont mené que quelques patrouilles pour limiter les violences. HRW conclut : ces casques bleus, dont c’est pourtant le mandat, sont tout simplement incapables de protéger les civils qui sont délibérément visés.

 

La ville de Kiwanja, située à environ 80 km au nord de Goma, la capitale du Nord-Kivu, était passée sous contrôle rebelle le 29 octobre. Mais des milices pro gouvernementales Maï-Maï avaient brièvement repris la localité le 4 novembre. Le 5 novembre, le CNDP avait lancé une contre-offensive. Après avoir rétabli leur contrôle sur Kiwanja, les rebelles ont lancé une opération brutale contre les éventuels combattants Maï-Maï restants ou leurs sympathisants supposés, affirmait HRW.

 

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un dessin de 30 X 40 cm

 

 

Colette Braeckman (voir mise à jour précédente) relate ainsi ce drame humain (extraits choisis).  

 

Au secours… Les hommes en armes passent de maison en maison. Ils s’emparent de tous les garçons et jeunes hommes et leur fracassent le crâne. Une femme de Kiwanja m’a appelée jeudi soir en pleurant, disant que les militaires de Laurent Nkunda étaient en train de massacrer la jeunesse de Kiwanja depuis mercredi à 13 heures. Ils font une opération de porte-à-porte pour enlever et tuer les jeunes garçons et filles entre 12 et 33 ans.

Des messages de détresse venus de Kiwanja ont commencé à affluer en Europe dès mercredi soir, deuxième jour des assassinats. Sur le terrain, les équipes de l’ONU, qui ont une base militaire à Kiwanja même, ont commencé à enquêter dès … vendredi midi sur d’éventuelles violations des droits de l’homme afin de déterminer les responsabilités. Il est vrai que, tentant des sorties, les Casques bleus ont à plusieurs reprises été la cible de tirs croisés et qu’ils ont tenté de protéger les réfugiés qui s’étaient placés sous leur protection aux abords de la base. Dès mercredi cependant, des journalistes se sont déjà rendus sur le terrain, dont Thomas Scheen, reporter pour le Frankfurter Allgemeine Zeitung. Des reporters de la BBC ont également gagné Kiwanja jeudi. Ils ont vu des cadavres gisant dans les maisons et enregistré des récits d’horreur.

Des civils massacrés pratiquement sous les yeux de Casques bleus impuissants ou indifférents. Kiwanja serait-il un Srebenicza congolais ? A la décharge des soldats de la paix, un porte-parole de l’ONU a cependant déclaré que les soldats ne pouvaient tirer sur les rebelles, car ces derniers étaient entourés de civils qui couraient dans toutes les directions

 

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MARDI 13 DECEMBRE 2016  

 

Peut-on rester indifférent face à un tel désarroi ? 

12 - insoutenable détresse - une guerre sans fin - Kiwanja

format du dessin  30 x 40 cm

Chacun de mes dessins est le fruit d'un travail méthodique et de longue haleine, réclamant beaucoup de concentration. Combien de temps te faut-il ? me demande-t-on souvent... Un mois pour celui-ci, plus d'une centaine d'heures de travail, cent cinquante heures peut-être...

Jamais de repentir possible, comme dans la vie où aucune gomme ne permet d’effacer l’existence accomplie. Et comme tout effacement laisse d'infimes traces sur le papier immaculé, je ne m'en autorise que rarement. Une fois les repères pris, l'hésitation est interdite. Par ailleurs, je protège en permanence l'entièreté de la feuille : seul l'élément que je suis occupé à dessiner n'est pas recouvert. Pas à pas, millimètre par millimètre, mes traits remplissent l'espace vierge que je découvre puis recouvre, progressivement. Je ne reviens pas en arrière, ou exceptionnellement.

Tous les détails que je décèle sur une photo couleur, ma perception de ce qu'elle dévoile, les impressions qui m’envahissent au fur et à mesure de son observation, je les transforme en une impression avec mes mines, en noir et blanc, sur le papier...

Puisse cette impression à la mine de plomb, ce dessin, traduire l’impression de mes sentiments d’incompréhension face à une telle absurdité ; l'impression d’un besoin de la montrer pour que l’on sache ; l’impression intime d’un sentiment d’amour du monde qui m’entoure. Ce monde, je désirerais tant qu'il devienne meilleur, même si ce désir peut paraître inassouvissable, inapaisable ...

 

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Dans les prochains jours, vous découvrirez enfin la photo de presse, primée,

cette photo qui m’a bouleversé, qui m'a inspiré ce dessin.

Je vous raconterai ensuite l’épilogue de son histoire...

 Sera-t-il heureux, ou plus terrible encore ?   

 

12 - insoutenable détresse - une guerre sans fin - Kiwanja

  format du dessin  30 x 40 cm 

 


 
VENDREDI 16 DECEMBRE 2016  
 
 

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  2008 © Jérôme DELAY


   PRIX BAYEUX-CALVADOS DES CORRESPONDANTS DE GUERRE DE L'ANNEE 2009 

  1er prix du jury public et 3e prix du jury international (catégorie photo)

 


Jérôme DELAY Jerome-DELAY.jpg (ASSOCIATED PRESS)

 

Première ville libérée de France continentale en juin 1944, la ville normande de Bayeux, associée au Conseil général du Calvados, a lancé en 1994, dans le cadre du 50e anniversaire du Débarquement en Normandie, cet événement international annuel qui consiste en la remise d'un Prix prestigieux à des journalistes du monde entier qui exercent leur métier dans des conditions périlleuses pour nous permettre d'accéder à une information libre. 

Au-delà de la remise de trophées (qui concernent toutes les catégories de médias - presse écrite, radio, télévision et photographie -), le Prix Bayeux-Calvados des correspondants de guerre propose chaque année une semaine riche en échanges, rencontres, débats avec le public pour prendre le temps de mieux comprendre l'actualité internationale. 


 

Jérôme Delay avait suivi l'offensive du général Laurent Nkunda dans le Nord Kivu à l'automne 2008.  

 

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Il avait photographié, inlassablement -12000 clichés -, afin que l'on sache de par le monde ; il voulait porter un regard objectif sur ces milliers de déplacés, ces milliers de réfugiés ; il voulait faire connaître à tous ce regard objectif sur une population meurtrie, si souvent oubliée.  

 

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 Jérôme DELAY présentait ensuite - à l'occasion de l'édition 2010 du Prix Bayeux des correspondants de guerre - 180 de ses photos (sous forme de tapisserie, clin d’œil à la célèbre tapisserie de la ville !) lors d'une exposition intitulée "Congo, une guerre sans fin".   

 12 - insoutenable détresse - une guerre sans fin - Kiwanja

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Il avait photographié Protegee :

elle n'avait pu lui dire que son prénom,

elle avait juste pu lui dire qu'elle était à la recherche de sa mère...  

 

L'histoire de cette photo aurait pu s'arrêter là, sans cette consécration par le public. Ce prix l'avait rendue célèbre. Sa publication dans de nombreux médias avait rapidement suscité l'émoi et l'envoi de centaines d'e-mails de personnes à travers le monde nourrissant l'espoir que quelqu'un, l'auteur de la photo peut-être, pourrait tenter de partir pour les retrouver et les aider.  

Alors, Jérôme Delay était retourné à Kiwanja, appareil numérique et photo à la main, avec l'espoir ténu, vain peut-être, de revoir ces fillettes vivantes et les aider à retrouver leur famille ; à moins que ces vœux ne soient déjà réalisés...

 


DIMANCHE 18 DECEMBRE 

"J'ai photographié la guerre et les réfugiés partout dans le monde depuis le début des années 1980. 

Je n’ignorais pas que mes chances de succès étaient minces en décidant de partir à la recherché de Protegee et de sa nièce. Mais j’avais été particulièrement touché par les réactions des lecteurs à la publication de cette enfant au visage défiguré par la peur et le désespoir, portée par une fillette en détresse : j'étais déterminé à essayer de les retrouver et de les aider.

