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19 novembre 2018

LA SAISON DES FRIMAS SUR LES HAUTES-FAGNES

20 NOVEMBRE 2018

      bientôt : un nouvel article accompagnant le dessin pas à pas   

     "Edelweiss" (un dessin de montagnes enneigées)        

     introduction : photos personnelles, année 2010     

 

réédition, partiellement revue, d'un article paru à l'époque

sur mon précédent blog OB, aujourd'hui abandonné

 

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Non, vous ne pouvez pas avoir oublié...  Sur tout le Vieux Continent, l'hiver 2009-2010 a sévi, rigoureux :  chutes de neige fréquentes et gel quasi perpétuel !  Le spectacle journalier, pendant plus de deux mois -peut-être trois, voire quatre dans certaines régions- de sols couverts de neige en permanence, jusque dans les plaines !

Parmi les périodes de froid qui se sont ainsi succédé, vous souvenez-vous des premiers jours de janvier 2010 ? De la Grande-Bretagne à l’Espagne en passant par la France et l’Allemagne, d’importantes chutes de neige et un gel persistant et très prononcé avaient perturbé la vie économique de nombreux pays européens.

Ni le sud-est français, souvent placé alors en vigilance orange, où des villes comme Avignon et Orange s'étaient réveillées un jour sous plus de 20 cm de neige, ni les côtes bretonnes n’avaient été épargnées : les routes étaient difficilement praticables et les pannes de courant s'étaient multipliées.

La Grande-Bretagne, qui traversait sa pire vague de froid en 30 ans, avait grelotté. Certains jours, le mercure était descendu sous la barre des -21 degrés Celsius dans les Highlands d’Écosse. Les médias britanniques avaient recensé une vingtaine de morts attribuées aux conditions météorologiques exceptionnellement froides. Là, comme partout ailleurs, les transports ferroviaires, aériens et routiers étaient grandement désorganisés. Le manque de sel d'épandage pour les routes avait causé des maux de tête aux autorités et aux automobilistes. Le réseau de distribution britannique de gaz avait même dû prévenir une centaine d'entreprises qu'elles devaient trouver, provisoirement, des sources d'énergie alternatives.

Le trafic de l'Eurostar, le service de trains à grande vitesse qui relie Londres, Paris et Bruxelles, avait été perturbé comme jamais depuis sa création : la moitié des trains normalement offerts ne prenaient pas le départ, cela pendant des jours et des jours.

Le nord de l’Allemagne avait reçu jusqu'à 40 centimètres de neige par endroits, ce qui avait nui aux transports et à la mobilité en général. Une dizaine de sans-abri étaient morts au cours de cette vague de froid.

Plus au sud, l'Espagne était frigorifiée. Des alertes météorologiques étaient en vigueur dans presque tout le pays en raison des chutes de neige abondantes, du froid et des vents forts qui soufflaient.

Le tunnel du Gothard, qui relie la Suisse à l'Italie, avait été fermé pendant vingt-quatre heures en raison des accumulations de neige.

 

Tous, vous aviez sans doute vu des images de tout cela …
 
Permettez-moi de vous montrer (ou remontrer, si vous me suiviez auparavant sur mon précédent blog) quelques étonnantes photos d’une promenade que je fis dans les Hautes Fagnes belges, proches de chez moi, mon lieu de prédilection lorsque j'ai besoin de prendre un bon bol d'air pur en me dérouillant les jambes. C'était le 4 janvier 2010, lors de l'offensive hivernale du moment. L'attrait de ces photos, vous le découvrirez sous peu, ne réside pas tant dans la quantité de neige, finalement dérisoire -juste quelques centimètres- mais dans l’accumulation de givre due au gel permanent pendant plusieurs semaines, liée à une humidité persistante, que l'on appelle "frimas".
 
Jamais je n’avais eu la chance d’observer aussi intensément pareil spectacle de la nature.

Spectacle unique ... dont le droit d'entrée n'est pas élevé :
tout au plus, en final, 4 € pour une bonne bière spéciale belge,
accompagnée de cacahuètes, de quelques fines tranches de salami ardennais,
et des traditionnels "petits fromages" assaisonnés au sel de céleri.

 

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Mais revenons à ce spectacle de la nature...

En anglais, on parle de FOGGY WINTER WEATHER ;
  en français, il se nomme FRIMAS HIVERNAL.


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Pourtant, le soleil ne brillait pas ce jour-là :
pas d’étincelant ciel bleu pour quelques photos, prises au petit bonheur la chance, pour le souvenir.
« On verra bien ce que cela donnera ! » m'étais-je dit. 
En les transférant sur l’ordinateur, j’avais tout d’abord pesté :
« Mon appareil numérique était réglé en noir et blanc ! ». 
Pourtant non : cette impression de photo noir et blanc
n’était due qu’au manque de couleur ambiante.

Regardez : quel spectacle !
 

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Permettez-moi, chers lecteurs, avant de vous montrer d’autres vues, de vous parler un peu de ces Hautes Fagnes, sans aucun doute un des paysages les plus admirables et originaux des Ardennes belges : de fortes précipitations -le haut plateau fagnard est le premier obstacle (à près de 700 mètres d'altitude) rencontré par les nuages amenés par les vents atlantiques dominants-, des hivers longs et rigoureux, une température moyenne basse et un sous-sol constitué de roches et d'argiles peu perméables qui empêchent l'infiltration de l'eau, ont favorisé le développement de milieux humides comme les marais et les tourbières et ont permis le maintien de nombreuses espèce végétales montagnardes rares.

