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08 septembre 2016

Souris à tes rides, apprends à les aimer...

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LUNDI 14 MARS 2016

"Oui, souris à tes rides, apprends à les aimer, elles parlent de ta vie,

elles parlent du temps, de l'énergie qui circule."

(Boris Razon)

En ouverture de cet article de présentation d'un dessin qui m'est cher  - s'il est nouveau ici, il fut déjà présenté sur mon précédent blog -, j'ai choisi cette citation de Boris Razon, journaliste français, ancien rédacteur en chef de Le Monde.fr, actuellement à la tête du département Nouvelles Écritures de France Télévisions, qui publia chez Stock en 2013 le roman Palladium (Stock).

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MERCREDI 16 MARS 2016 

Boris Razon a vécu tout ce qu'il rapporte dans son premier roman Palladium qu'il a mis sept ans à écrire et réécrire (il projetait de l’étaler sur trois tomes mais on le retrouve sur moins de 500 pages serrées). En 2005, subitement, tout en lui s’engourdit. Il a des fourmis dans les doigts. Un mal violent dans la colonne vertébrale lui coupe le souffle, comme un étau sur la poitrine, comme une mâchoire qui se refermerait cruellement sur le milieu du dos.

Il est terrassé par une maladie méningo-polyradiculonévrite ou syndrome de Guillain-Barré atypique, une affection auto-immune qui touche le système nerveux périphérique et le conduit à la tétraplégie. Toute communication lui est impossible. L’enfer à ciel ouvert. Il connaît alors six mois d'emprisonnement en soi transformé en foetus, immobile, et coincé dans mon enveloppe. Intubé, ventilé, dépendant à 100%. Il guérit pourtant. Ses pieds vont plus doucement désormais, mais ils vont. Si on ne sait pas, ce ralenti dans sa façon de s’exprimer fait croire à de la timidité.

Alors, il sait de quoi il parle lorsqu'il écrit : ... souris à tes rides ... elles parlent de ta vie ... elles parlent de l’énergie qui circule ..., et l'on imagine - oh, juste un peu - ce qu’il ressent...

lien : Boris Razon, quand sa vie a basculé dans la fiction.

lien : Boris Razon, un enfer à ciel ouvert.

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première étape du dessin "Souris à tes rides, apprends à les aimer".

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VENDREDI 18 MARS 2016 

Ces 8 entrelaçés tout en courbes, ces sortes de boudins ou rouleaux sources de soucis quand je les ai dessinés, que représentent-ils ? Une bague, bien sûr, vous l’avez deviné, en argent très probablement. Sera-t-elle portée par des doigts de fée ?

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Cette superbe photo en noir et blanc découverte Il y a quelques années, par hasard, sur http://www.flickr.com/ m'a toujours fasciné : je me devais, et me réjouissais, de la dessiner. La photo s’intitule Hands of 87 years - my mother's hands ce qui signifie mains de 87 ans - les mains de ma mère. Jamais je n'ai trouvé renseignement précis à propos de l'énigmatique photographe répondant à l'époque au pseudonyme Gaspi Your Guide, et que je viens à peine de retrouver, cette fois sous le nom Gary H. Spielvogel ; à nouveau de manière très imprécise, secrète même, sans aucune autre référence. Tout ce que j'ai lu, mais est-ce bien certain ?, c'est que cette photo, prise aux Caraïbes en 1989, fut à cette époque primée à divers concours.

Vous l’avez compris, j’ai relevé le pari de dessiner des mains ridées, des mains qui parlent de la vie, des mains qui parlent de l'énergie qui circule ! Le sujet choisi me demande une précision extrême dans l’observation de la photo, beaucoup de rigueur dans le travail et une grande patience : tout cela ne peut que me réjouir. Il m’arrive souvent, même, d’utiliser l’écran de l’ordinateur pour agrandir à outrance les détails de la photo...

Vous remarquerez ci-dessous à droite que j'ai choisi, comme sur la photo d'origine que je vous dévoilerai le moment adéquat, de dessiner un fond noir : un long et parfois fastidieux travail en perspective, mais qui me permettra ainsi de mieux mettre la main en valeur.  

deuxième étape du dessin "Souris à tes rides, apprends à les aimer".

