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jeudi, 08 septembre 2016

Souris à tes rides, apprends à les aimer...

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LUNDI 14 MARS 2016

"Oui, souris à tes rides, apprends à les aimer, elles parlent de ta vie,

elles parlent du temps, de l'énergie qui circule."

(Boris Razon)

En ouverture de cet article de présentation d'un dessin qui m'est cher  - s'il est nouveau ici, il fut déjà présenté sur mon précédent blog -, j'ai choisi cette citation de Boris Razon, journaliste français, ancien rédacteur en chef de Le Monde.fr, actuellement à la tête du département Nouvelles Écritures de France Télévisions, qui publia chez Stock en 2013 le roman Palladium (Stock).

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MERCREDI 16 MARS 2016 

Boris Razon a vécu tout ce qu'il rapporte dans son premier roman Palladium qu'il a mis sept ans à écrire et réécrire (il projetait de l’étaler sur trois tomes mais on le retrouve sur moins de 500 pages serrées). En 2005, subitement, tout en lui s’engourdit. Il a des fourmis dans les doigts. Un mal violent dans la colonne vertébrale lui coupe le souffle, comme un étau sur la poitrine, comme une mâchoire qui se refermerait cruellement sur le milieu du dos.

Il est terrassé par une maladie méningo-polyradiculonévrite ou syndrome de Guillain-Barré atypique, une affection auto-immune qui touche le système nerveux périphérique et le conduit à la tétraplégie. Toute communication lui est impossible. L’enfer à ciel ouvert. Il connaît alors six mois d'emprisonnement en soi transformé en foetus, immobile, et coincé dans mon enveloppe. Intubé, ventilé, dépendant à 100%. Il guérit pourtant. Ses pieds vont plus doucement désormais, mais ils vont. Si on ne sait pas, ce ralenti dans sa façon de s’exprimer fait croire à de la timidité.

Alors, il sait de quoi il parle lorsqu'il écrit : ... souris à tes rides ... elles parlent de ta vie ... elles parlent de l’énergie qui circule ..., et l'on imagine - oh, juste un peu - ce qu’il ressent...

lien : Boris Razon, quand sa vie a basculé dans la fiction.

lien : Boris Razon, un enfer à ciel ouvert.

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première étape du dessin "Souris à tes rides, apprends à les aimer".

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VENDREDI 18 MARS 2016 

Ces 8 entrelaçés tout en courbes, ces sortes de boudins ou rouleaux sources de soucis quand je les ai dessinés, que représentent-ils ? Une bague, bien sûr, vous l’avez deviné, en argent très probablement. Sera-t-elle portée par des doigts de fée ?

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Cette superbe photo en noir et blanc découverte Il y a quelques années, par hasard, sur http://www.flickr.com/ m'a toujours fasciné : je me devais, et me réjouissais, de la dessiner. La photo s’intitule Hands of 87 years - my mother's hands ce qui signifie mains de 87 ans - les mains de ma mère. Jamais je n'ai trouvé renseignement précis à propos de l'énigmatique photographe répondant à l'époque au pseudonyme Gaspi Your Guide, et que je viens à peine de retrouver, cette fois sous le nom Gary H. Spielvogel ; à nouveau de manière très imprécise, secrète même, sans aucune autre référence. Tout ce que j'ai lu, mais est-ce bien certain ?, c'est que cette photo, prise aux Caraïbes en 1989, fut à cette époque primée à divers concours.

Vous l’avez compris, j’ai relevé le pari de dessiner des mains ridées, des mains qui parlent de la vie, des mains qui parlent de l'énergie qui circule ! Le sujet choisi me demande une précision extrême dans l’observation de la photo, beaucoup de rigueur dans le travail et une grande patience : tout cela ne peut que me réjouir. Il m’arrive souvent, même, d’utiliser l’écran de l’ordinateur pour agrandir à outrance les détails de la photo...

Vous remarquerez ci-dessous à droite que j'ai choisi, comme sur la photo d'origine que je vous dévoilerai le moment adéquat, de dessiner un fond noir : un long et parfois fastidieux travail en perspective, mais qui me permettra ainsi de mieux mettre la main en valeur.  

deuxième étape du dessin "Souris à tes rides, apprends à les aimer".

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DIMANCHE 20 MARS 2016 

"Le premier jour de la vieillesse n'est pas celui où une ride plisse notre front, où un cheveu blanc se montre à nos tempes ; c'est celui où l'imagination s'affaisse sous le poids des souvenirs ; où nous disons hier plus volontiers que demain, j'ai fait plus complaisamment que je ferai."

