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samedi, 03 mai 2014

Un dessin d'arbre... au nom célèbre !

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dernière mise à jour de l'article et du dessin

effectuée -en bas de page- ce samedi 3 mai

 

LUNDI 21 AVRIL

Je vous emmène en promenade à la découverte de "l'Arbre de Las Cases", ce vieil arbre qui a prêté son nom à mon dessin que, peut-être, vous avez déjà rencontré sur mon blog précédent -nous étions alors en 2009- ou regardé par la suite lors d'une de mes expositions.

Cet arbre mort, sans doute un hêtre, je le connais depuis tant et tant d'années : combien de dizaines de fois ne suis-je passé, en pratiquant la course à pied, à quelques dizaines de mètres de lui, le long de la prairie qu'il domine, en l'admirant à chaque fois ?  Pourtant, en le dessinant, j'ignorais tout de sa glorieuse histoire.

2008.  Un jour, sous un plein soleil d'été et un ciel azur, je m'en suis approché ; de très près ! 

C'était prémédité : j'avais emporté l'appareil photographique numérique que j'étrennais.

C'était prémédité : j'avais envie depuis longtemps de dessiner ce tronc blanc et dénudé.  Je le voulais en pleine lumière, lorsque les ombres sont le plus marquées, lorsque les détails que je recherche pour tout dessin sont le plus visibles.

Il ne me restait plus qu'à choisir parmi les nombreux clichés ramenés.  Cet arbre, je l'avais en quelque sorte mitraillé : sous tous les angles, m'en approchant, m'en éloignant, adaptant au mieux les réglages de mon petit appareil numérique de poche.

Six photos avaient particulièrement retenu mon attention, en un premier temps.  Laquelle choisir ?

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Après longue réflexion, c'est celle en plan très rapproché que j'avais choisie, celle qui montre le tronc massif -même si l'on n'en voit que le haut-.  Une photo lumineuse où pourtant tant d'ombres apparaissent, jamais trop marquées cependant, une photo riche en détails : regardez attentivement ces lambeaux d'écorce prêts à lâcher prise, toutes ces nuances de gris apportant le relief, l'élégance de ces branches pourtant mortes depuis si longtemps : exactement ce que je recherchais.

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J'aimais l'arbre.  J'aimais cette photo.  Un mois plus tard, le dessin était terminé.

MERCREDI 23 AVRIL

   Je suis très heureux de vous présenter "L'Arbre de Sohan, l'Arbre de Las Cases".

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En le dessinant, je l'aimais déjà tellement !  Pourtant, j'ignorais pourtant tout de son glorieux passé...

J'ignorais tout...  Jusqu'à ce que j'aperçoive, lors d'une exposition, une dame âgée observer longuement silhouette puis détails de mon dessin.  Je l'abordai : elle cherchait à localiser cet arbre mort qu'elle croyait reconnaître.  Elle écouta attentivement mes explications puis me répondit : "Je le connais depuis toujours, depuis que je suis petite... Et à cette époque déjà, il était mort depuis longtemps... Voulez-vous connaître son nom ?  Il se nomme...

l'Arbre de Las Cases."

 

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Sans pouvoir m'en conter davantage, à son grand regret.

Par chance, M. Gonay -aujourd'hui décédé- me fit peu après l'honneur de sa visite.  Passionné d'histoire locale, il connaît tout sur le passé de notre commune, l'histoire de ses bâtiments, la généalogie de sa population, l'origine de ses noms de rue, etc. 

J'eus alors la bonne idée de lui demander si, peut-être, il connaissait cet arbre dont je venais d'apprendre le nom.  Il ne lui fallut que quelques secondes pour se remémorer le lieu et surtout me donner les précisions que j'espérais.  Quelle chance !  A mes yeux, en un instant, mon dessin prenait plus de valeur encore.

  D'où vient ce nom "Las Cases" ? 