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DIMANCHE 20 MARS 2016 

"Le premier jour de la vieillesse n'est pas celui où une ride plisse notre front, où un cheveu blanc se montre à nos tempes ; c'est celui où l'imagination s'affaisse sous le poids des souvenirs ; où nous disons hier plus volontiers que demain, j'ai fait plus complaisamment que je ferai."

Citation de Marie de Flavigny, comtesse d’Agoult "Esquisses morales" (1849).

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 troisième étape du dessin "Souris à tes rides, apprends à les aimer".

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LUNDI 21 MARS 2016 

Quand on approche de la vieillesse, il ne faut s'occuper que du soin de faire un meilleur usage du temps qui reste à vivre, qu'on n'a fait de celui qu'on a vécu, et ne songer à son existence que pour se préparer à la perdre bientôt.

Citation de Jean-Jacques Rousseau "Pensées d'un esprit droit" (1826).

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  quatrième étape du dessin "Souris à tes rides, apprends à les aimer".

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MARDI 22 MARS 2016  

Quand la grâce se mêle aux rides, elle est adorable : il y a on ne sait quelle aurore dans de la vieillesse épanouie.

Victor Hugo "Les Misérables" (1862).

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  cinquième étape du dessin "Souris à tes rides, apprends à les aimer".

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MERCREDI 23 MARS 2016  

La vieillesse craint de soulever le voile de l'avenir qui cache sa tombe ; elle porte les yeux en arrière, parcourt d'un regard rapide les pages d'or de sa vie passée, et s'exclame, hélas, à regret : j'ai vécu.

Citation de Madame Necker  "Souvenirs et pensées" (1784).

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sixième étape du dessin "Souris à tes rides, apprends à les aimer".

Cette première main terminée, je la trouve si belle.  Ses veines gonflées sous la peau lui apportent chaleur et vie.  Ses veines gonflées sous les rides parlent de l'énergie qui circule...  Ces rides, pour réussir à les reproduire, j'ai presque dû les démêler.  Elles m'ont appris à regarder et observer les miennes différemment, à chaque étape de l'évolution du dessin.  Certes, que de différences, mais aussi que de ressemblances ; caressez votre peau, plissez-la, faites glisser les veines sous vos doigts : vous verrez...

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 JEUDI 24 MARS 2016  

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septième étape du dessin "Souris à tes rides, apprends à les aimer".

 

Les rides devraient simplement être l'empreinte des sourires.

Citation de Mark Twain "En suivant l'équateur" (1897).

Ces doigts qui portent une bague attirant le regard, ces ongles si bien soignés sont d'une merveilleuse élégance.  Je me souviens : il y a trois ans, j'exposais au Centre culturel de Theux.  Ce dessin était en cours d'élaboration : je le dessinais devant les visiteurs attentifs, intrigués.  Une dame, longuement, a observé les doigts et les ongles de ces "mains de 87 ans"...  Elle m'a souri : elle avait envie de me faire part de ses sentiments, elle tenait à m'expliquer en quelques mots combien ces mains étaient soignées, cela... "jusqu'au bout des ongles !". Elle a admiré ces ongles bien coupés qui laissaient supposer que - probablement - ils appartenaient à une dame âgée, fière et coquette.  Puis, très émue, elle m'a parlé de sa maman, alitée en Maison de retraite, sans chercher à dissimuler les larmes qui lui venaient aux yeux : chaque semaine, elle se faisait une joie que ses ongles soient taillés "dans les règles de l'art"...

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huitième étape du dessin "Souris à tes rides, apprends à les aimer".

VENDREDI 25 MARS 2016  

L'amour naît d'un sourire, niche dans une fossette, et meurt d'une ride.

Citation de Paul Masson "Les pensées d'un Yoghi" (1896).

Près de cette dame très émue, une visiteuse attentive, médecin généraliste, porte un regard de professionnelle sur ces ongles : sans doute, l'une ou l'autre carence alimentaire explique-t-elle leurs stries bien apparentes ?  Effectivement : j'ai par la suite découvert que l’examen des ongles (ou onychologie : l'étude de la forme des ongles, de leur couleur et texture) donne des indications concernant les carences alimentaires possibles ou certaines tendances cardiaques ou respiratoires.  Des ongles trop longs ou trop petits peuvent être indicateurs de faiblesse métabolique ou de manque de vivacité.  Un ongle étroit indiquerait plutôt une tendance à une hypersensibilité.  Les ongles striés dans le sens de la longueur, porteurs de taches blanches dites d’albugo, indiqueraient généralement une carence en zinc, en silice ou en magnésium, ou une insuffisance de fonctionnement de la glande thyroïde, aboutissant à une déshydratation des ongles qui poussent alors à des épaisseurs variables.  Un ongle plat serait un indicateur de troubles gynécologiques chez la femme, ou d’anémie, plus généralement. 