Citation de Marie de Flavigny, comtesse d’Agoult "Esquisses morales" (1849).

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 troisième étape du dessin "Souris à tes rides, apprends à les aimer".

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LUNDI 21 MARS 2016 

Quand on approche de la vieillesse, il ne faut s'occuper que du soin de faire un meilleur usage du temps qui reste à vivre, qu'on n'a fait de celui qu'on a vécu, et ne songer à son existence que pour se préparer à la perdre bientôt.

Citation de Jean-Jacques Rousseau "Pensées d'un esprit droit" (1826).

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  quatrième étape du dessin "Souris à tes rides, apprends à les aimer".

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MARDI 22 MARS 2016  

Quand la grâce se mêle aux rides, elle est adorable : il y a on ne sait quelle aurore dans de la vieillesse épanouie.

Victor Hugo "Les Misérables" (1862).

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  cinquième étape du dessin "Souris à tes rides, apprends à les aimer".

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MERCREDI 23 MARS 2016  

La vieillesse craint de soulever le voile de l'avenir qui cache sa tombe ; elle porte les yeux en arrière, parcourt d'un regard rapide les pages d'or de sa vie passée, et s'exclame, hélas, à regret : j'ai vécu.

Citation de Madame Necker  "Souvenirs et pensées" (1784).

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sixième étape du dessin "Souris à tes rides, apprends à les aimer".

Cette première main terminée, je la trouve si belle.  Ses veines gonflées sous la peau lui apportent chaleur et vie.  Ses veines gonflées sous les rides parlent de l'énergie qui circule...  Ces rides, pour réussir à les reproduire, j'ai presque dû les démêler.  Elles m'ont appris à regarder et observer les miennes différemment, à chaque étape de l'évolution du dessin.  Certes, que de différences, mais aussi que de ressemblances ; caressez votre peau, plissez-la, faites glisser les veines sous vos doigts : vous verrez...

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 JEUDI 24 MARS 2016  

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septième étape du dessin "Souris à tes rides, apprends à les aimer".

 

Les rides devraient simplement être l'empreinte des sourires.

Citation de Mark Twain "En suivant l'équateur" (1897).

Ces doigts qui portent une bague attirant le regard, ces ongles si bien soignés sont d'une merveilleuse élégance.  Je me souviens : il y a trois ans, j'exposais au Centre culturel de Theux.  Ce dessin était en cours d'élaboration : je le dessinais devant les visiteurs attentifs, intrigués.  Une dame, longuement, a observé les doigts et les ongles de ces "mains de 87 ans"...  Elle m'a souri : elle avait envie de me faire part de ses sentiments, elle tenait à m'expliquer en quelques mots combien ces mains étaient soignées, cela... "jusqu'au bout des ongles !". Elle a admiré ces ongles bien coupés qui laissaient supposer que - probablement - ils appartenaient à une dame âgée, fière et coquette.  Puis, très émue, elle m'a parlé de sa maman, alitée en Maison de retraite, sans chercher à dissimuler les larmes qui lui venaient aux yeux : chaque semaine, elle se faisait une joie que ses ongles soient taillés "dans les règles de l'art"...

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huitième étape du dessin "Souris à tes rides, apprends à les aimer".

VENDREDI 25 MARS 2016  

L'amour naît d'un sourire, niche dans une fossette, et meurt d'une ride.

Citation de Paul Masson "Les pensées d'un Yoghi" (1896).

Près de cette dame très émue, une visiteuse attentive, médecin généraliste, porte un regard de professionnelle sur ces ongles : sans doute, l'une ou l'autre carence alimentaire explique-t-elle leurs stries bien apparentes ?  Effectivement : j'ai par la suite découvert que l’examen des ongles (ou onychologie : l'étude de la forme des ongles, de leur couleur et texture) donne des indications concernant les carences alimentaires possibles ou certaines tendances cardiaques ou respiratoires.  Des ongles trop longs ou trop petits peuvent être indicateurs de faiblesse métabolique ou de manque de vivacité.  Un ongle étroit indiquerait plutôt une tendance à une hypersensibilité.  Les ongles striés dans le sens de la longueur, porteurs de taches blanches dites d’albugo, indiqueraient généralement une carence en zinc, en silice ou en magnésium, ou une insuffisance de fonctionnement de la glande thyroïde, aboutissant à une déshydratation des ongles qui poussent alors à des épaisseurs variables.  Un ongle plat serait un indicateur de troubles gynécologiques chez la femme, ou d’anémie, plus généralement. 