Je n'ignorais pas que mes chances de succès étaient minces : je voyais des enfants marchant seuls sur les routes chaque jour. Des années de violence sporadique dans l'Est du Congo et les récents combats entre l'armée et les combattants fidèles au chef rebelle Laurent Nkunda avaient déplacé au moins 250 000 personnes, et ce malgré la présence de la plus importante au monde des forces de paix des Nations Unies. Des centaines d'enfants avaient été séparés de leurs familles depuis que les combats avaient éclaté en août et en une semaine, selon l'UNICEF, plus de 1600 enfants de la province du Nord Kivu étaient à la recherche de leurs parents. Leur jeune âge et leur incapacité à donner des informations détaillées - ainsi que le manque de documents officiels dans la campagne congolaise - rendaient encore plus difficiles ces recherches.

Kiwanja est une ville typiquement africaine avec une bande de chemin de terre bordée de quelques petits magasins  en guise de rue principale, un rond-point, un carrefour, et les bidonvilles tentaculaires s’étendant à l'infini sur les collines avoisinantes. Atteindre Kiwanja signifiait traverser une ligne de front instable à quelques kilomètres au nord de Goma, croiser des centaines de rebelles lourdement armés et les troupes gouvernementales déployées de chaque côté, parcourir un trajet cahotant de deux heures sur une route anciennement pavée, devenue aujourd'hui un nid de poule géant.

La photo de Protegee et Reponse à la main, j'ai commencé à questionner autour de moi. Les femmes fronçaient les sourcils : elles ne connaissaient pas ces filles. Pas plus de chance à la cour d'école ou à la clinique. Sur le point de rentrer à Goma, je me suis encore arrêté près d'une base des Nations Unies. Quelques jours plus tôt à peine, sa périphérie avait en effet accueilli des milliers de réfugiés. Pourtant, il ne restait plus que des squelettes de huttes de fortune et une tente blanche du UNHCR. (agence des Nations Unies pour les réfugiés).

 

Je me suis aventuré à l'intérieur de la tente. Là, les yeux de Maria Mukeshimani se sont éclairés à la vue de la photo. La femme, qui avait elle-même été déplacée suite aux violences, connaissait ces enfants : elle les avait vus dans cette même tente cinq jours plus tôt et elle connaissait la mère de Protegee ainsi que son nom Esperance Nirakagori.  Esperance - le mot français pour l'espoir.

Esperance s’était, paraît-il, refugiée à l'église catholique locale de Kiwanja. Je suis arrivé là-bas, accueilli par les voix d'une chorale. C'était la messe du soir. «Quelqu'un sait-il si Espérance habite par ici ?" ai-je demandé.  Un homme âgé m'a répondu que je la trouverais dans une petite maison à proximité.

Vêtue d'une robe jaune et bleue, Espérance m’a accueilli. Son foulard était mouillé de sueur et elle parlait doucement. Je lui ai montré la photo et elle a souri à la vue des filles. Elle m’a expliqué que Protegee et Reponse avaient erré seules, égarées, pendant trois jours, lorsque la famille avait fui à pied leur village de Kiseguru, à une vingtaine de km de là. Protegee avait dormi une nuit dans une église, sans nourriture ni eau, blottie contre Reponse sous un léger foulard.

J’ai été soulagé d’apprendre qu'elle les avait retrouvées. Malheureusement, trop faible pour faire elle-même le voyage, elle avait dû les renvoyer aussitôt chez sa fille aînée, dans leur village, seules et à pied, car elle craignait pour leur sécurité à Kiwanja. Elle continuait à regarder la photo. Ce n'est que lorsque je lui dis que je reviendrais le lendemain matin pour la conduire et rejoindre les filles à Kiseguru que son visage s'illumina en un large sourire sincère.

Nous partîmes le lendemain après un arrêt dans un restaurant en ville. Esperance était calme durant tout le trajet. Arrivée dans le village, elle serrait la photo des filles pendant qu’elle marchait dans les rues, une ribambelle d'enfants excités dans son sillage.

Les retrouvailles avec Protegee et Reponse, dans une petite cabane en terre, furent brèves. Elles se sourirent mutuellement. Personne ne parlait. Protegee est une jeune fille timide qui n'avait que deux mois quand son père avait été tué au Congo de la dernière guerre sanglante.

 

"Etes-vous heureux de voir votre mère?" lui demandai-je. 

Elle répondit, d'une voix douce: "Oui."

 

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Esperance Nirakagori, Reponse et Protegee dans leur hutte à Kiseguru,

lors de leurs retrouvailles du 17 novembre 2008.  

 

Protegee raconta comment elle était arrivée épuisée à Kiseguru le 12 novembre. Quand elle avait voulu trouver refuge dans sa famille, elle avait trouvé la maison vide - sa sœur et les autres membres de sa famille avaient fui. Pendant cinq jours, elle avait attendu qu’un adulte arrive. Personne ne venait. Elle avait l'intention de partir pour Kiwanja et rejoindre sa mère le jour même où je l’avais photographiée.

Protegee, Reponse et Espérance sont maintenant revenues à Kiwanja. Elles ont installé un lit dans le coin d'une chambre dans la propriété de l'église catholique. A l'extérieur, le Programme alimentaire mondial de l’ONU distribue de la nourriture, mais la situation dans la ville reste volatile.

Avant mon départ, j'ai offert à Esperance la photographie des enfants. Elle l’a tendue à Protegee, qui, avec Reponse sur ses genoux, l’a longuement regardée. Je les ai laissées là, sur leur lit, serrant la photo, l'une de leurs rares possessions.

Quand je leur demandai quand elles retourneraient dans leur village, Esperance répondit : «Quand la guerre sera finie."

 

texte inspiré d'un interview en anglais de Jérôme DELAY

extraits - traduction personnelle

 

 

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Protegee ferme la porte de sa hutte avant de quitter le village de Kiseguru,

pour la seconde fois, le 17 novembre. 

2008 ©  Jérôme DELHAY


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Protegee est suivie d’une ribambelle d’enfants en quittant Kiseguru.

  2008 ©  Jérôme DELHAY 

 

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Protegee montre comment elle enroulait une couverture sur elles

lorsqu’elle dormait dans l’église avec sa nièce.

2008 ©  Jérôme DELHAY

 

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Protegee montre l’église où elle a passé une nuit avec sa nièce Reponse. 

2008 ©  Jérôme DELHAY


Mes principales sources d'information pour la rédaction de "insoutenable détresse" :

 

Le prix Bayeux-Calvados des correspondants de guerre

Le Soir : les carnets de Colette Braeckman

The Sacramento Bee : Congo conflict continues

Human Rights Watch : killings in Kiwanja

reliefweb : massacres à Kiwanja

 

Human Rights Watch : massacres à Kiwanja : rapport PDF

 

Un blog d'un africain sur le bilan du massacre 

The Digital Journalist : finding Protegee and Reponse

The Sacramento Bee : children and mother reunited.

mouche-copie-1.gifImage du Blog ypjane.centerblog.net

02 décembre 2017

Souris à tes rides, apprends à les aimer...

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LUNDI 14 MARS 2016

"Oui, souris à tes rides, apprends à les aimer, elles parlent de ta vie,

elles parlent du temps, de l'énergie qui circule."

(Boris Razon)

En ouverture de cet article de présentation d'un dessin qui m'est cher  - s'il est nouveau ici, il fut déjà présenté sur mon précédent blog -, j'ai choisi cette citation de Boris Razon, journaliste français, ancien rédacteur en chef de Le Monde.fr, actuellement à la tête du département Nouvelles Écritures de France Télévisions, qui publia chez Stock en 2013 le roman Palladium (Stock).