Toutefois, ne vous inquiétez pas outre mesure, surtout si comme moi vous n'êtes plus très, très jeune : dans la plupart des cas, les ongles striés sont heureusement et essentiellement liés au vieillissement naturel...

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SAMEDI 26 MARS 2016  

 L'absence est une ride du souvenir. C'est la douceur d'une caresse, un petit poème oublié sur la table.

Citation de Tahar Ben Jelloun  "Moha le fou, Moha le sage" (1978).

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DIMANCHE 27 MARS 2016 

J'ai choisi de terminer cet article en vous proposant un poème de Baudelaire, un texte en prose illustrant ce thème cher à l'écrivain de la "non-communication" : ici, entre les deux âges opposés de l'être humain, entre les deux extrémités de la vie, la naissance et la mort. Il me semble que chacun pourra, selon son ressenti, établir aisément un parallèle (ou une divergence de vue) entre ce texte et ce que mon dessin montre ou suggère...

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Baudelaire : un génie des sentiments...

Le Désespoir de la vieille

La petite vieille ratatinée se sentit toute réjouie en voyant ce joli enfant à qui chacun faisait fête, à qui tout le monde voulait plaire ; ce joli être, si fragile comme elle, la petite vieille, et, comme elle aussi, sans dents et sans cheveux.
Et elle s’approcha de lui, voulant lui faire des risettes et des mines agréables.
Mais l’enfant épouvanté se débattait sous les caresses de la bonne femme décrépite, et remplissait la maison de ses glapissements.
Alors la bonne vieille se retira dans sa solitude éternelle, et elle pleurait dans un coin, se disant : — « Ah ! pour nous, malheureuses vieilles femelles, l’âge est passé de plaire, même aux innocents ; et nous faisons horreur aux petits enfants que nous voulons aimer ! »

Charles Baudelaire, Petits poèmes en prose, 1869

Baudelaire écrit dans un registre littéraire évoluant dans une délibérée désinvolture en choisissant des mots familiers comme "ratatinée", "risettes", "décrépite" ou "femelles" qui n'appartiennent pas a priori au registre poétique habituel, à la "norme" (mais Baudelaire méprise la norme). Tout est décrit sans fard ni artifice, avec le mot direct. Cependant, il refuse de s’apitoyer en présentant, sans aucune autre forme de commentaire, la réalité nue et terrible...

Lorsqu’il écrit ces quelques mots, remarquables par leur violence et leur vigueur, tellement tristes et cruels, en même temps remplis de compassion, il se trouve endetté à Bruxelles, usé par la drogue et l’alcool : il souhaite entreprendre une tournée de conférences.  Hélas, ses talents de critique d’art éclairé n’attirent plus grand monde... Fatigué de lutter pour une vie qu'il n'aime plus, il analyse ses états d’âme dans cette prose poétique.  Comme cette vieille, le poète se sent rejeté, esseulé, incapable de communiquer...

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19 juillet 2016

A nice Moment of Love ! Un beau moment d'amour !

Clap, première...

 

En 2010, j'ai pris le risque de mettre en couleur un de mes dessins au portemine !

Ce dessin évolutif déjà publié sur mon précédent blog en 2013,

je vous le présente à nouveau,

et vous invite à regarder les nouvelles modifications apportées à l'article l'accompagnant.

 

- ultime mise à jour ce JEUDI 14 JUILLET -

        prochaine parution prévue à la fin de ce mois de juillet     
 

Image du Blog ypjane.centerblog.net

ETAPE 1 : DIMANCHE 3 JUILLET 2016.

 

Pour ce seul dessin en couleur jamais signé, gros plan sur un détail,

histoire d'attiser votre curiosité et vous inciter à revenir mardi pour la suite !

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A mardi, pour la suite !

 

Image du Blog ypjane.centerblog.net

ETAPE 2 : MARDI 5 JUILLET 2016.