Toutefois, ne vous inquiétez pas outre mesure, surtout si comme moi vous n'êtes plus très, très jeune : dans la plupart des cas, les ongles striés sont heureusement et essentiellement liés au vieillissement naturel...

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SAMEDI 26 MARS 2016  

 L'absence est une ride du souvenir. C'est la douceur d'une caresse, un petit poème oublié sur la table.

Citation de Tahar Ben Jelloun  "Moha le fou, Moha le sage" (1978).

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DIMANCHE 27 MARS 2016 

J'ai choisi de terminer cet article en vous proposant un poème de Baudelaire, un texte en prose illustrant ce thème cher à l'écrivain de la "non-communication" : ici, entre les deux âges opposés de l'être humain, entre les deux extrémités de la vie, la naissance et la mort. Il me semble que chacun pourra, selon son ressenti, établir aisément un parallèle (ou une divergence de vue) entre ce texte et ce que mon dessin montre ou suggère...

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Baudelaire : un génie des sentiments...

Le Désespoir de la vieille

La petite vieille ratatinée se sentit toute réjouie en voyant ce joli enfant à qui chacun faisait fête, à qui tout le monde voulait plaire ; ce joli être, si fragile comme elle, la petite vieille, et, comme elle aussi, sans dents et sans cheveux.
Et elle s’approcha de lui, voulant lui faire des risettes et des mines agréables.
Mais l’enfant épouvanté se débattait sous les caresses de la bonne femme décrépite, et remplissait la maison de ses glapissements.
Alors la bonne vieille se retira dans sa solitude éternelle, et elle pleurait dans un coin, se disant : — « Ah ! pour nous, malheureuses vieilles femelles, l’âge est passé de plaire, même aux innocents ; et nous faisons horreur aux petits enfants que nous voulons aimer ! »

Charles Baudelaire, Petits poèmes en prose, 1869

Baudelaire écrit dans un registre littéraire évoluant dans une délibérée désinvolture en choisissant des mots familiers comme "ratatinée", "risettes", "décrépite" ou "femelles" qui n'appartiennent pas a priori au registre poétique habituel, à la "norme" (mais Baudelaire méprise la norme). Tout est décrit sans fard ni artifice, avec le mot direct. Cependant, il refuse de s’apitoyer en présentant, sans aucune autre forme de commentaire, la réalité nue et terrible...

Lorsqu’il écrit ces quelques mots, remarquables par leur violence et leur vigueur, tellement tristes et cruels, en même temps remplis de compassion, il se trouve endetté à Bruxelles, usé par la drogue et l’alcool : il souhaite entreprendre une tournée de conférences.  Hélas, ses talents de critique d’art éclairé n’attirent plus grand monde... Fatigué de lutter pour une vie qu'il n'aime plus, il analyse ses états d’âme dans cette prose poétique.  Comme cette vieille, le poète se sent rejeté, esseulé, incapable de communiquer...

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Commentaires

Terrible cette maladie que cet homme à supporté!!Un auteur que je découvre, merci à toi et je vais suivre ton dessin pas à pas en découvrant Boris Razon!!Bisous Fan

Écrit par : FAN | mercredi, 16 mars 2016

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Cette citation de Boris Razon a pris tout son sens pour moi lorsque j'ai découvert qu'il avait été terrassé de nombreuses semaines par la terrible maladie dont je parle.
Pour lui, l'énergie qui circule sous la peau, sous les rides, il en a très certainement une conscience toute particulière !
J'ai choisi cette citation en introduction à cet article et ce dessin où les rides, tu le découvriras demain, auront beaucoup d'importance...
Mais de Boris Razon, je ne parlerai plus...

Écrit par : Jean-Claude | jeudi, 17 mars 2016

Combien d'émotions soulèvent ces mains soignées où se dessinent avec élégance les rigueurs d'une longue vie...

Lequel des descendants de cette dame n'aimerait-il pas poser avec ferveur ses lèvres sur ces mains qui pourraient se souvenir de tant et tant de journées vécues ? Mais aussi, qui ne souhaiterait avoir vu les belles mains lisses d'une dame proche, trop tôt disparue, se transformer, tout au long des décennies, en ces mains si précieuses, si fragiles, qui se reposent désormais après, peut-être, toute une vie de gestes dévoués, de tendres caresses sur les joues de ses enfants et petits-enfants ?