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MERCREDI 16 MARS 2016 

Boris Razon a vécu tout ce qu'il rapporte dans son premier roman Palladium qu'il a mis sept ans à écrire et réécrire (il projetait de l’étaler sur trois tomes mais on le retrouve sur moins de 500 pages serrées). En 2005, subitement, tout en lui s’engourdit. Il a des fourmis dans les doigts. Un mal violent dans la colonne vertébrale lui coupe le souffle, comme un étau sur la poitrine, comme une mâchoire qui se refermerait cruellement sur le milieu du dos.

Il est terrassé par une maladie méningo-polyradiculonévrite ou syndrome de Guillain-Barré atypique, une affection auto-immune qui touche le système nerveux périphérique et le conduit à la tétraplégie. Toute communication lui est impossible. L’enfer à ciel ouvert. Il connaît alors six mois d'emprisonnement en soi transformé en foetus, immobile, et coincé dans mon enveloppe. Intubé, ventilé, dépendant à 100%. Il guérit pourtant. Ses pieds vont plus doucement désormais, mais ils vont. Si on ne sait pas, ce ralenti dans sa façon de s’exprimer fait croire à de la timidité.

Alors, il sait de quoi il parle lorsqu'il écrit : ... souris à tes rides ... elles parlent de ta vie ... elles parlent de l’énergie qui circule ..., et l'on imagine - oh, juste un peu - ce qu’il ressent...

lien : Boris Razon, quand sa vie a basculé dans la fiction.

lien : Boris Razon, un enfer à ciel ouvert.

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première étape du dessin "Souris à tes rides, apprends à les aimer".

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VENDREDI 18 MARS 2016 

Ces 8 entrelaçés tout en courbes, ces sortes de boudins ou rouleaux sources de soucis quand je les ai dessinés, que représentent-ils ? Une bague, bien sûr, vous l’avez deviné, en argent très probablement. Sera-t-elle portée par des doigts de fée ?

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Cette superbe photo en noir et blanc découverte Il y a quelques années, par hasard, sur http://www.flickr.com/ m'a toujours fasciné : je me devais, et me réjouissais, de la dessiner. La photo s’intitule Hands of 87 years - my mother's hands ce qui signifie mains de 87 ans - les mains de ma mère. Jamais je n'ai trouvé renseignement précis à propos de l'énigmatique photographe répondant à l'époque au pseudonyme Gaspi Your Guide, et que je viens à peine de retrouver, cette fois sous le nom Gary H. Spielvogel ; à nouveau de manière très imprécise, secrète même, sans aucune autre référence. Tout ce que j'ai lu, mais est-ce bien certain ?, c'est que cette photo, prise aux Caraïbes en 1989, fut à cette époque primée à divers concours.

Vous l’avez compris, j’ai relevé le pari de dessiner des mains ridées, des mains qui parlent de la vie, des mains qui parlent de l'énergie qui circule ! Le sujet choisi me demande une précision extrême dans l’observation de la photo, beaucoup de rigueur dans le travail et une grande patience : tout cela ne peut que me réjouir. Il m’arrive souvent, même, d’utiliser l’écran de l’ordinateur pour agrandir à outrance les détails de la photo...

Vous remarquerez ci-dessous à droite que j'ai choisi, comme sur la photo d'origine que je vous dévoilerai le moment adéquat, de dessiner un fond noir : un long et parfois fastidieux travail en perspective, mais qui me permettra ainsi de mieux mettre la main en valeur.  

deuxième étape du dessin "Souris à tes rides, apprends à les aimer".

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DIMANCHE 20 MARS 2016 

"Le premier jour de la vieillesse n'est pas celui où une ride plisse notre front, où un cheveu blanc se montre à nos tempes ; c'est celui où l'imagination s'affaisse sous le poids des souvenirs ; où nous disons hier plus volontiers que demain, j'ai fait plus complaisamment que je ferai."

Citation de Marie de Flavigny, comtesse d’Agoult "Esquisses morales" (1849).

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 troisième étape du dessin "Souris à tes rides, apprends à les aimer".

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LUNDI 21 MARS 2016 

Quand on approche de la vieillesse, il ne faut s'occuper que du soin de faire un meilleur usage du temps qui reste à vivre, qu'on n'a fait de celui qu'on a vécu, et ne songer à son existence que pour se préparer à la perdre bientôt.

Citation de Jean-Jacques Rousseau "Pensées d'un esprit droit" (1826).

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  quatrième étape du dessin "Souris à tes rides, apprends à les aimer".

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MARDI 22 MARS 2016  

Quand la grâce se mêle aux rides, elle est adorable : il y a on ne sait quelle aurore dans de la vieillesse épanouie.

Victor Hugo "Les Misérables" (1862).

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  cinquième étape du dessin "Souris à tes rides, apprends à les aimer".

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MERCREDI 23 MARS 2016  

La vieillesse craint de soulever le voile de l'avenir qui cache sa tombe ; elle porte les yeux en arrière, parcourt d'un regard rapide les pages d'or de sa vie passée, et s'exclame, hélas, à regret : j'ai vécu.

Citation de Madame Necker  "Souvenirs et pensées" (1784).

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sixième étape du dessin "Souris à tes rides, apprends à les aimer".

Cette première main terminée, je la trouve si belle.  Ses veines gonflées sous la peau lui apportent chaleur et vie.  Ses veines gonflées sous les rides parlent de l'énergie qui circule...  Ces rides, pour réussir à les reproduire, j'ai presque dû les démêler.  Elles m'ont appris à regarder et observer les miennes différemment, à chaque étape de l'évolution du dessin.  Certes, que de différences, mais aussi que de ressemblances ; caressez votre peau, plissez-la, faites glisser les veines sous vos doigts : vous verrez...

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 JEUDI 24 MARS 2016  

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septième étape du dessin "Souris à tes rides, apprends à les aimer".

 

Les rides devraient simplement être l'empreinte des sourires.

Citation de Mark Twain "En suivant l'équateur" (1897).

Ces doigts qui portent une bague attirant le regard, ces ongles si bien soignés sont d'une merveilleuse élégance.  Je me souviens : il y a trois ans, j'exposais au Centre culturel de Theux.  Ce dessin était en cours d'élaboration : je le dessinais devant les visiteurs attentifs, intrigués.  Une dame, longuement, a observé les doigts et les ongles de ces "mains de 87 ans"...  Elle m'a souri : elle avait envie de me faire part de ses sentiments, elle tenait à m'expliquer en quelques mots combien ces mains étaient soignées, cela... "jusqu'au bout des ongles !". Elle a admiré ces ongles bien coupés qui laissaient supposer que - probablement - ils appartenaient à une dame âgée, fière et coquette.  Puis, très émue, elle m'a parlé de sa maman, alitée en Maison de retraite, sans chercher à dissimuler les larmes qui lui venaient aux yeux : chaque semaine, elle se faisait une joie que ses ongles soient taillés "dans les règles de l'art"...

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huitième étape du dessin "Souris à tes rides, apprends à les aimer".

VENDREDI 25 MARS 2016  

L'amour naît d'un sourire, niche dans une fossette, et meurt d'une ride.

Citation de Paul Masson "Les pensées d'un Yoghi" (1896).

Près de cette dame très émue, une visiteuse attentive, médecin généraliste, porte un regard de professionnelle sur ces ongles : sans doute, l'une ou l'autre carence alimentaire explique-t-elle leurs stries bien apparentes ?  Effectivement : j'ai par la suite découvert que l’examen des ongles (ou onychologie : l'étude de la forme des ongles, de leur couleur et texture) donne des indications concernant les carences alimentaires possibles ou certaines tendances cardiaques ou respiratoires.  Des ongles trop longs ou trop petits peuvent être indicateurs de faiblesse métabolique ou de manque de vivacité.  Un ongle étroit indiquerait plutôt une tendance à une hypersensibilité.  Les ongles striés dans le sens de la longueur, porteurs de taches blanches dites d’albugo, indiqueraient généralement une carence en zinc, en silice ou en magnésium, ou une insuffisance de fonctionnement de la glande thyroïde, aboutissant à une déshydratation des ongles qui poussent alors à des épaisseurs variables.  Un ongle plat serait un indicateur de troubles gynécologiques chez la femme, ou d’anémie, plus généralement. 