 

"Aux dons que ta bonté mesure

Tout l'univers est convié ;

Nul insecte n'est oublié

À ce festin de la nature."

 

- Hymne de l'enfant à son réveil - Alphonse de Lamartine

 

Les éléments du dessin présentés le 3 juillet, aux teintes jaune et orange,

sont ceux d'un corps longiligne,

qui se prolonge en un abdomen, un thorax et une tête d'insecte que voici, de couleur verte ...

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La frissonnante libellule
Mire les globes de ses yeux
Dans l'étang splendide où pullule
Tout un monde mystérieux.

Les Rayons et les Ombres (1840)
Victor Hugo
 

... le corps se prolonge (...) ai-je écrit plus haut ! On pourrait effectivement le penser !

Détrompez-vous ... (à suivre)

 

Image du Blog ypjane.centerblog.net

ETAPE 3 : MERCREDI 6 JUILLET 2016.

 Dans le livre La libellule et le philosophe,

il semble que pour son auteur Alain Cugno,

la libellule manifeste quelque chose qui l’interloque particulièrement,

une source singulière, pour lui, de perplexité comme de satisfaction.

 

(…) La libellule fascine par la façon dont, quasiment, elle s’efface. Presque végétale, elle paraît flotter, elle tient d’un effet d’atmosphère plus que d’un être individué, mais pourtant, improvise.

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(…) Par sa taille, la libellule (…) effleure notre monde, mais s’en absente. (…) Les libellules sont des êtres (...) trop petits pour être vraiment vues de loin, trop grosses et trop farouches pour l’être de très près, on les cherche et on les repère sans entrer dans leur monde puisqu’elles ne vous laissent pas le temps de changer d’échelle pour vous adapter.

(…) A différents points de vue donc, la libellule intrigue. Elle flotte, elle traverse, elle n’est que de passage, trop petite pour notre monde, trop grande pour celui des insectes, animal, mais animal qui semble incomplet, qui manque, dans ses tourbillons, ses errances, de cette forme de saturation de soi.

(…) La nature est machine jusqu’au bout, tandis que l’art ne l’est que jusqu’à un certain point ; l’art est moins mécanique que la vie ; par son manque de mécanisme, son côté rafistolé, la libellule a l’air fabriquée. Les libellules (…) font plus artificiel que nature.

 

(…) En somme, la libellule est signe d’un trouble ; elle est de ces phénomènes qui par leur fugacité, leur apparence de gratuité, par l’impression qu’ils donnent de n’appartenir à aucun ordre des choses mais de les traverser seulement, rappellent que les choses ne vont pas de soi.

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      Mes explications du mardi 7 juillet le suggéraient :

en réalité, deux insectes, et non un seul, sont à présent visibles,

étrangement collés, comme soudés l'un à l'autre !

Pourquoi cette étrange proximité ?  Quel est le nom de ces insectes ?

Vous le découvrirez bientôt ! Rendez-vous ce vendredi 8 juillet !

Image du Blog ypjane.centerblog.net

ETAPE 4 : VENDREDI 8 JUILLET 2016.

 

Peut-on rester de marbre devant ma beauté ?

Mes couleurs vives alliées à la forme caractéristique de mon corps impressionnent et participent à ma plaisante réputation ; par ailleurs, chacun me sait inoffensive ! Mes larves sont aquatiques : c'est pourquoi je multiplie mes allées et venues furtives, toujours très appréciées, dans les jardins proches d’un plan d’eau. A mon apparition, toute discussion s’arrête chez les humains et je me délecte de telles exclamations à peine murmurées : Ne bouge pas … Regarde, une libellule ! Ne fais aucun bruit ! J'adore particulièrement les mares bien aménagées : j'aime rivaliser de beauté avec les nymphéas en fleurs de l'ami Marcel. Je ne suis pas peu fière de réussir à capturer en plein vol les moustiques, surtout à la tombée du jour où ils se montrent plus abondants.