 

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Le paysage fagnard d’aujourd’hui s’est formé en grande partie sous l’influence de l’homme. Les anciennes pratiques agropastorales, comme le pâturage, l’essartage, la récolte du foin et l’exploitation de la tourbe ont entraîné la formation de milieux ouverts.

 

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Pourtant, jusqu’au Moyen Âge, les Hautes Fagnes étaient encore couvertes à 90% de forêts feuillues. A partir de 1840 environ, d’importantes surfaces de landes ont été replantées avec des épicéas qui ont fait régresser fortement la superficie des tourbières, jadis les seules zones non boisées, parce que l’eau y affleurait, favorisant la création d’une couche de tourbe pouvant atteindre une hauteur de plusieurs mètres.

 

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C’est le seul vaste biotope naturel belge qui ait subsisté jusqu’à nos jours. Son maintien nécessite d’importantes mesures de protection.  Afin de conserver la flore et la faune, une superficie de 4500 hectares a été classée en réserve naturelle dès 1957.

 

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La forêt originelle - hêtraie et chênaie à bouleaux - a été détruite au cours des siècles par le feu, les coupes abusives, le pâturage et la mise en culture. L’épicéa a été introduit au siècle dernier. Avec d’autres résineux, il couvre 90% de l’étendue boisée des Hautes Fagnes. Le hêtre et les autres feuillus occupent le reste. La tendance actuelle est de favoriser le feuillu et la gestion écologique des peuplements en pratiquant de fortes éclaircies, propices à la faune et à la flore, ainsi qu’à la restauration du sol.

Bon nombre de cours d’eau de la région prennent naissance sur ce plateau, comme la Hoëgne qui coule près de chez moi. Leur débit est torrentiel et régulé par cinq barrages alimentant plus d’un million d’habitants en eau potable. Les dépôts de tourbe qui couvrent la Fagne et les différentes couches géologiques sur lesquelles ils reposent agissent comme un gigantesque filtre naturel pour déminéraliser l'eau et la purifier : ce sont précisément ces eaux qui sont commercialisées par la firme Spa Monopole qui produit  annuellement plus de 700 millions de litres de cette réputée "Eau de Spa".

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La grande faune sauvage -cerf, chevreuil et sanglier - est représentée dans toute la région (Les populations sont évaluées à plus de mille cerfs, près du double de chevreuils et un millier de sangliers). D’autres animaux protégés tels que le tétras lyre, la martre et le chat sauvage sont également présents de même que de nombreux oiseaux et insectes spécifiques. On trouve des espèces végétales rares colonisant les tourbières et les zones humides, telles la narthécie, les linaigrettes, la bruyère quaternée, l’andromède, la trientale d’Europe, la canneberge... 

N’oublions pas l'airelle et la myrtil chère à Jean Ferrat, ami du poète Louis Aragon, cet amoureux des mots célèbre pour ses œuvres devenues des classiques de la chanson française, réputé aussi pour son engagement politique, dont la disparition le 13 mars 2010 m'avait personnellement beaucoup chagriné.

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En ce 19 novembre, l'hiver vient de s'annoncer par quelques flocons de neige ! Et comme chaque année à pareille époque, pendant quelques jours, cela m'a fait chaud au cœur d'entendre les oies sauvages descendre vers le Sud. Ces vols en formation en chevron  -appelée communément formation en "V" - que j'ai eu la chance d'observer à plusieurs reprises ces derniers jours, annoncent que soleil et douceur risquent probablement de disparaître pendant quelques semaines. Mais le phénomène migratoire n'est pas uniquement dépendant de la météo et le processus hormonal,lié à la contrainte alimentaire, sont les principales causes du départ.
 

Commentaires

WOUAOUHHHHHHH!!!! Magnifiques paysages blancs!!!froids, certes, mais si blancs!!! Merci de nous faire part de cette région que tu sembles aimer très fort et je le comprends!!Nous devons agir maintenant chacun, chacune pour protéger notre planète qui souffre mais qui sera toujours la plus forte!!! Donc, l'humanité est en danger!! Perso, je partage aussi, ma sensibilité en partageant des vidéos qui correspondent à sa sauvegarde!!! Bisous Fan

Écrit par : FAN | 21 novembre 2018

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Bonjour, Fan. Oui, ces paysages gelés d'où la couleur semble absente sont d'une étonnante beauté. Une demi-heure de trajet en voiture me permet de les retrouver, souvent et à chaque saison, à chaque fois différents... Je ne manque pas d'emporter mon appareil photo numérique !

Oui, la planète souffre. Les experts climat de l'ONU (du GIEC)lancent régulièrement de nouveaux cris d'alerte, qui paraissent vaines et guère entendues, rappelant à chaque fois que le monde doit engager des transformations rapides pour limiter le réchauffement climatique.

Pareillement, les experts internationaux de la biodiversité viennent de livrer un nouveau bilan alarmant sur l’état de la faune, de la flore et des sols dans le monde entier.

Je crains de plus en plus que notre merveilleuse planète ne soit plus capable d'être la plus forte, à cause de la bêtise humaine...

Écrit par : Jean-Claude | 25 novembre 2018

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