Toutefois, ne vous inquiétez pas outre mesure, surtout si comme moi vous n'êtes plus très, très jeune : dans la plupart des cas, les ongles striés sont heureusement et essentiellement liés au vieillissement naturel...

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SAMEDI 26 MARS 2016  

 L'absence est une ride du souvenir. C'est la douceur d'une caresse, un petit poème oublié sur la table.

Citation de Tahar Ben Jelloun  "Moha le fou, Moha le sage" (1978).

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DIMANCHE 27 MARS 2016 

J'ai choisi de terminer cet article en vous proposant un poème de Baudelaire, un texte en prose illustrant ce thème cher à l'écrivain de la "non-communication" : ici, entre les deux âges opposés de l'être humain, entre les deux extrémités de la vie, la naissance et la mort. Il me semble que chacun pourra, selon son ressenti, établir aisément un parallèle (ou une divergence de vue) entre ce texte et ce que mon dessin montre ou suggère...

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Baudelaire : un génie des sentiments...

Le Désespoir de la vieille

La petite vieille ratatinée se sentit toute réjouie en voyant ce joli enfant à qui chacun faisait fête, à qui tout le monde voulait plaire ; ce joli être, si fragile comme elle, la petite vieille, et, comme elle aussi, sans dents et sans cheveux.
Et elle s’approcha de lui, voulant lui faire des risettes et des mines agréables.
Mais l’enfant épouvanté se débattait sous les caresses de la bonne femme décrépite, et remplissait la maison de ses glapissements.
Alors la bonne vieille se retira dans sa solitude éternelle, et elle pleurait dans un coin, se disant : — « Ah ! pour nous, malheureuses vieilles femelles, l’âge est passé de plaire, même aux innocents ; et nous faisons horreur aux petits enfants que nous voulons aimer ! »

Charles Baudelaire, Petits poèmes en prose, 1869

Baudelaire écrit dans un registre littéraire évoluant dans une délibérée désinvolture en choisissant des mots familiers comme "ratatinée", "risettes", "décrépite" ou "femelles" qui n'appartiennent pas a priori au registre poétique habituel, à la "norme" (mais Baudelaire méprise la norme). Tout est décrit sans fard ni artifice, avec le mot direct. Cependant, il refuse de s’apitoyer en présentant, sans aucune autre forme de commentaire, la réalité nue et terrible...

Lorsqu’il écrit ces quelques mots, remarquables par leur violence et leur vigueur, tellement tristes et cruels, en même temps remplis de compassion, il se trouve endetté à Bruxelles, usé par la drogue et l’alcool : il souhaite entreprendre une tournée de conférences.  Hélas, ses talents de critique d’art éclairé n’attirent plus grand monde... Fatigué de lutter pour une vie qu'il n'aime plus, il analyse ses états d’âme dans cette prose poétique.  Comme cette vieille, le poète se sent rejeté, esseulé, incapable de communiquer...

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31 août 2016

Un dessin de soldat en terre cuite de l’armée enterrée de Qin Shi Huang.

Depuis le 4 juin, présentation d'un nouveau dessin pas à pas,

un soldat de l'armée millénaire du premier empereur de Chine,

QIN SHI HUANG (prononcer tchin che rhou-agne).

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- ultime mise à jour, en bas de page, le samedi 18 juin -

 

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SAMEDI 4 JUIN 2016    Qin Shi Huang, le César de la Chine

Bien avant l'ère des chrétiens, la Chine était écartelée en une multitude de royaumes et états guerriers, chacun sous le contrôle de seigneurs féodaux, ce qui engendrait une grande instabilité. 

De plus en plus, les 37 générations de la dynastie Qin et les penseurs de l’époque aspiraient à l’unité, tout en exerçant un pouvoir politique, militaire et économique sans précédent sur l’empire de Chine, et en faisant progresser son niveau social, culturel et artistique.

   

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plaine chinoise à la fin des Royaumes combattants (source : wikipedia)

     

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Qin Shi Huang (source : wikipedia)

 

On le surnomme "le César de la Chine". 

Autoritaire, il se fait appeler Zheng, "Homme-Dieu".

Le Prince Zheng, né en 259 avant notre ère, réalise le rêve auquel ses prédécesseurs aspiraient : il s’autoproclame Shihuang des Qin, c’est-à-dire "Premier Auguste Empereur de Qin".

Il monte sur le trône encore adolescent, abolit l’état féodal pour doter la Chine d’un régime impérial qui, tant bien que mal, ne s’éteindra qu’en 1911.

Il devient le fondateur du premier empire unifié de l’histoire chinoise.

 

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Soldat en terre cuite de l'armée de l'empereur

étape 1 - gros plan sur le visage (grandeur réelle : ± 9 x 5 cm)

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LUNDI 6 JUIN 2016     Qin Shi Huang, son oeuvre

Qin Shi Huang promulgue des réformes politiques et économiques majeures à travers le pays.

Il standardise le système des poids et mesures, afin de calculer l’impôt en nature de manière exacte.

Il codifie les dimensions des essieux des roues de chars et charrettes.

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 Il impose une monnaie ronde, carrée en son centre

- pour les Chinois, le ciel est rond, la terre est carrée -,

unité monétaire qui restera en place

jusqu’à Mao Tsé-Toung.


Il unifie les caractères chinois en créant une écriture « petite sigillaire »

- c'est dramatique : tout en brûlant les livres classiques et en exterminant les lettrés ! -  

afin d’installer une langue et un seul système de communication.

                   

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Il entreprend de réunir et surtout de développer des tronçons de fortifications existants pour en faire un système défensif cohérent contre les invasions venues du nord : un projet extravagant, insensé... qui se poursuivra jusque sous les Ming (1368-1644) ! Ces travaux ont produit le plus gigantesque ouvrage de génie militaire du monde, la fameuse Grande Muraille de Chine. Son importance historique et stratégique n'a d'égale que sa valeur architecturale.

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carte de l'histoire de la construction de la Grande Muraille de Chine (source : wikipédia)

un clic ici, ou sur la carte, vous permettra de la visualiser dans ses moindres détails

 

Enfin, et j'y consacrerai entièrement la suite de cet article, il entreprend la construction de son fameux mausolée bâti sur son tombeau, encore inexploré de nos jours et protégé par une armée de milliers de soldats en terre cuite.

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Soldat en terre cuite de l'armée de l'empereur

étape 2 - visage et partie de l'armure (grandeur réelle : ± 13 x14 cm)

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MERCREDI 8 JUIN 2016    

Qin Shi Huang, son oeuvre, selon Sima Qian et son livre Shiji

Le Premier empereur de Chine se comporte comme un despote : on le dit tyran, sanguinaire, mégalomane… Obsédé par l’immortalité dès le début de son règne, il réquisitionne, à l’âge de 26 ans, 700 000 ouvriers, et débute la construction d’un complexe funéraire sur 56,25 km2 – l’équivalent d’un carré de 7,5 km de côté - qui durera 38 ans.

Le mausolée, le plus important jamais construit de l’histoire chinoise, sera un palais souterrain, enfoui sous un gigantesque tumulus d’une hauteur de plus de 50 mètres, bâti à l’intérieur d’une enceinte rectangulaire à double paroi, protégé par une grande armée : toujours dans l’obsession d’un ennemi, jusque dans l’au-delà.  Des arbres plantés, à la fin des travaux, sur la vaste butte, lui donnent un air de colline verdoyante, mais les alentours ne sont que champs de maïs et de blé.

 

La seule description que l’on en possède provient du livre Shiji (Mémoires historiques) de l’historien chinois Sima Qian, écrit un siècle après la mort de l’empereur, un livre qui couvre l’histoire chinoise jusqu’à l’époque où vécut son auteur, un livre comparable aux Histoires d’Hérodote.