Je suis aisément reconnaissable, au premier regard, à mes grandes ailes allongées et très nervurées, mon thorax trapu et mon abdomen filiforme et annelé. S’il m’arrive de me poser et de permettre à mes admirateurs une observation attentive, je prends bien garde - pour ne pas les effaroucher - de leur montrer l'extrême mobilité de ma tête ! Ils pourront parfois, s’ils se comportent à mon égard avec le plus grand respect, découvrir combien mes grands yeux composés occupent un large espace et comprendront pourquoi ils me procurent un champ de vision avoisinant 350°. Peut-être réussiront-ils à apercevoir mes courtes antennes ? A tout le moins, mes pièces buccales, de type broyeur, les étonneront.  Et s’ils font preuve d’une extrême patience, je leur dévoilerai les techniques de ma vie amoureuse...

Mais je me sens rougir ... 

Sur mes ébats, je préfère rester, un peu encore, discrète...

Ne jetez qu'un simple coup d’œil sans trop vous attarder...

Et revenez bientôt : promis, je dévoilerai et partagerai un peu mon intimité ! 

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  Mais - cela dit entre nous - sommes-nous vraiment deux libellules ? 

Vous le découvrirez bientôt ! Rendez-vous ce lundi 11 juillet !

Image du Blog ypjane.centerblog.net

ETAPE 5 : LUNDI 11 JUILLET 2016.

  En réalité,  nous ne sommes pas des libellules... 

 

J’aperçois dans votre regard une surprise non feinte :

" Pas des libellules, ces insectes ailés, annelés et colorés ?  Mais bien sûr que si ?

Permettez-moi dès lors de réitérer ces mots : nous ne sommes pas des libellules. 

Quelques explications s'imposent.

D’apparence très proche et adoptant un mode de vie similaire, appartenant à un ordre commun, les odonates, la plus ancienne espèce d’insectes ailés dont les origines remontent à la Préhistoire, nous, les demoiselles, faisons partie du sous-ordre des zygoptères alors que nos cousines les libellules appartiennent à celui des anisoptères.

Des différences morphologiques évidentes permettent de nous distinguer. 

Observez tout d'abord les photos ci-dessous : pouvez-vous en déceler quelques-unes ?

 

dragonfly---libellule.jpg   Damselfly - demoiselle
  LIBELLULE (DRAGONFLY)   DEMOISELLE (DAMSELFLY)
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Notre corps est plus élancé et notre abdomen plus svelte : force est de reconnaître que nous surpassons les libellules en élégance !

Notre vol est moins rapide et plus saccadé que celui de nos cousines, capables, accordons-leur ce privilège, de voler en surplace ou même en arrière, de faire des piqués ou de décoller à la verticale, imitées en ce domaine par les ... hélicoptères !

La position de nos ailes au repos -  toujours repliées l’une contre l’autre et dressées le long du corps ou au-dessus, alors qu’elles sont étendues à l’horizontale chez les anisoptères – permet  à celui qui hésiterait encore de nous différencier à coup sûr.

Observez enfin, en conclusion, une autre différence flagrante : les yeux des libellules sont gros et joints en un point tandis que les nôtres sont plus petits et toujours séparés …

 

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Tout à l'heure, je lisais dans vos yeux une certaine surprise !

Maintenant, je perçois à votre rythme de lecture de plus en plus rapide une évidente impatience.  Je sais que vous attendez que je lève le voile sur notre intimité : contentez-vous, pour aujourd'hui, de contempler nos ébats amoureux, car c'est bien d'une scène d'accouplement qu'il s'agit... Contemplez... et essayez de comprendre !

 

A bientôt : rendez-vous le 14 juillet en matinée !

 

mouche-copie-1.gifImage du Blog ypjane.centerblog.net

ETAPE 6 : JEUDI 14 JUILLET 2016. 

" LOVE MOMENT "

  Bayu Sahaja

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En colorisant mon dessin au portemine comme un infographiste le ferait avec un bon vieux film en noir et blanc, j'ai cherché à préserver l'éclat naturel de mes demoiselles ailées ! Êtes-vous, comme moi, émerveillé par leur élégance naturelle rare ?

Si vous m'avez accompagné dans les étapes successives de la mise en couleur de ce couple d'odonates et que vous avez lu avec attention les diverses considérations qui les ont accompagnées, vous êtes à coup sûr en mesure de différencier aisément libellules et demoiselles et vous n'avez pas oublié ma promesse de vous présenter en ces lignes les pratiques amoureuses propres à cette espèce d'insecte ailé que les entomologistes répertorient sous le ravissant nom de "agrion élégant" ("ischnura elegans").