 

VENDREDI 25 AVRIL

Le comte Emmanuel de Las Cases est tout simplement le mémorialiste de Napoléon, m'expliqua-t-il. Son ouvrage "Le mémorial de Sainte-Hélène" l'a rendu célèbre (...)

Contrairement à une idée largement répandue, Napoléon n'aurait pas dicté son texte (flagrante contradiction avec ce tableau représentant Napoléon en train de dicter ses mémoires) et Las Cases en aurait toujours assumé l'intégralité et l'originalité.

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Ce livre est un des plus grands succès de son siècle : il cristallise les regrets et la nostalgie. Napoléon y est présenté comme le continuateur de la Révolution, voulant le bonheur du peuple et, à cause de cela, haï par les rois.

Cet ouvrage contient l'essentiel des réflexions de Napoléon sur sa jeunesse et le récit de ses campagnes.

     

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De nombreuses éditions ont vu le jour au cours du XIXe siècle: 1822-1823 (édition originale), 1824 (ajouts et corrections à l'édition précédente), 1828 (nouveaux titres), 1830-1831 (édition revue), 1842 (édition revue et augmentée). 
Le mémorial  de Sainte-Hélène pose les bases du courant politique "le Bonapartisme".

Cet ouvrage est important pour la suite de cet article : en effet, il a été en partie écrit immédiatement après la mort de Napoléon (1821), à Sohan, plus précisément à proximité du Château de Sohan ...

 

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DIMANCHE 27 AVRIL

Le château de Sohan existait auparavant non loin de chez moi, sur un de mes parcours d'entraînement de joggeur.  Il était construit près du bois des Nids d'Aguesses de Pepinster et en retrait du chemin menant à Oneux à partir de la route de Pepinster -Theux.

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Le comte de Las Cases y séjourna, m'expliqua Mr Gonay.

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Le Château de Sohan, côté ouest.

 

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Le Château de Sohan, côté est.

Il appartenait à la famille Lejeune de Schiervel.   

Ce château du XVIIIe siècle fut reconstruit fin du XIXe siècle puis incendié en septembre 1944 par les troupes allemandes en retraite, en représailles à la suite de tirs à leur encontre par des "résistants".  Depuis, le chemin qui mène de ce lieu vers Heusy (en passant par le tout récent Club de golf) porte le nom de "Chemin de l'armée secrète".

Des civils, dont des enfants, furent massacrés lors de cet épisode.  Je remercie mon ami Joseph, décédé à 94 ans : bien qu'âgé en 1999 de 91 ans, il avait conservé une mémoire infaillible et m'a quelque peu raconté ces événements dramatiques.  Merci, tout autant, à l'abbé Monfort, de retour à Theux en Maison de Repos pour une retraite bien méritée après 60 ans de prêtrise, qui m'a également raconté ces événements qui ont marqué à tout jamais leur esprit ; et bien sûr, merci à M. Gonay.

De cet ancien château, il ne reste rien : des bâtiments de ferme ont été construits à leur place, ainsi que cette maison sans grand intérêt architectural. 

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MARDI 29 AVRIL

Mais quel est le rapport avec l'arbre, dans tout cela ?  Je vous l'ai dit en début d'article : je vous emmène en balade...

Il paraît que, selon M. Gonay, Las Cases avait coutume de se rendre quelques centaines de mètres en contrebas du château (deux kilomètres tout au plus), dans la vallée de Pepinster - Theux, au Château Rittwéger, pour y prendre ses repas de midi (à cheval, le moyen de locomotion de l'époque, d'autant plus que le chemin traverse un bois plutôt humide et surtout très escarpé).

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Ce château Rittwéger (Charles Rittwéger a par ailleurs  donné son nom à la rue principale de Juslenville) a de nos jours complètement disparu.  On devait le démonter et le reconstruire pièce par pièce en un autre lieu, m'a dit Joseph, mais cela ne s'est jamais réalisé. Il n'en subsistait, il y a peu de temps encore, qu'un seul vestige, un pont métallique délabré sur la Hoëgne, daté "1865" (et donc, postérieur à Las Cases), à Prévochamps à l'entrée de Juslenville, en contrebas du lieu-dit "les Dardanelles" et à proximité de la grotte du "Trou des Sottais" : deux lieux qui, dans mon esprit d'enfant, buts fréquents de mes expéditions de jeux, étaient synonymes de mystère et  d'aventure. 