        

 

 

 

 

 

      

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CLIC SUR L'IMAGE

L’on pourrait penser que le récit relève de la science-fiction… On transporte des modèles de maisons, de bâtiments officiels, les objets les plus précieux. Des rivières de mercure représentant les deux grands fleuves de Chine, le Jaune et le Yangzi, sont mises en mouvement par des machines sophistiquées. Les vapeurs mortelles protégeraient la tombe des pilleurs, tout comme un système d’arbalètes au déclenchement automatique. La voûte est incrustée de perles symbolisant le soleil, la lune, les étoiles ; au sol, ce sont les planisphères de l’empire chinois. Les concubines sans enfants, les artisans, les ouvriers qui auparavant avaient subi le supplice de la castration, sont enterrés vivants.

Pure fantaisie que tout cela ? C’est ce qu'imaginait l’archéologue Wang Xueli, l’un des plus grands experts de la nécropole, avant d’étudier la composition chimique du sol sous le monticule, en 1981. Il a trouvé du mercure, beaucoup de mercure. Nous mesurons des taux jusqu’à 100 fois plus élevés que la normale, dit l’archéologue, qui a travaillé 14 ans sur le site…

 

Ces constations semblent corroborer les écrits de Shiji...

A bientôt, pour la suite !

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Soldat en terre cuite de l'armée de l'empereur

étape 3 - visage et torse protégé par une armure (grandeur réelle : ± 15 x 21 cm)

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SAMEDI 11 JUIN 2016     Histoire de la découverte de l'armée en terre cuite

Mars 1974.

La sécheresse menace les récoltes si l’eau ne les irrigue pas… Les paysans sortent pelles et outils et creusent des puits. À environ 1 500 mètres du tumulus jamais exploré, présumé recouvrir le tombeau du Premier empereur de Chine, Yang Zhifa et ses frères buttent sur des fragments de terre cuite, puis sur des flèches en bronze. La trouvaille se révèle bientôt sensationnelle : ces fragments apparaissent provenir de guerriers en terre rouge cuite. Les chefs du village sont prévenus et l'information remonte aux autorités de la ville, puis de la capitale : les archéologues sont informés.

Telles est la version officielle de l’événement largement exploitée par le gouvernement de Mao Zedong, celle qui met en scène le petit peuple... Quoi qu'il en soit, les faits, indéniables, attestent le caractère exceptionnel de cette découverte.

Mai 1974.

Une équipe d’archéologues se rend sur les lieux pour entreprendre – négligemment, sans protection contre les intempéries - les premières fouilles de ce qui va devenir la plus grande découverte archéologique du 20e siècle. Ce n'est pourtant qu'en 1982, grâce à une nouvelle loi sur la sauvegarde des monuments, que le site se dote des infrastructures nécessaires. En 1987, le site est inscrit à la Liste du Patrimoine mondial de l’humanité. La mise au jour du tombeau de l’empereur s’annonce comme le défi archéologique des prochaines années.

                   

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Rien de comparable n'existe. Pas même la grande pyramide de Gizeh, en Égypte... La pyramide, ce n’est qu’un tombeau. Ici, nous parlons d’une vaste nécropole, d'une ville souterraine où les découvertes archéologiques s’enchaînent les unes après les autres.

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  Et ce n’est qu’à partir de 1991 que vu l’ampleur de la tâche, le vaste chantier s’ouvre progressivement aux chercheurs étrangers, même si, jusqu'il y a peu encore, la fierté nationale rendait difficile toute aide étrangère, comme cette offre de financement refusée, faite il y a quelques années par une chaîne de télévision japonaise, rêvant d'introduire une minuscule caméra high-tech dans le tombeau de Qin Shi Huang...

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Soldat en terre cuite de l'armée de l'empereur

étape 4 - visage, buste et armure, bras et main (grandeur réelle : ± 15 x 24 cm)

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 MARDI 14 JUIN 2016        Des guerriers à la pelle !

Depuis plus de 40 ans, une véritable armée de guerriers en terre cuite grandeur nature, avec chevaux, chars et armes en bronze, sort de terre jour après jour. Sculptés dans les moindres détails, les soldats présentent des visages uniques, tous différents. Des chefs-d'œuvre de réalisme !

 

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Jusqu’à présent, on en dénombre environ sept mille à avoir accompagné leur maître dans l'au-delà. Ils témoignent de la mode vestimentaire de l’époque, des coiffures, des armures : c’est un document inestimable, une photo de l’histoire !

Sans doute ne représentent-ils que la garde, l’avant-poste veillant sur la nécropole ; et il reste probablement encore des milliers de statues à mettre au jour. Personne ne sait vraiment pourquoi cette immense armée tomba dans l'oubli et ne fut redécouverte que plus de deux millénaires plus tard. Les épées, lances, hallebardes à crochet pour désarçonner les cavaliers, flèches et autres carreaux de bronze ont été consolidés par une couche de chrome pour les rendre indestructibles. (en Europe le procédé de l’oxyde de chrome n’a été mis au point par le chimiste français Louis Nicolas Vauquelin qu’en 1797 !). Tous les soldats avec d'un côté les fantassins, de l'autre les archers et arbalétriers, sont disposés en ordre de bataille parfait, orientés vers l'ouest pour protéger le tombeau auquel ils tournent le dos. L'ennemi mongol n'a qu'à bien se tenir !

 

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On dénombre près de six cents chevaux sculptés, de race Prejvalski, avec leur harnachement et parfois leur char. Posséder de nombreux chars était un signe évident de richesse, dit Duan Qingbo qui dirige l’équipe d’archéologues sur le site. L’empereur les a emportés avec lui dans la tombe : comme si, dans 2 000 ans, on découvrait, enterrée près de Bill Gates, une collection de Mercedes-Benz !

 

Les vestiges totalisent plus de six cents sites dans une zone qui couvre 56,25 kilomètres carrés. Par ailleurs, on se doute que quelques dizaines de concubines ont été ensevelies quelque part, peut-être même une reproduction complète de son gouvernement, de sa cour, de ses fonctionnaires : les hommes de guerre ont échappé à ce sort en étant "simplement" modelés.

Des milliers de touristes visitent chaque jour les trois différents sites auxquels ils ont accès, trois vastes fosses rassemblant la majorité des statues de soldats découvertes. De larges bâtiments sont édifiés pour protéger les fosses. L'ensemble de ces statues était à l'époque recouvert par de grandes poutres dont on peut observer les fondations à certains endroits.

 

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Même si, avec les siècles, un grand nombre de statues a été endommagé, ou saccagé par d'autres conquérants sous d'autres dynasties, une grande partie a été fidèlement restaurée et la vision de ces milliers de soldats debout, combattants en arme aux visages figés, offre un spectacle saisissant.

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Soldat en terre cuite de l'armée de l'empereur

étape 4 - visage, buste et armure, mains et bras posé sur genoux (grandeur réelle : ± 15 x 26 cm)

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SAMEDI 18 JUIN 2016      Si l'on pénétrait à l'intérieur du Mausolée...

Lorsqu’ils furent mis au jour, les soldats de l'armée de terracotta de l’empereur Qin étaient tous peints ; peu de temps après qu’on les eut dégagés du sol, la peinture s’écailla et tomba.

Selon l’archéologue en chef responsable des fouilles, Duan Qingbo, ouvrir maintenant le mausolée de l’empereur Qin scellé depuis des siècles modifierait immanquablement son environnement intérieur. Personne ne peut garantir que les objets que l’on trouverait, dès qu’ils seraient exposés à l’oxygène, à la lumière et aux bactéries, ne se détérioreraient pas ou même, s'agissant des étoffes, des soieries, des parchemins ou des fresques, ne se désintégreraient pas purement et simplement en poussière...