Qui n'aimerait dire à ces mains : "Vous avez toujours été présentes pour moi. Permettez-moi, maintenant, de vous préserver de tout souci." ? Tant de regards peuvent se poser sur ces mains-là... ces mains qui portent avec distinction un bijou rappelant le symbole de l'infini.

Merci, Jean-Claude, pour avoir dessiné avec un si grand Art leurs rides, leurs veines devenues si visibles, des mains presque semblables à celles qui nous attendent, espérons-le, dans tant d'années à vivre encore, si l'avenir s'adoucit enfin...

Écrit par : Améthyste | mardi, 29 mars 2016

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Merci, Améthyste, pour cette avalanche d’émotions que votre commentaire a suscitées en moi, grâce à votre regard à fleur de peau sur ces mains, votre regard si perceptible dans chacune de vos phrases.

Pour les dessiner, j’ai regardé ces mains soignées et ridées de longues minutes, des heures, des jours. Je me suis posé sur elles et sur cette Dame mille questions, souvent sans réponses : vos mots me permettent de les regarder d’une nouvelle et différente manière...

Oui, les descendants de cette Dame doivent admirer ces mains avec le plus grand des respects et sentir l’envie de les caresser doucement... Oui, à la vue de ces rides, la disparition précoce d’une dame proche doit susciter à ses proches d’étranges sentiments d’envie et de rêves... Oui, oui, encore et encore, elles méritent d’être regardées... pour leur beauté.

Je n’avais pas imaginé que cette délicate farandole de 8 entrelacés – que j’avais tant peiné à dessiner – symbolise délicatement le signe fascinant de l’infini, traditionnellement associé à l’engagement, idéal pour rendre hommage à une relation fusionnelle entre deux personnes, mais aussi représentant l’équilibre pour l’éternité.

Puisse l’avenir s’adoucir enfin pour tous ceux qui sont capables de porter un regard d’amour sur ces mains, sur l’humain.

Écrit par : Jean-Claude | vendredi, 01 avril 2016

Merci JC, ses mains sont magnifiques de souvenirs et la personne a des ongles visiblement très soignés!!cela prouve qu'il reste toujours un fond de coquetterie chez la femme! suis étonnée du poème de Beaudelaire mais il est vrai qu'il n'a pas écrit que des mots sulfureux et passionnés!!Bisous Fan

Écrit par : FAN | jeudi, 31 mars 2016

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Merci, Fan. Ces mains témoignent d’une longue vie que l’on imagine remplie de bonheurs et sans doute de difficultés et souffrances.
Ce texte de Baudelaire que j’ai choisi étonne et ne correspond peut-être pas vraiment aux mains que j’ai dessinées.

Il fut publié dans le recueil "Spleen de Paris", également connu sous le titre "Petits poèmes en prose", un recueil posthume de poèmes en proses (il y en a 50).

La vieillesse, avec ses drames, sa solitude, est un sujet rarement abordé par la poésie traditionnelle. Ce n'est pas une des moindre originalités de Baudelaire de s'intéresser aux exclus, aux marginaux, aux oubliés de la vie, aux pauvres et miséreux en tout genre.

C’est dans les Fleurs du Mal que l’on retrouve les poèmes sulfureux dont tu parles et qui ont dévoilé le talent de Baudelaire et établi sa réputation.

Écrit par : Jean-Claude | vendredi, 01 avril 2016

Ces mains sont magnifiques, elles ressemblent à ces branches de bois flotté que l'on trouve parfois au bord de la mer ou au bord des rivières.

Oui, sourire et accepter ses rides, d'accord! J'assume et j'aime mes cheveux gris et mes rides; c'est une expérience nouvelle à vivre que les adeptes de la chirurgie esthétique ne pourront jamais connaître. Je n'aimerais pas passer du stade "encore jeune à celui de momie figée sous un masque".

Bonne journée.

Écrit par : Christiana | mardi, 05 avril 2016

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Oui, ces mains ressemblent au bois flotté qui m'a inspiré, en son temps, cet autre dessin que tu connais :
http://mesmines.hautetfort.com/archive/2013/04/26/un-dessin-evolu.html

Tu m'avais alors écrit ces mots riches de sens, qui conviendraient tout autant pour ces mains :
"Bois flotté, érosion du temps passé."
Merci.

Écrit par : Jean-Claude | mardi, 05 avril 2016

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