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UNE PHOTO PRISE EN 2009

Lors de mes fréquentes escapades sportives, je suis donc passé régulièrement non loin de cet arbre mort qui se dresse au milieu d'une prairie pentue à gauche du chemin qu'empruntait Las Cases pour se rendre au château Rittwéger...  Vous me suivez ?

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Nous voici arrivés au terme de cette balade.

Le fait n'est pas historique, mais possible, voire très probable ... Du moins, l'explication que je vais vous proposer me plaît : peut-être est-ce sous le couvert de cet arbre (bien feuillu à l'époque) que Las Cases avait coutume de s'asseoir (tout en laissant brouter son cheval, j'imagine) pour rédiger ce fameux mémorial  de Sainte-Hélène.  

 

1565834373.jpgMERCREDI 30 AVRIL

Parlons encore un peu de Las Cases, le célèbre mémorialiste, auteur de l’ouvrage "Le mémorial de Sainte-Hélène" rédigé peu de temps après la mort de Napoléon Bonaparte ; parlons aussi, surtout, de son entourage à Sohan et au château Rittwéger.

Dans son édition du 3e trimestre 2010 (n°107), la revue historique verviétoise « Temps Jadis »,revient sur les fastes du château Rittwéger à Juslenville, fréquenté par d'éminents membres de la famille Bonaparte.  J'ai ainsi découvert quelques précieux renseignements qui m'ont permis de rédiger l'essentiel du texte ci-après.

"Au départ, résidence romantique du bourgmestre de Theux Edmond Fyon construite en 1781, à l’emplacement d’un ancien haut-fourneau, le château connut au fil du temps plusieurs remaniements ; on le vit aussi se doter du tout premier jardin à l’anglaise de Belgique.  Cette prestigieuse résidence fut démolie en 1958.  Aujourd'hui, seule la chapelle désacralisée - construite en 1821 sur la colline de Juslenville - atteste de l'importance de ce domaine.

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Le château Rittwéger fut, de son temps, le point de ralliement de célébrités. En 1810, la reine Hortense, épouse de Louis Bonaparte (frère de Napoléon) et fille de Joséphine de Beauharnais ( femme de l’Empereur), débarque avec ses deux fils au château Rittweger, à l'invitation du maître des lieux, ardent sympathisant de la France.  Par la suite, plusieurs éminences passeront par Juslenville, comme la soeur de Napoléon, Pauline Bonaparte : depuis lors, la Voie Pauline  porte son nom (j'y reviendrai).  Vers 1880, l'impératrice Eugénie, femme de Napoléon III, puis enfin la princesse Clémentine de Saxe-Cobourg-Gotha (fille cadette du roi Léopold II de Belgique et de la reine Marie-Henriette décédée à Spa en 1902, elle épousa Victor Napoléon Bonaparte en 1910, après des années d'attente) seront les dernières personnalités de haut rang à séjourner en ces lieux.

 

VUE EN DIRECTION DE JUSLENVILLE

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Entre-temps, en 1819, en cure thermale à Chaudfontaine, le comte de Las Cases est convié par Edmond Fyon à visiter le domaine, et à s'installer non loin de cette résidence, au château de Sohan, où il écrira quelques chapitres du Mémorial de Saint Hélène. Celui qui partagea durant 18 mois l'exil de Napoléon rédige donc en terre theutoise ses souvenirs les plus marquants, comme je vous l’avais expliqué dans le premier article.  Peut-être sous le couvert du feuillage du hêtre qui porte son nom !"