 

  Alors, ne perdons pas une seconde et ne bougeons plus.

Observons-les un instant dans leur intimité. 

 

Habituellement, les mâles matures se distinguent aisément par leur thorax bleu pâle alors que les femelles sont de coloration variable, soit bleue (et ressemblent à s'y méprendre aux mâles), soit verte, soit verte et brune. Or, nous admirons ici un tandem inhabituel d'agrions élégants, tous deux de coloration verte, tout simplement parce que la femelle (à gauche) appartient au type vert et le mâle (au-dessus) est encore immature et donc, pas encore bleu. En général, seuls les imagos (les adultes en phase finale de développement) s'accouplent mais chez les demoiselles de telles unions ne sont pas rares.

Ce couple de fragiles et sveltes zygoptères (de près de quatre centimètres de long tout de même) est très, très amoureux...

Notre demoiselle mâle (surprenante association de mots !) a jeté son dévolu sur la compagne de ses rêves, s’est empressée de la saisir par le prothorax, au niveau du cou, et la maintient immobile à l’aide de sa paire de pinces caudales, ces appendices anaux appelés "cerques  abdominauxé que votre œil attentif observera sur mon dessin et la photo originale. Ainsi maîtrisée, lorsqu'elle est prête, la femelle se courbe et colle l'organe génital de l’extrémité de son abdomen contre le deuxième segment abdominal du mâle pour rejoindre son pénis.

 

Le couple adopte ainsi une posture caractéristique en cercle, roue ou coeur,

appelée "cœur copulatoire" ou encore "Wheel Position" (position de la roue).

Un vrai moment d'amour !

 

Bien arrimés, ces deux superbes agrions exécutent quelques zigzags dans le ciel, puis se posent sur des végétaux. Notre reproducteur s'accroche le plus souvent seul à une tige, tandis que la femelle se maintient dans les airs. Si des conditions climatiques venteuses ou l'arrivée impromptue d'un concurrent ne viennent pas perturber le mâle, l'accouplement dure de longues minutes, parfois plusieurs heures. La copulation terminée, il libère sa congénère, qui s'empresse après un court repos de partir en quête d'un site favorable à la ponte, à moitié enfoncée dans l'eau, attendant le plus souvent le soir pour pondre ses œufs.

Bien des aspects des caractéristiques et mœurs de ces passionnantes créatures animales n'ont pas été abordés ici. Si le sujet vous intéresse, voici quelques sites consultés pour la rédaction de mes articles : certaines de ces pages web, particulièrement spécialisées, ne manqueront pas de répondre aux questions supplémentaires que vous pourriez encore vous poser...

http://www.larousse.fr/encyclopedie/vie-sauvage/libellule/...

http://odonates69.unblog.fr/biologie/

http://1x.com/photos/member/32126/32553/

http://photosinsectes.free.fr/odo/album/elegans.htm

http://www.insectesjardins.com/index.htm

http://odonates22.chez-alice.fr/zygopteres/agrion_elegant...

http://fr.academic.ru/dic.nsf/frwiki/387812

http://www.meslibellules.fr/thematique/anat/pterostigmas/...

http://www.libellulesmaizieres.fr/zygoptera/ischnura_eleg...

http://fr.wikipedia.org

http://entnemdept.ufl.edu/creatures/misc/odonata/odonata_...

http://hymenopterius.chez.com/libellule.htm

 

Avant de vous quitter, voici quelques photos de cœurs copulatoires glanées sur la toile ...

 

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 Bayu Sahaja

 

 

23 novembre 2015

Il faut qu'on s'aime... (Alain BASHUNG)

HOMMAGE 

en ce début d'une semaine d'obsèques et d'hommages aux victimes des attentats de Paris

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“Il faut qu'on s'aime et que l'on sème beaucoup de choses derrière nous”

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Cette phrase était inscrite - en septembre 2014, au cimetière parisien du Père Lachaise -

sur un bac à fleurs déposé devant la sobre stèle du chanteur Alain Bashung

sur laquelle ont été gravés les mots "Alain Baschung. 1947-2009. Tant aimé"

(son vrai nom s'écrivant avec un C).

 

Le regard, que j'aime tant, du photographe "rock & roll" theutois Erik Duckers ,

lui a donné une ampleur toute particulière, comme en témoignage cette merveilleuse photo : 

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