Les archéologues sont convaincus que tant qu'ils ne sont pas absolument certains de réaliser un travail de qualité, il est préférable de laisser le tombeau intact et de confier la poursuite des fouilles aux prochaines générations, car pour le moment, la Chine ne possède ni la technologie ni l’expertise nécessaires pour ouvrir ce tombeau, ni d’ailleurs les moyens financiers : mettre à découvert la sépulture nécessiterait, c'est certain, des investissements colossaux !

         

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D’ailleurs, même s’ils le voulaient, les archéologues se heurteraient à la position inflexible du Conseil d’Etat, l’instance suprême chinoise, qui s’en tient à sa dernière décision de 1997 de ne pas approuver l’excavation, dans un avenir proche, de tout mausolée d’empereur important.

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Lorsque les Chinois décideront d’aller de l’avant, trouveront-ils un tombeau vide, pillé des siècles plus tôt, comme ce fut le cas pour les pyramides d’Égypte? "Les textes anciens indiquent que la sépulture a été profanée", explique Duan Qingo. Si on les croit, le repos éternel de l’empereur a été plutôt court. À sa mort, les paysans se sont révoltés. Plus d’un million d’entre eux, soit 5% de la population de l’empire, avaient été réduits en esclavage pour bâtir la Grande Muraille et la nécropole. Ils seraient descendus dans la fosse où se trouvait l’armée de terre cuite et auraient volé la plupart des armes, brisant les statues sur leur passage. C’est en partie dans cet état, en morceaux, que les archéologues ont en effet trouvé bon nombre de ces dernières en 1974…

D’autres chercheurs estiment quant à eux que les insurgés ne se sont pas rendus jusqu’à la chambre funéraire, expliquant que l’armée de terre cuite n’était enterrée qu’à six mètres de profondeur. Se rendre à trente, quarante ou cinquante mètres sous terre est beaucoup plus difficile, de plus, selon les écrits historiques, sous des rivières de mercure nocives, véritable poison... 

Des solutions seront trouvées, ou existent déjà : elles seront vraisemblablement mises un jour en pratique par les responsables chinois. Peut-être décideront-ils d'utiliser des techniques de télédétection... Peut-être introduira-t-on à l’intérieur du monument une caméra miniature, une intrusion qui coûterait moins cher qu’une opération à plus grande échelle et permettrait d’en apprendre beaucoup en ne causant que des dégâts minimes…

Ce qui est sûr, c'est que l'avenir promet d'être passionnant...

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Soldat en terre cuite de l'armée de l'empereur

dessin achevé  -  17 x 37 cm

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Mes sources principales d'informations pour l'élaboration de cet article :

UNESCO - liste du patrimoine mondial

Les soldats en terre cuite de Qin Shi huang

soldats terracotta qin shi huang : mausolée de l'empereur : entre mythe et réalité

herodote.net : Qin Shi Huangdi - L'armée immortelle de l'empereur Qin

Hélène de Ribaupierre : travail de mémoire de Bachelor en Système d’Information

lactualite.com : l'armée millénaire de l'empereur de Chine

Liberation.fr : la nouvelle garde de l'empereur

wikipedia.org : Mausolée de l'empereur Qin

blogs.mediapart.fr - Yves Faucoup - Armée en terre cuite : le tyran se cache dans les détails

rtbf.be - les fouilles reprennent dans le mausolée de l'empereur Qin

maxisciences.com : les soldats de l'armée en terre cuite portaient de redoutables armes

decouvertes-archeologiques : l'immense tombeau de la grand-mère du Premier Empereur de Chine

 http://www.voyage-chine.com : L’armée de soldat en terre cuite de l’empereur Qing

guide-de-voyage.com : L'armée enterrée de soldats en terre cuite - Chine 

 

 

16 mars 2015

Achala, nomade, Achala, Rabari.

Nouvelle publication d'un dessin déjà présenté en août 2014.

 

En consultant -en bas d'article- les mises à jour régulières,

-LA DERNIERE EN DATE CE LUNDI 4 AOUT-

vous verrez progressivement grandir ce portrait d'Achala le Rabari

et connaîtrez l'histoire et le mode de vie de ce peuple nomade.

LUNDI 30 JUIN 2014

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Dès ce mercredi 2 juillet, en ce début de mois de vacances et de voyages, c’est vers le nord de l'Inde que mes mines guideront mes pas, jour après jour, en votre compagnie si le voyage vous tente, à la rencontre des Rabaris, ce peuple qui parcourt les territoires du Gudjarat, du Pendjab, du Harayana et du Rajasthan, le long de la frontière avec le Pakistan ; nous voyagerons à la faveur d'un dessin évolutif que je vous avais déjà proposé à pareille époque sur mon blog précédent il y a 3 ans, un dessin agrémenté de quelques superbes photos d'artistes de renom et de diverses explications glanées sur la toile quant au mode de vie de ces nomades aux origines lointaines et méconnues, au futur incertain.

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Venez avec moi à la rencontre d'Achala, un Rabari, berger comme ses frères !

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MERCREDI 2 JUILLET

Ce peuple de pasteurs nomades, depuis des siècles et des siècles, parcourt les territoires du Gudjarat, du Pendjab, du Harayana et du Rajasthan, situés le long de la frontière avec le Pakistan. 

 

Rabari signifie « hors du chemin ».

 

Ils seraient originaires du Baluchistan (une région du Pakistan), et auraient migré vers l'Inde il y a plus d'un millénaire.  Certaines sources les apparente parfois au peuple des Tsiganes.  Le mythe décrivant les origines des Rabaris raconte que leurs hommes ont épousé les Apsaras, ces demi-déesses, des nymphes célestes à la beauté séduisante qui habitaient les cieux et les airs et marchaient sur l’eau.

Chez les Rabaris, la plupart des hommes portent un costume composé d’un large pantalon blanc orné, parfois, de discrets motifs de couleurs, et d'une chemise courte -blanche également- avec de longues et amples manches.  Achala, vous le verrez, fait honneur à la tradition : un turban immaculé complète le plus souvent ce costume.  Ils arborent parfois deux grosses boucles d’oreille de forme semi-conique assez lourdes appelées « Toliya »qui traversent le cartilage de l’oreille de part et d’autre : Achala n'en portera pas, vous le verrez, mais à la place, il a choisi... mais cela, il est encore un peu tôt pour en parler, attendons que le dessin vous le révèle bientôt !

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mise à jour du SAMEDI 5 JUILLET.

LA VIE DE NOMADE AVANT 1947 ... 

Depuis des siècles, basés dans leur région ancestrale du Kutch, les Rabaris partent en transhumance -sitôt la mousson estivale terminée- et sillonnent les plaines à la recherche de pâturages, en parfait accord avec les paysans des régions traversées, selon un mode de vie séculaire, rythmé par les saisons et les besoins de leurs troupeaux de chameaux, dromadaires, vaches, chèvres et moutons.

Depuis des siècles. 

Jusqu’en 1947.

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(Les agneaux, trop faibles pour parcourir de longs trajets, sont ménagés !)

Jusqu'en 1947, jusqu'à ce que la "révolution verte" lancée alors par le gouvernement indien

bouleverse progressivement, complètement et irrémédiablement leur vie. 

 

LA VIE DE NOMADE APRES 1947 ...

Une nouvelle politique agricole plus intensive, instaurée afin de nourrir une population humaine en pleine expansion, a mené à un épuisement des sols et, pour de multiples raisons que je tenterai de résumer bientôt, a obligé les Rabaris à abandonner leurs zones de pâture traditionnelles, à mener toujours plus loin leurs troupeaux, essentiellement composés de nos jours de chèvres et de moutons, et à devenir progressivement semi-nomades : en 2010, l’on estimait que seulement 2% de Rabaris sont encore nomades.

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Beaucoup vivent dans de petits hameaux de huttes rondes aux murs de boue et toits de chaume. 

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Sous une chaleur accablante, les hommes continuent, inlassablement, à sillonner -les routes cette fois– en quête de nouveaux pâturages, souvent en butte à l'hostilité des cultivateurs locaux qui les voient maintenant comme des envahisseurs, souvent en butte au racket et au mépris, pendant que les femmes redoublent d’astuce et d’intelligence pour vendre la laine et le beurre clarifié près des commerçants des villes proches.