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Pour la "petite histoire", à propos de ce nom « voie Pauline », Regnier Tieffels (1879-1969), collaborateur au "Pays de Franchimont" (le journal hebdomadaire du Syndicat d’Initiative bien connu des Theutois), propose une explication bien différente ressemblant apparemment davantage à une légende qu’à une certitude historique : dans un ancien article, il explique qu’une famille du nom de Tonet possédait auparavant une longue et étroite parcelle de terrain située à l’emplacement de l’actuelle voie Pauline.  Lors de la concession de la ligne du chemin de fer Pepinster-Theux-Spa, cette parcelle fut partiellement expropriée sur toute sa longueur et le restant n’eut plus grande valeur.  A cette époque, Juslenville ne possédait pas d’école et les enfants fréquentaient celles de Theux.  Afin d’arriver en classe le plus tard possible, les gosses longeaient la route, comptant sur les longues fermetures des barrières du passage à niveau causées par les retards des trains.  Mais pour le retour, plus pressés, ils retournaient par l’étroite parcelle laissée à l’abandon qui alors appartenait à la vieille Pauline (Tenet). Arrivés devant l’arrêt de train de Juslenville, ils traversaient la ligne de chemin de fer non clôturée et surtout non surveillée, au grand effroi de la dame. Le sentier prit alors le nom de "Voie Pauline". 

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Actuellement, la célèbre « brocante des quais de la Hoëgne » est organisée chaque premier week-end de juillet depuis 20 ans bientôt, en cette voie et toutes les rues avoisinantes de mon quartier.

Et voici mon dessin achevé, complet...

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SAMEDI 3 MAI

Mardi, je vous présentais une photo personnelle de 2009 montrant ce pont métallique délabré enjambant la Hoëgne à Juslenville, dernier vestige encore visible de nos jours sur l'ancienne propriété du Château Rittwéger.

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La photo ci-dessous, une autre prise de vue de 2009, est délibérément centrée sur un élément de cette large passerelle , sa date de construction : 1865 ! 

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Deux ans plus tard, en janvier 2011, je photographiais, tout près de chez moi, une inhabituelle crue de la Hoëgne proche du débordement -le niveau de l'eau étant de près de trois mètres supérieur au niveau habituel- provoquée par de fortes pluies de redoux, entraînant la rapide fonte d'un important couvert neigeux sur le Plateau des Hautes Fagnes.

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Et, à ma grande surprise, quelques jours plus tard, empruntant à nouveau ce chemin qui longe ce pont métallique, m'approchant du dernier vestige d'un Château glorieux, je ne pouvais que constater qu'il avait bel et bien disparu...

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... emporté par les eaux : les poutrelles gisaient, et gisent encore depuis, sur le lit de la rivière, recouvertes par des amas de bois mort charriés par le courant qu'elles retiennent...

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Je me souviens de ce moment comme si c'était hier. J'aurais voulu plonger mes bras dans l'eau et replacer bien vite ces poutrelles à leur emplacement d'origine, en espérant que personne ne remarque rien...

Avec cette étrange impression d'un sentiment d'impuissance, les bras ballants, stupéfait, comme médusé (... tel la belle Méduse que, dans la mythologie, Neptune enleva et transforma en créature ignoble !)...

Avec cette étrange impression d'être le seul témoin, avec la disparition inéluctable de cette passerelle, d'un pan de l'histoire, certes locale, mais passionnante à mes yeux, qui se tourne...

Avec cette étrange impression que l'arbre mort de Las Cases qui, de mois en mois, perd une branche, un bout d'écorce, représente le dernier témoin -avec mon dessin- de ce pan d'histoire locale...

Et ce jour, avec à l'esprit cette citation de Warren Buffett

"Quelqu'un s'assoit à l'ombre aujourd'hui parce que

quelqu'un d'autre a planté l'arbre il y a longtemps." ...

Mais cela, c'est une autre histoire...

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Publié dans ARBRES ET SOUCHES | Tags : dessin arbre mort, portemine, las cases, arbre de sohan | Lien permanent | Commentaires (2) |