Plus encore que le turban, c'est l'étoffe de la chemise d'Achala que j'ai aimé dessiner : vous la découvrirez bientôt... 

Davantage encore, le visage, ridé à souhait, m'a intéressé. Quel plaisir pour moi de le détailler ! En voici les premiers traits, ici, et ci-dessous.

Enfin, et surtout, j'ai craqué pour ses moustaches, de belles bacchantes...

Vraiment : j'ai littéralement jubilé en les dessinant, poil après poil !

 

 

 

 

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mise à jour du MARDI 8 JUILLET.

LES RABARIS : en voie vers une lente et inéluctable disparition ?

Le gouvernement indien, par sa révolution verte de 1947, a tenté de protéger les terres agricoles des dégradations dues à l’érosion et a procédé à des plantations d’arbustes qui, envahissant aussi les terres incultes que les Rabaris avaient coutume d’utiliser, ont condamné leur accès et limité les parcours traditionnels de transhumances.  Ces plantations se répandant le long des routes, les pasteurs ont même été contraints de se déplacer en leur bordure, cette situation provoquant ainsi des risques pour le bétail et de graves perturbations pour la circulation.

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Auparavant, les régions réservées aux cultures et celles propices à l’élevage étaient bien distinctes et les pasteurs n’entraient guère en concurrence avec les paysans locaux.  Par certaines réformes, le gouvernement a progressivement incité ces derniers à élever eux-mêmes d'autres espèces de bovidés.  Les vaches indigènes des Rabaris, dont les productions telles que les bouses pour la fumure, les peaux ou la traction étaient autrefois hautement appréciées par les agriculteurs que les nomades côtoyaient lors de leurs déplacements, ont alors perdu de leur valeur.  En tant que mode d’existence, le pastoralisme a par voie de conséquence été hautement déprécié car l'élevage intensif des buffles a été privilégié sur les exploitations agricoles comme source principale de revenus, les agriculteurs conservant désormais les résidus de cultures pour leurs propres animaux plutôt que de laisser les pasteurs les utiliser. 

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L’agriculture s’est intensifiée et des champs qui demeuraient toute l’année en jachère –prisés par le peuple nomade– ont désormais été exploités toute l’année pour des cultures et un élevage rentables, allant même parfois jusqu’à bloquer l’accès aux points d’eaux pour les pasteurs.  Les engrais chimiques ont supplanté le fumier autrefois tant apprécié.  Les rapports se sont détériorés, querelles et tensions sont venues remplacer l’harmonie d’antan, laissant le peuple des Rabaris, les frères d'Achala, dans la perplexité et l'incompréhension.

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Parlons aussi du secteur industriel : lui qui reposait autrefois sur le textile, et donc profitait aux Rabaris éleveurs, s’est diversifié avec l’exploitation de minéraux comme le bauxite, ou du pétrole et du gaz naturel.  En conséquence déplorable,  les nouvelles industries se sont souvent implantées sur des terres marginales, sources de fourrages pour les pasteurs au cours de leurs migrations.

Enfin, l’évolution climatique -ce réchauffement qui affecte la planète entière- ne joue pas non plus en faveur des Rabaris.  Ces dernières décennies, une tendance à des sécheresses prolongées répétitives est apparue,  ce qui a perturbé la croissance des végétaux en détruisant les graines et appauvrissant les terres : la détérioration croissante des sols a réduit le nombre et la variété des espèces fourragères disponibles.


MISE A JOUR DU SAMEDI 12 JUILLET 

Le crépuscule des Rabaris

  Devront-ils perdre leur identité pour survivre ?

 

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Le crépuscule des Rabaris

2528017748.jpg  Hier, une vocation, aujourd’hui, un commerce. 

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Où qu'ils aillent, les Rabaris doivent désormais payer les agriculteurs qui ont cessé de les accueillir sur leurs champs en toute liberté.  Les redevances des contrats de pâture, établies pour une durée spécifiée, se négocient entre les villageois - qui décident le plus souvent des prix - et les chefs de tribus : il est du devoir des pasteurs de ne pas transgresser les règles du système, sans quoi ils ne seront plus acceptés dans le voisinage.

 

CREDIT PHOTOGRAPHIQUE : ©Meena Kadri

En conséquence, les Rabaris perçoivent de nos jours le nomadisme tout autrement : ce n’est plus une vocation mais un commerce !  Incités par le gouvernement qui leur octroie prêts, assurances, voire même aide financière lors des années de sécheresse, ils se lancent, bon gré mal gré, dans celui de la laine –pour la confection de vêtements et tapis– et dans la vente d’animaux sur les marchés locaux (la vente de bovins pour la consommation humaine constitue encore une infraction morale, mais  les ovins et caprins fournissent une viande non interdite par la tradition hindoue).  La vente de lait - jadis tenue comme un délit semblable à la vente de sang – entre également dans les mœurs. 

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©Michael Sheridan

Puisque les pasteurs n’ont qu’une connaissance très limitée de l’économie de marché, ils ne savent pas grand-chose de l’âpre concurrence qui joue entre les négociants d’ovins et de laine ; avec la fluctuation des prix, ils reçoivent parfois moins d’argent pour leur laine ou leurs moutons que lors de la transaction précédente et pensent avoir été floués ; ils ont le sentiment d’être trahis par ceux en qui ils avaient confiance.

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©Steve McCurry

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 MISE A JOUR DU MARDI 15 JUILLET

 S’adapter par la sédentarisation, l’éducation et le changement d’activité.

S’il ne reste que 15 ou 20 moutons et chèvres, un membre de la famille gardera le troupeau pendant que les autres –y compris femmes et enfants- rechercheront un emploi salarié comme main-d’œuvre non qualifiée : manœuvre pour creuser l’argile, travailleur dans les champs, ouvrier dans les mines de sel, garde de nuit sur des chantiers de construction, employé dans des stations-service et des commerces.  Le domaine des transports les attire également : voyager est dans leur sang. 

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Pour permettre cette intégration par le travail, ils considèrent que l’enseignement, vital, leur permettra de développer de nouvelles opportunités d’abandonner leur mode de vie inadapté à ce monde moderne auquel ils veulent s’intégrer pour survivre. Pour ces adultes analphabètes -qui parfois n'ont ni emploi ni papiers officiels pour attester de leur existence- gagner un statut reconnu est un vrai défi et ils ne veulent pas que leurs enfants rencontrent les mêmes problèmes ; mais faute d’écoles mobiles, la scolarisation ne peut vraiment concerner que les familles sédentarisées. 

Des choix de vie importants conditionnent et bouleversent leur vie et de telles décisions ne peuvent être prises à la légère ...

... sans le conseil des anciens ...   ... sans le soutien des proches ...

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Photo © Angshuman Chateerjee Photo © Angshuman Chateerjee

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Photo © Caleb Coleman 

De plus, très conscients de l'impact négatif que l'école peut jouer sur le tissu culturel de leur groupe ethnique, ils souhaitent un système d'éducation qui respecterait leurs valeurs morales et religieuses, leurs traditions, leur style de vie de nomades. Les écoles formelles des villages voient à peine la réalisation de ce projet d'éducation. Les valeurs des groupes minoritaires ne sont-elles pas réduites par les messages traditionnels des textes d'école ?  De plus, il n'y a que très peu d'enseignants d’origine rabari qui puissent être des exemples pour les enfants et pour les jeunes gens de la communauté.

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Photo © Mitchell Kanashkevich  

 

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MISE A JOUR DU VENDREDI 1er AOUT 2014

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Le crépuscule des Rabaris

Devront-ils cesser d’être qui ils sont pour pouvoir survivre ?

Devront-ils cesser d'être... pour pouvoir survivre ?

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 Les tatouages, une affaire de femmes ...

Les Rabaris font partie des peuples les plus tatoués d'Asie. 

Traditionnellement, le tatouage incombait -et était destiné- aux femmes qui, munies d'une longue aiguille,  représentaient des motifs compliqués sur les jambes, bras, mains, cous et visages, motifs qui assuraient la fertilité, protégeaient des dangers extérieurs et racontaient leur vie, celle des chameliers nomades du désert du Gudjarat.  Très fréquemment, on retrouvait le symbole du puits sur les avant-bras : avec un climat essentiellement sec, il représentait la vie pour ces nomades qui voyagent.  L’encre se composait d’un mélange de charbon noir et de colorants naturels.  Les mères tatouaient leurs filles dès l'âge de trois ans et jusqu’à leur mariage à 20 ans, car une femme non tatouée n’était pas considérée comme attrayante et ne pouvait attirer un mari.

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Il y a une trentaine d'années, la machine à tatouer a remplacé les aiguilles.  Des tatoueurs ambulants –qui utilisent dorénavant de l’huile de noix de coco et du kérosène dilué dans de l’eau- ont repris le rôle autrefois dévolu aux femmes.  Cependant, leur méconnaissance de la symbolique rabari a provoqué une dégradation de la tradition, qui disparaît peu à peu au nom du progrès et de la modernité issus du monde occidental et valorisant des images de femmes modernes à la peau claire.

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  all photo © Daniel Pissondes

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Le crépuscule des Rabaris

Devront-ils cesser d’être qui ils sont pour pouvoir survivre ?

Devront-ils cesser d'être... pour pouvoir survivre ?

Des femmes monochromes  ...

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  photo © Angshuman Chatterjee

Les femmes portent un long châle noir, puisque les moutons des Rabaris sont souvent noirs, châle appelé « lobadi » ou « ludi » et qui recouvre la tête, allant parfois jusqu’à voiler entièrement le visage lorsqu’un homme étranger à la famille apparaît.  Dessous s’entrevoit une blouse courte ornée de broderies colorées et rehaussées d’or et d’argent, blouse ouverte dans le dos et dont les pans sont reliés par des lacets.

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    Des femmes monochromes aux couleurs chatoyantes ...

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photo © Angshuman Chatterjee 

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photo © Angshuman Chatterjee 

De tous temps, les femmes brodent pendant leur temps libre et transmettent leur savoir-faire aux jeunes filles.  La broderie joue un rôle primordial dans leur vie : c’est une obligation sociale et une monnaie d’échange lors des mariages, mais aussi l’expression matérielle de leur culture.  Chaque point, chaque motif, chaque dessin -et la manière dont ils sont réalisés-, les occasions auxquelles les étoffes sont portées, tout a une signification et permet de distinguer la provenance du tissu par ses broderies.

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photo © Angshuman Chatterjee

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photo © Angshuman Chatterjee

 

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 MISE A JOUR DU LUNDI 4 AOUT

«J’avais remarqué un sac aux finitions délicates, le tissu était brodé de couleurs chatoyantes et parsemé de miroirs» écrit Judith Frater, anthropologue américaine qui se bat pour la survie des artisanats locaux et a partagé plusieurs mois la vie de ce peuple nomade."

    «The Threads of Identity» (1995) [Tissus identitaires].  

“C’était à la fois naïf et vivant, les miroirs en forme de cœurs et les couleurs vibrantes étincelaient joyeusement pour créer un autre univers.  J’étais comme hypnotisée.»

“J’ai été frappée par ces femmes mystérieuses enveloppées de noir, dont je n’apercevais qu’un œil à travers l’entrebâillement des portes. Qui étaient ces femmes de l’ombre ? Comment leur existence monochrome leur permettait-elle de créer ces broderies exubérantes ? A quoi pensaient-elles quand elles brodaient ces motifs si expressifs ?”

   

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Les motifs de chameaux, de paons et d’éléphants rappellent leurs origines de chameliers et leur lignée royale, et les scorpions, l’acacia et les femmes qui portent de l’eau évoquent l’âpreté de la vie dans le désert.  Les miroirs sont des parures, mais ils sont également destinés à aveugler et à désorienter les esprits malfaisants ainsi qu’à protéger leurs enfants du mauvais œil.

 

photo © Retlaw Snellac

De nos jours, l’art rabari résiste pourtant mal aux pressions du monde moderne.  De plus en plus de femmes se sont mises à travailler et consacrent donc moins de temps à la broderie, préférant même orner leurs vêtements de passements en tissu synthétique brillant, ou utiliser la machine à coudre ; la laine est délaissée pour le polyester, et les motifs anciens du désert comme les paons et les oiseaux sont remplacées par des motifs plus urbains et futiles comme des tracteurs et des motos.

 

Oui, les Rabaris ont déjà cessé ...

d'être ce qu'ils sont ... ... pour pouvoir survivre !

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Photo © Hervé Blandin

   Photo © Hervé Blandin

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 Mes principales sources d'information :

 http://www.decomood.com/s/18599_94990_les-rabaris-font-le...

http://www.trekearth.com/gallery/Asia/India/West/Gujarat/...

 http://www.touarek.org/BODYART/histoire_tatouage.php

http://www.kustomtattoo.com/tatouage-piercing-paris-tatoo...

http://fiveprime.org/hivemind/Tags/rabari,tattoo

http://www.courrierinternational.com/article/2005/08/04/b...

http://art.ba.meunier.free.fr/index.php?option=com_conten...

http://www.hommes-racines.fr/peuples-les-rabaris/page_4kk...

http://ngm.nationalgeographic.com/2010/02/nomads/mccurry-...

http://ngm.nationalgeographic.com/2010/02/nomads/lancaste...

http://www.photoradar.com/photos/757/ffotolady/rabari-elder

http://www.eenet.org.uk/resources/eenet_newsletter/news4_...

http://books.google.be/books?id=_xb59d1KcC0C&pg=PA11&lpg=PA11&dq=les+rabaris&source=bl&ots=XAR29Px07c&sig=0uYPSrYJH95JWZT4J2cfM9GUEaE&hl=fr&ei=3xYPTqPaCcyZOp_CobgL&sa=X&oi=book_result&ct=result&resnum=1&ved=0CBcQ6AEwADgo#v=onepage&q=les%20rabaris&f=false

http://indiahistoryspeaks.blogspot.com/2008/07/rabaris-of... 


Depuis le 30 juin, au gré des mises à jour de cet article,  vous m'avez accompagné, aussi attentivement que fidèlement je l'espère, tout au long du cheminement de ce dessin évolutif, de ce portrait d'Achala le Rabari, de ce magnifique berger nomade de l'Inde !  

Le voici enfin terminé, tout vêtu de blanc, sa barbe (un des pans s'est décroché) suspendue aux oreilles par un collier de fines perles, de part et d'autre d'un visage aux traits amaigris, le regard empli de tristesse peut-être, mais d'une grande fierté, sans aucun doute ; et chargé d'interrogations...

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 "ACHALA, LE BERGER NOMADE RABARI" -  25 x 37 cm

Le voici donc : ci-dessus, en dessin, ci-dessous, en photo.

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Au gré de mes recherches pour élaborer cet article, j'ai découvert sur l'internet que le mensuel "Sciences et Avenir" avait publié en novembre 2009 un article intitulé "Le voyage sans fin des Rabaris".  J'ai très vite réussi -grâce à la redoutable efficacité de la bibliothécaire de ma ville- à me procurer ce numéro 753 qui m'intéressait, vous vous en doutez, au plus haut point.  Permettez-moi, à l'occasion de la présentation de mon dessin achevé, de vous présenter ce texte en intégralité : il me paraît compléter à merveille mes articles. Ensuite, je vous proposer de visionner une vidéo -en anglais- tout aussi judicieuse !

De vrais reportages de journalistes et cinéastes

partis vivre quelques semaines parmi les Rabaris,

que vous pouvez découvrir en cliquant sur le dessin d'Achala ci-dessous !

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